‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 44 sur 509 · lievue d'Hisl. lilt. de janvier 1899, art. cit., p · texte numérisé non relu

lievue d'Hisl. lilt. de janvier 1899, art. cit., p

quelques détails plus précis. Ce fut, ajoute-t-il, à l'instigation d'un « gentil-homme piémontois, nommé le seigneur Paul, frère de Madame Philippes, qui fut mère de Madame de Chastellerault, lequel nvoit esté page avec Ronsard ei n^ \d.\&so\\. àf^ \\a.nleT l'escurie du Roy, qui estoit lors une escole de tous lionestes et vertueux exercices, comme aussi faisoit Ronsard, orque tous deux fussent sortis de page. Ce gentil-homme avait fort bien estudié les poètes latins, et mesmes, lorsqu'il estoit page, avoit aussi souvent un Virgile en main qu'une baguette, interprétant aucune fois à Ronsard quelques beaux traits de ce grand poète *. » Ce texte est de première importance, non seulement parce qu'il mentionne Virgile, parmi les auteurs anciens que Ronsard éfudiait en ces années, mais parce qu'il nous permet d identifier jusqu'à un certain point le personnage qui l'initia aux beautés de la poésie latine. On sait, en effet, que M""^ de Chastellerault, autrement dit Diane, fille naturelle de Henri II, était née en 1538 d'une Piémontaise, Philippe Duc, sœur de Jean Antoine Duc, né à Montcallier en Piémont, écuyer de la grande écurie royale. Donc le seigneur Paul, qui devint lui-même premier écuyer de Henri II, serait un second frère de Philippe Duc, à moins que ce ne soit.Iean Antoine en personne qui ait pris ce pseudonyme'-.

Ces lignes de Binet nous apprennent encore que le seigneur Paul donna le goût de la poésie latine <i son jeune ami Ronsard avant que celui-ci ne fûtmis hors de page, c'est-à-dire avant le mois de mai 15iO-''. En y regardant de près, il est possible que fiinet fasse allusion au temps que passa notre poète à la cour de France avant même son départ pour l'Ecosse ; bien mieux, en rapprochant son témoignage de celui de Duperron, qui fait du seigneur Paul un Ecossais d'après une légende fondée peut-être sur une vérité historique*, je ne suis pas éloigné de croire que les deux jeunes gens furent également compagnons à la cour de Jacques Stuart. Ronsard aurait ainsi reçu, comme en se jouant, des leçons de latin et de poésie, et cela de sa douzième à sa dix-huitième année. Quoi qu'il en soit, ce seigneur Paul, bon humaniste, rompu aux vers latins, sensiblement plus âgé, eut sans nul doute une influence décisive sur la vocation poétique de Ronsard et lui fit faire loin de toute contrainte plus de progrès que le régent de Vailly à

1. Texte princeps (1586). Dans la deuxième édition (fin de 1586), Binet ajouta : • . où il prit si grand appétit que depuis il ne fut jamais sans un Virgile, jusques à l'apprendre entièrement par cœur. »

2. Pour tous ces faits, voir mon édition de la Vie de Ronsard, Commentaire.

3. J'ai fixé cette date dans la lieu, de la /fenai'.ss., mars 1901, p. 193 el janv. 1902, p 44.

4. Duperron, Oraison fnnélire sur la nwrt de M. de Ronsard. Voir mon édition de la Vie de Ronsard, Commentaire.

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l'ombre du collège de Navarre '. « Ce docle gentil-homme, ajoute Binet, luy donna entièrement le goust de la poésie et le premier jelta en son esprit la semence de tant de beaux fruits qu'il a enfantés depuis à l'honneur de nostre France. » C'est par lui qu'il connut non seulement Virgile, mais Horace ; à cet égard, les témoignages de Duperron et de Jacques Velliard complètent celui de Cl. Binet 2.

Mais, avant l'influence du seigneur Paul, d'autres influences plus profondes avaient prédisposé le jeune Ronsard à la poésie, et particulièrement à la poésie lyrique. Son père, Loys de Ronsart, maître d'hôtel des enfants de France et l'un des cent Mansionnaires de François P"", était un chevalier humaniste ; il ne se contentait pas de parlera la Cour en faveur de certains Rhétoriqueurs dé ses amis ; il composait lui-même des vers : nous le savons par son protégé, le poitevin .lean Bouchet, qui les jugeait dignes de l'impression, et par Cl. Binet qui « en ouït réciter quelques-uns » de la bouche même de notre poète 3. Malgré les elTorts que fit Loys de Ronsart de 1540 à 1344 pour détourner son fils Pierre du « mestier des Muses », si peu lucratif ^, il est certain que l'exemple paternel fut une cause déterminante de la carrière choisie définitivement parle fils. D'ailleurs un oncle, Jehan de Ronsart, curé de Bessé-sur-Braye et vicaire général de l'évêque du Mans, dut aussi contribuer fortement à développer chez son neveu le goût des vers. Nous le voyons par l'épitaphe peu connue que celui-ci lui consacra : Apollon et les Muses, dit-il, n'ont pu empêcher la mort de leur « mignon » ; et, au souvenir de cet oncle qui lui avait donné l'exemple du laborieux travail de la lime, Ronsard demande avec un mélancolique retour sur lui-même :

Que sert aux hommes de suivir Apollon et les neuf pucelles,

1. Cf. Bl., IV, 299, et liev. delà Renaiss., mars 1901, p. 171.

2. Duperron, op. cit. — ,1. Velliard, P. Ronsardi Poetae Gallici laiidatio funebris. Voir mon édition de la Vie de Ronsard. Commenlaire. — D'après La Croix du Maine, Honsard aurait été initié à « 1 intelligence des poètes latins » par Guy Peccate, prieur de Sougé-sur-Loir, auquel il adressa Tode : Gui. nos meilleurs ans coulent, parue au livre IV^ des Odes de 1550. Aucun document ne m'a permis de vérifier cette assertion ; mais il est assez vraisemblable que ce personnage ail interprété les poètes latins au jeune Honsard, le prieuré de Sougé étant tout voisin du manoir de la Possonnière.

3. V. mon éd. de la Vie de Ronsard, Commentaire, aux mois « de l'Ordre » et suiv.

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