L'une du type f m ni f\ l'autre du type m f m f
(554 KYTIIMIOUK DES ODES
en rimes « annexées », la chanson 3 en rimes «annexées et couronnées », la chanson 32 en rimes « batelées ou brisées ». Les chansons 2, 3, 7,8, li, lo, 18, 32, 36, 37 et 42 ont leurs rimes disposées suivant le type balladique a b a b b c b c, ou a b a b b c c ; les chansons 1,2, 5, 0, 8, 10, 13, 14, la, 16, 17, 19, 20, 23, 33 sont unisonnantes, c'est-àdire que chaque strophe ramène les mêmes sons à la rime. Entin elles sont toutes très courtes : une seule a 4 strophes, neuf en ont 3, la plupart n'en ont que 2, et plusieurs sont monostrophiques.
Rien de semblable dans les Pseaumes, qui furent composés après les Chansons, de 1533 à 1543, avec tout le soin et le sérieux qu'exigeaient la matière et les circonstances. Xous n'avons point à juger la valeur littéraire de cette traduction, qui est tout à fait remarquable pour l'époque ^ Le seul point de vue de la rythmique doit nous occuper ici ; or il suffirait à justilier l'enthousiasme des contemporains. Marot s'y est révélé un métricien de premier ordre, non seulement par cet entrecroisement régulier des rimes masculines et féminines, rarement observé avant lui, mais par la création de rythmes hardis : « Abordant pour la première fois la haute poésie, dit M. Bovet, il comprit que pour un genre nouveau il lui fallait des formes nouvelles ; aussi innova-t-il largement, en essayant bien des genres de strophes encore inconnus et repris plus tard avec succès par Ronsard et son école. Il se trouve être delà sorte, même pour la forme, le créateur de la grande poésie lyrique, et il a inauguré, au moins dans ce champ spécial, la révolution que consomma la Pléiade et qu'elle étendit à tous les domaines de la poésie. Par ses Pseaumes il est dans une certaine mesure le père de la poésie lyrique moderne"-. »
Marot attachait une telle importance à cette partie delà technique de son œuvre, que, dans la première édition parisienne, qui ne contenait que la traduction de trente psaumes, il a pris soin d'ajouter au titre de la plupart d'entre eux, en vue du chant, l'indication du nombre de vers dont se compose la strophe : « Pseaulme premier, à deux versetzpour couplet à chanter. Pseaulme second, à deux couplelz ditlereutz de chant, cliascun couplet d'un verset. Pseaulme troisiesme à ung verset
1. Sur ce sujet lout a été dit, et avec équité, par O. Douen, Clément Marot et le Psautier huguenot, tome I, pp. 468 et suiv. Il cite d'ailleurs des jugements très pondérés de M. Kovet, Hisl. du Psautier (1S72 , et de M. 14ambert. BibUo. Cniv. et Reu. Suisse
mai 1873 . Les Pseaumes de Marot, comme toutes les œuvres de l'esprit, doivent être jugés par rapport à leur temps ; il n'y a d'équitables que les jugements relatifs.
2. Hist. du Psautier. Ces lignes, justes dans l'ensemble, ont besoin de correctifs. .Marol avait abordé la haute poésie avant les Pseaumes v. entre autres la Deploralion de Robertet . En outre, il n a pas « inauguré » la révolution que consomma la Pléiade ; cet honneur revient aux Hhétoriqueurs, à J. Lemaire tout particulièrement.
pourcouplet à chanter, etc. » *. — Nous devons présenter ici le tableau détaillé de tous les rytliiiies qu'il a employés.
Systèmes stropbiques simples à strophes indépendantes.
Nombre et
mesure des vers
par strophe.
N'ombre
de syll, métr.
par veri.
Ordre et genre des rimes.
Références
à l'êdit Jannet
(tome IV).
Huitain isoniétr.
Septain isom.
Sizain isom.
dêcasj'llabes
Sizain hélérométr.
oclosyll.
hexasvU.
, 2 décasyll.
' 1 hexasvll.
j 2 décasyll.
( 1 hexasyll.
1 oclosyll.
\ 2 tétrasyll.
/ 1 octosyll
2 tétrasyll.
ffmPf^m. .
ffram^P. .
{(PPPP. .
ffmf-f-im. .
pp. 102, 154 pp. 70, 169.
pp. 155, 156.
