‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 428 sur 509 · Bl., I, 159; cf. VI, 374. - Martial, I · texte numérisé non relu

Bl., I, 159; cf. VI, 374. - Martial, I

2. fil.. Il, 1G9 ; Tu es un trop sec biberon. A. Croiset, Litt.tjr., II, 222. Les trois dernières strophes sont d'ailleurs la contre-partie ou la restriction des deux premières ; Ronsard y conseille à Belleau de boire avec mesure thème qui se ti-ouve dans Horace. ï. 18 Ad Varum ; Anthol. gr., Kpigr. com.. n*' 49 ; Athénée, XI, ch. 3, y compris l'allégorie de la Nymphe unie à Bacchus, déjà exploitée par Muret dans deux épigrammes de ses Javenilia qui ont certainement inspiré Ronsard .

3. Comme M. Bourciez l'a très justement fait remarquer 'th. fr , pp. 225-26 , si son page Corydon porte un nom grec, 1res classique, les ordres qu'il lui donne sont empreints d'une familiarité toute gauloise, très populaire. \\, ci-dessus, p. 572 .

4. .-Vu livre \' de Pantagruel, ch. xltv. L'authenticité de ce livre, paru an complet en 1564, est très contestée, mais on y trouve bien l'esprit et la manière de Rabelais, et le nom de Rabelais figurait au titre v. la réimpression de Vlsle Sonnante par X. Lefranc, Paris, Champion. 1905, Introd. par G. Boulenger. p. il .

5 Nous avons noté plus haut p. 236. n 7) le premier vers du fragment d .41cée qui a suggéré ces vers. Le texte que donnait H. Estienne dans son édition des Lyriques grecs était très altéré il l'est encore dans les Lyriques grecs de Bergk, n" 41). Aussi Ronsard n'en a-t il guère conservé que le début et encore l'a-t-il interprété à sa manière (cf. la note de Richelet au vers 35 de l'ode Sicolas faisan bonne chère j.

Le reste de ce huitain présente une réminiscence d'Horace ,Carm., I, 38. fin mélangée à des détails rabelaisiens qui ne sont ni dans Alcée ni dans Horace

nE RONSAHD POÈTE LYRIQUE {Ode légère) ti23

C'est que le Veiidomois est tout proche de la Touraine et de l'Anjou, que Ronsard a passé la plus grande partie de sa vie dans ces trois provinces, et qu'à Vendôme, comme à Tours, comme à Bourgueil, comme à Chinon, on buvait sec du temps de Ronsard et l'on boit sec encore aujourd'hui. Pour bien comprendre Ronsard poète bachique, il faut vivre quelque temps avec les gens du Bas Vendômois, dont il est comme le type, très cultivé et très supérieur il est vrai, mais au fond bien représentatif. Il faut entrer dans leur caractère, où l'on retrouve encore le sien, malgré les trois siècles et demi qui les séparent de lui. L'esprit de ce pays anime son œuvre légère : la saveur et le parfum du terroir l'ont toute pénétrée. Les habitants de Couture sont d'humeur et de mœurs aimables ; la nature leur est bienveillante ; la terre leur est bonne mère; ils s'y attachent avec d'autant plus de plaisir que le morcellement de la propriété rurale leur a procuré une aisance relative, et que chacun possède en propre sa maison et son lopin à cultiver. Ils semblent heureux d'un bonheur quasi épicurien, sans crainte, sans ambition : ils sont si loin de tous les orages et il est si doux de passer l'existence à l'ombre du clocher ! Ils coulent des jours paisibles, satisfaits de leur sort moyen, aurea mediocrilas. Ils n'ont, en effet, rien à envier ni aux basses-cours du Maine, ni aux greniers de la Beauce, ni aux jardins et prairies de la Touraine, ni aux vignobles de l'Anjou, qui les environnent; et, à supposer qu'une muraille infranchissable les isolât, ils trouveraient chez eux en suffisance, on peut dire en abondance, tous les produits nécessaires à une vie facile. Donc ils mangent bien, et ils boivent mieux, ces bons cultivateurs, et ils ont le privilège de la gaieté. « Biberons à la gorge altérée », pour parler comme leur poète, ils sont tous par nature des disciples inconscients d'Anacréon, et Ronsard interprétait tidèlement leur pensée en écrivant :

L'homme trop sobre ne vit pas, Luy-mesme en vivant il s'ennuye :

La dance, le vin, les repas Sont les instruments de la vie '.

