Cf. L.-A. Hallopeau, Le Bas-Vendônwis (1906), p
2. Œuvres poétiques \lb7S)), cinquième livre iMeslanges), n" 22. Cf. mon article sur La vraie orlhogr. de la Possonnière, dans les Annales Fléchoises de 1903, p. 251.
DB RONSAKu POÈTE LYRiOLE (Odt' légère) G27
De moy puisse la terre Engendrer un lierre, M'embrassant en maint tour
Tout à l'entour :
Et la vigne tortisse Mon sépulcre embellisse Faisant de toutes pars
Un ombre espars;
et qui à trente-cinq ans écrivit ces strophes, fines et réalistes, simples et poétiques à la fois: Les plus belles lleurs
Ne me plaisent tant que la fleur De la douce vigne sacrée Qui de sa nectareuse odeur Le nez et le cœur nous recrée.
Quand la mort me voudra tuer, A tout le moins si je suis digne Que les dieux me daignent muer.
Je le veux estre en fleur de vigne :
Et m'esbahis qu'Anacreon, Qui tant a clieri la vendange, Comme un poëte biberon N en a chanté quelque louange.
Ainsi Ronsard s'est trouvé à l'aise dans l'Ode légère. Il s'y est mû comme dans son élément. Qu'elle soit rustique, erotique ou bachique, qu'elle chante les prés et les bois, la femme et l'amour, la bonne chère et la joyeuse vie, elle nous apparaîtcomme une production naturelle de son pays et de son tempérament.
Ces trois variétés de l'Ode légère ont du reste entre elles, nous l'avons vu, des rapports étroits et fréquents. Elles sont même parfois confondues dans la même pièce. La iNalure moyenne, celle du Vendomois, qui a tant de ressemblance avec les paysages horatiens et virgiliens, sert de cadre à l'Amour : les aspects les plus riants qu'elle revêt dans les trois belles saisons de l'année, surtout au printemps, engagent les deux sexes à s'aimer, à s'unir. La Xature extérieure est l'inspiratrice et la complice de l'Amour. Elle invite également l'homme à toutes les jouissances physiques, à profiter vite des plaisirs qui fuient avec l'âge, à tromper ainsi les soucis de la vie et la pensée de la mort. C'est la Nature extérieure, aussi bieu
que noire nature humaine, qui nous crie : Aimez, mangez et buvez ; laissez-vous vivre au gré des instincts réglés par la raison, sans vous préoccuper du lendemain ni de ce qui est au delà du trépas. Philosophie pratique, douce et souriante, peu idéaliste, plutôt matérialiste, païenne et épicurienne, préconisée par tous les « petits lyriques » grecs, par les élégiaques et les « petits lyriques » latins, par les « petits lyriques » néo-latins et italiens de la Renaissance, adoptée en France et introduite dans la poésie française dès l'époque des trouvères, négligée ensuite pendant deux siècles et abandonnée aux chansons populaires, reprise comme matière d'art et cultivée derechef par Cl. Marot et les poètes marotiques, mise en valeur et définitivement acquise au patrimoine de la poésie française par Ronsard et ses amis littéraires, sous l'influence directe d'Horace et d'Anacréon, qui chez nous ont, pour ainsi dire, donné la note dans le concert de la poésie lyrique renaissante.
De toutes les tentatives que Ronsard a faites pour acclimater en France la poésie antique et italienne, celle de l'Ode légère lui a le mieux réussi. Cela pour deux raisons. D'abord le terrain s'y prêtait admirablement. Ces plantes antiques et étrangères se retrouvèrent en France comme dans leur milieu naturel ; elles prirent une vigueur nouvelle dans un sol tout pénétré d'avance des aliments qui leur convenaient. On l'a très bien dit : « Le lyrisme où les Français atteignent le mieux et où ils sont le plus ù l'aise est le lyrisme tempéré et caressant, que l'on pourrait appeler le lyrisme élégiaque *. » Ce lyrisme est à la fois, ou tour à tour, sensuel et sentimental, gaulois et précieux. C'est celui des troubadours el des trouvères, du Homan de la /{ose et de toutes les œuvres légères qui dérivent de ces grandes sources jusqu à l'époque de François 1"' inclusivement. Pour rendre ou interpréter ce lyrisme, Ronsard n'eut pas besoin de recourir à une langue artificielle et pédantesque. 11 lui suffit de se servir de la langue de Marot, très capable d'exprimer poétiquement sans innovations gréco-latines, sans énigmes mythologiques, sans métaphores ni périphrases ambitieuses, des idées simples, des sentiments courants, familiers à notre poésie. Seulement il s'en servit mieux, avec un souci plus grand et plus constant de l'harmonie, avec une vue plus nette des moyens d'expression artistique.
En outre, nul n'était mieux fait que Ronsard pour cultiver ces plantes élégantes et ces fleurs délicates, pour leur donner une tournure et un