1. Bibl. Nationale. Rés. A 6165. — Le privilège est daté du 30 novembre 1541. Eplire dédie, à François h''. La mélodie n'est indiquée que pour 21 psaumes. — Dans la deuxième moitié de 1543 parut à denève la suite de la traduction sous ce titre: Cinqiianle Pseaumes français par Clément Marot. hem une Epilre par liiy nagueres envoyée aux àames de France. M. cxLni. Au verso du titre on ht cette table des matières : « Une Epistre aux dames de France. Une Epistre au Roy. Les trente premiers pseau mes. reveuz et corrigez par l'autheur ceste présente année. Vingt autres Pseaumes par luy nouvellement traduitz et envoyez au Roy, compris te Cantique de Stmeon. Les Commandements de Dieu, les Articles de la Foy, lOraisoQ dominicale, la Salutation angelique. deux prières, l'une avant, l'autre après le repas. Le tout en ryme françoyse par ledit autheur. B Les cinquante psaumes et les prières qui terminent le volume étaient tous accompagnés de mélodies.
On réimprima le psautier de Marot plusieurs fois jusqu'en 1550. Douen a compté 27 éditions de 1539 à 1550 inclus et un grand nombre d'autres dans la suite.
3. Cette pièce est divisée en huitains par la mélodie. Mais on chantait séparément le quatrain initial, et le sizain final, ce qui était aisé, la pièce étant divisée en distiques par le sens, et la mélodie étant divisée elle-même en 4 phrases musicales, une par distique. Sur le quatrain initial on chantait la moitié de la mélodie, et sur le sizain final les deux tiers de la mélodie.
3. La pièce se compose de 18 vers à rimes plates de même genre. Elle est donc divisible exactement en sizains; elle est, en outre, divisée ainsi par le sens et par la mélodie qui l'accompagne.
RYTHMIOUE DES ODES
Nombre et
mesure des vers
par strophe.
Nombre
de syll. métr.
par vers.
Références Ordre et genre . ,,.j.j j^^^^^
''" '■'"'" (tome IV..
' 2 octosyll.
\ 1 hexasyll.
1 2 octosyll.
' 1 hexasyll.
) ni m f m^ m^
i 5 octosyll.
t 1 hexasyll.
/ 1 heptasyll.
l 1 trisyll.
2 heptasyll.
/ 1 trisyll.
\ 1 heptasyll.
' ffmr-nra.
Cinquains isom.
octosyllabes
Cinquaius hélérom.
^ 4 décasyll.
l 1 tétrasyll.
5 4 octosyll.
( 1 tétrasyll.
; fmraff. .
Quatrain isom.
décasyllabes.
.... pp. 86, 153.
f f ni ni . .
.... pp. 79, 106,122
octosyll.
f f ni m. .
ni ni f f . . ,
f ni f ni . . .
heptasyll.
f f ni ni. .
hexasyll.
f m f ni. .
.... pp. 161, 162.
Quatrain hétérom.
t 3 décasyll.
' 1 tétrasyll.
( 1 octosyll.
5 1 hexasyll.
i 1 octosyll.
' 1 hexasyll.
fmfm. . .
Ibid.
Systèmes strophiques doubles indépendants.
(<i =^ syst. des stro. impaires; h^ syst. des stro. paires.
a Sixain isométr. hexasyll
b Ibid. Id.
ni m m- ra^ m^ m-, m m f m- m- f .
1. Celte pièce est, dans l'éd. Jannet, divisée en diiainshêtérométriqiies, et, en fait, la
a Quatrain isom. décasyll.
b Sizain — hexasyll.
fff-f-
Nombre et
mesure des vers
par strophe.
Nombre
de syll. métr.
par vers.
Ordre et genre des rimes.
Référence
à l'édit. .Tan
(tome IV
a (^hiatraiii isom. b Sizain —
oclosyll.
pentasyll.
a Ouatrain isom.
h Ibid.
décasyll.
Ibid.
a (Jualraîii isom.
/. Ibid.
décasyll.
IbU.
m f ni f .
u (Quatrain isom.
b Ibid.
heptasyll Ibid.
<i Ouatrain isom. b Ibid
hexasyll.
Ibid.
fmfm. .
m f ra f . .
Systèmes strophiques doubles enchaînés.
o Quatrain hétérom.
b Ibid.
a Tercet isom.
b Quatrain isom.
a Tercet isom.
b Ibid.
3 décas. etl tétras.
Ibid.
décasyll.
Ibid.
3 décasyll.
Ibid.
Iffm- p. 97.
fmf.
fmf.
mf^m p. 112 3.
