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634 SOl'RCES ET ORIGINALITÉ ÎIE BnN«;ARn POÈTE LYRIOl'E
Il est vrai que la plupart étaient imitées, souvent jusqu'à la paraphrase, du grec, du latin et de l'italien. Mais en y regardant de près et sans parti pris, Malherbe et Boileau y eussent aperçu non seulement une adaptation parfaite des emprunts aux mille détails de la personnalité du poète, mais le souci constant de substituer la couleur nationale à la couleur étrangère ou antique, à l'inverse de ce qu'il avait fait lorsqu'il pindarisait. Si le souvenir des odes pindariques et celui de la Franciade (les deux grandes erreurs de Ronsard), n'avaient pas troublé leur jugement ; s'ils eussent été de bonne foi, ou si leur bonne foi n'eût pas été surprise par les déclarations mêmes de Honsard reniant en bloc l'œuvre de ses prédécesseurs, — ils auraient reconnu sans difficulté les réels mérites de cette partie considérable de ses poésies ; ils auraient du même coup admiré les sonnets qui dérivent de la même inspiration, les églogues et les élégies qui développent les mêmes thèmes avec une abondance, une harmonie et un éclat incomparables. En prétendant venger Marot et Saint-Gelais de l'injuste dédain de Ronsard, ils ont dépassé odieusement la mesure dans la réaction. En reprenant les critiques de Barthélémy Aneau et de Saint-Gelais, ils ont oublié que si elles avaient leur raison d'être en 1530, elles ne l'avaient plus après que Ronsard eut fait ses preuves et justifié ses prétentions. Bref, ils ont commis à l'égard de leur plus grand prédécesseur, à l'égard d'un maître qu'ils auraient du glorifier comme le plus vigoureux ouvrier dé la Renaissance poétique en France, une injustice flagrante, d'autant plus grave que l'autorité de leur nom consacra pendant deux siècles cette sorte d'erreur judiciaire et la rendit sans appel.
Ce qu'il y a de plus regrettable en ce procès fameux, c'est que Boileau, dans son esquisse, aussi erronée qu'incomplète, d'une histoire de la versification française, non content d'attribuer à Malherbe des mérites qui revenaient à Ronsard, ait accusé celui-ci d'avoir changé « la méthode » de Marot, d'avoir « fait un art à sa mode », d'avoir « tout brouillé « en voulant tout régler. C'est exactement le contraire qui est le vrai, au moins en ce qui concerne la technique des Odes.