Ce sont surtout des buveurs de vins blancs, de ces vins capiteux que produisent les collines de Troô, de Sougé, de Couture, de Poncé, de Villedieu, de la Chapelle-Gaugain. Ils ne peuvent s'aborder sans s'offrir le verre de l'amitié. Plusieurs d'entre eux, dont le propriétaire actuel de cette Bellerie, si chère à Ronsard, nous ont appris que les habitants

1. Bl., Vin, 128. Cf. L. Froger, Romard ecclésianique, p. 51. 11 est vrai que ces vers ont été écrits pour les habitants de Clieinillé-sur-Dême eu Touraine ; mais ils expriment parfaitement la pensée des habitants de Couture.

PIEKBE DE IlONSARD. 40

(le Couture se donuent rendez-vous le dimanche aux Caves, creusées dans le coteau qui borne le village au sud, précisément auprès de la Possonnière, maison natale du poète ; ils nous ontraconté les beuveries inévitables qui tant impatientent les ménagères... Au xvi= siècle une très belle avenue de noyers, de plus d'une lieue, reliait le domaine de la Ribochèreà la seigneurie de la Roche-Turpain en passant devant les Caves; le rigoureux hiver de 1879-80 a fait disparaître le dernier de ces arbres séculaires, mais une partie de cette longue promenade a conservé le nom traditionnel de l'Allée ^, et c'est là, entre le Porteau et la Possonnière, ayant vue sur la jolie vallée du Loir et les coteaux de la rive opposée, que se réunissent les braves gens de Couture, et qu'ils échangent leurs joyeux propos avec d'interminables chocs de verres.

Les caves qui donnent dans lacour même de la Possonnière sont également célèbres ; elles s'enfoncent à de grandes profondeurs dans la roche tendre sous les vestiges extrêmes de la forêt de Gastine. L'origine même du nom de la Possonnière se rattache à l'histoire viticole du pays. Amadis Jamin nous semble avoir dit la vérité sur ce point dans une ode en l'honneur de Bacchus, le dieu bienfaiteur: Au sieur de la Possunniere 2.

S'élonnera-t-on maintenant qu'il y ait dans les œuvres de Ronsard tant d'invitations à boire, tant de chants d'allégresse à l'idée des vendanges? On comprend que le Nunc est bibendum y revienne aussi souvent que le Collige rosas. C'est pour ainsi dire la devise, c'est le refrain du Bas Vendômois, et Ronsard eût chanté les vignes de ses coteaux elles heureux effets du vin sans le secours d'Horace et d'Anacréon, tant sont forts les liens invisibles qui attachent un homme à sa terre natale, et intimes les affinités qui existent entre ses compatriotes et lui. Mais Horace et Anacréon lui ont fait prendre une conscience claire de la poésie bachique qu'il portait en lui de naissance ; ils lui ont fait connaître toutes les ressources littéraires grâce auxquelles il a transformé en odes artistiques les rustiques chansons qui bercèrent sa jeunesse. Ainsi doué par la nature et secondé par l'érudition, grand buveur devant l'Eternel, au point de « faire broncher » tous ses compagnons de Coqueret, et non moins grand lecteur de poètes épicuriens, il s'est révélé à ses contemporains, et il nous apparaît toujours, comme le plus grand de tous les poètes qui ont célébré le vin depuis Alcée et Anacréon. Il est le « poète biberon » par excellence, celui qui, choisissant le lieu de sa propre sépulture, fit ce souhait à vingt-cinq ans :

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