On voit que, si l'on fient compte des systèmes doubles, les cinquante Pseaumes de Marot présentent 41 combinaisons différentes ; et, comme deux d'entre elles seulement coïncident avec celles des Chansons, cela
mélodie qui l'accompagne dans les éd. du xvi'" s. est adaptée aux dix premiers vers Mais la pièce est divisée par le sens et la structure rythmique en deux systèmes alternants. Le texte hébraïque a 13 versets ; à chaque verset impair correspond chez Marot un quatrain, à chaque verset pair un sizain. Le fait que la pièce se termine par un qua-train, chanté sur la première partie de la mélodie, suffirait à prouver qu'elle est écrite sur deux systèmes strophiques.
1. Mêmes remarques que pour la pièce précédente, avec cette dififérence que le nombre des strophes, comme celui des versets, est pair (22), et que par conséquent la pièce se termine par un sizain. D'ailleurs la mélodie se divise forcément, là encore, en deux parties inégales et différentes de chant.
2 Cette pièce à première vue semble n'admettre qu un système siroph. en septains du type f m f m f- m /'-. Mais l'édition princeps dit expressément que ce psaume est « à deux coupletz différents de chant ». Le premier couplet est celui de la terza rima. « Cela fait, dit M Kaguet, un rythme assez singulier, qui semble comme boiteux ; mais la nouveauté est du moins curieuse, car c'est comme un compromis entre la terza rima italienne, nouvellement connue alors, et le poème en quatrains, essentiellement français et traditionnel. » {Seiz. siècle, p. 68.)
3. C'est une pièce en terza rima. M. Faguet, qui la divise en sizains reliés par la rime suspendue de lavant-dernier vers ISeiz. siècle, p. 71, note), nous sembleavoir été trompé par l'aspect typographique que l'éd. .lannet donne à la pièce entière. Les éditions du xvi« et du xvii' siècle la divisent nettement en tercets, ainsi que l'éd. récente de B. Pifteau (Paris, Delarue. s. d), qui reproduit celle de 1544. Chaque tercet de Marot correspond à un verset hébraïque ; une phrase musicale a été écrite pour les tercets impairs, et une autre pour les tercets pairs; enfin il n'existe pas d'exemple de sizains reliés par la rime pénultième, ni dans Lemaire de Belges, ni ailleurs.
PIEHKE DE RONSAHU.
fait pour l'ensemble des Chansons et des Pseaumes le total imposant de 76 combinaisons différentes. Marot — et par là Ronsard lui ressemble tout à fait — a eu beaucoup plus le souci de varier ses rythmes que de les adapter à la pensée et au sentiment. 11 n'a pas seulement introduit de la variété dans les systèmes strophiques ; il en a introduit dans la strophe elle-même. D'abord l'hétérométrie est plus fréquente chez lui que chez ses prédécesseurs ; ensuite la longue strophe isométrique en décasyllabes, la moins lyrique qui se puisse imaginer, a complètement disparu de ses Pseaumes, comme elle avait déjà disparu de ses Chansons ; en outre, ce qui marque un grand progrès, il a constamment évité dans ses Pseaumes l'unisonnance d'une strophe à l'autre ; enfin, autre progrès, il a augmenté le nombre des rimes dans la strophe de moyenne longueur : le septain et le sizain des Pseaumes ont toujours trois rimes, alors que ceux des Chansons n'en ont parfois que deux (cinq fois sur neuf).
On ne saurait trop le louer de ces divers mérites, et encore de la prédilection qu'il semble avoir eue pour certains rythmes pairs (d'ailleurs antérieurs à lui), le sizain et le quatrain, et pour le rythme impair du cinquain (également antérieur). Qu'on regrette dans les Pseaumes l'absence du grave alexandrin, la fréquence des rimes plates et les contresens rythmiques, rien de plus légitime. Mais cela ne diminue pas l'initiative heureuse de leur auteur, et il reste vrai que, éclairé par les conseils et l'œuvre de Jean Lemaire, et guidé par un sens très fin de l'harmonie, Marot a fait subir à notre versification lyrique d'importants changements, qui devaient aboutir à la rythmique moderne, fixée définitivement par Ronsard '. « 11 a donné, dit avec raison M. Faguet, aux poètes de son temps des leçons et des exemples presque autant en choses de rythmes qu'en choses de style. Là aussi il est créateur, quoique beaucoup moins que comme écrivain ; là aussi il est judicieux ; là aussi, sauf quelques erreurs, qu'encore on peut contester, il a sa qualité maîtresse, le goût, qui le distingue toujours à travers ses contemporains -. »
Les Pseaumes de Marot, avant même d'être imprimés, avaient passé de mains en mains à la Cour de France et à la Cour de Navarre, où, chantés à l'envi par les princes et les princesses, les dames et les gen-
1. Cf. dans la Reinie Suisse (IX et X) les articles de Fréd. Chavannes sur Cl. Marot versificateur,