Bl., VI
Et toute nuit pour les servir
User tant d'huille et de chandelles ' ?
Nous savons d'autre part que cet oncle, très versé dans la connaissance des lettres profanes et sacrées, fil à Ronsard le don de sa riche bibliothèque en lo3o, année de sa mori -. Sans aucun doute, un pareil legs enchanta Ronsard, alors âgé de onze ans ; il crut posséder tout le Parnasse et ses Muses, et lui avidement parmi les livres de cette bibliothèque les poètes français, en attendant que le seigneur Paul lui interprétât les poètes latins. Ainsi s'explique l'affirmation de son biographe, relative aux années 1336-1342 : « 11 ne laissait toutefois d avoir tousjours en main quelque poète François, qu'il lisoil avec jugement, et principalement, comme luy-mesme m'a maintefois raconté, un Jean le Maire de Belges, un Romant de la Rose et les \J, œuvres de Clément Marot-^... »
Telles furent les premières lectures favorites de Ronsard, celles dont il conserva une empreinte ineffaçable, et dont on trouve dans son œuvre tant de notables échos. Si, plus tard, la pratique des poètes grecs le rendit souverainement injuste à l'égard de ces ancêtres littéraires, au point de lui faire dire qu'il n'avait rien trouvé en eux « qui fust suffisant d'imiter », que leur imitation lui était « odieuse », qu'il « ne désiroit avoir rien de commun avec une si monstrueuse erreur ^ », il n'en reconnaissait pas moins, comme le faisait Virgile à l'égard d'Ennius, qu'il avait tiré de « riches limures d'or » ^ de ces livres de chevet, imparfaits sans doute, mais tout imprégnés de poésie pa'ienne et déjà colorés des premiers rayons de la Renaissance. Ce sont eux qui l'émancipèrent, soutenant les droits de la nature contre l'esprit d'ascétisme ; c'est en eux qu'il puisa dès l'enfance son aversion pour la scolastique et le dogmatisme du Moyen Age, désignés par toute la Pléiade sous l'allégorie du « vilain monstre Ignorance»; c'est en les méditant « au profond des vallées,
Dans les hautes forests des hommes reculées,
que son imagination évoqua les séduisantes figures des Faunes et des Dryades,
Et le gentil troupeau des fantastiques Fées
2. Sur ce personnage, v. mon édition de la Vie de Ronsard, Commentaire, aux mots » eipres » et » page avec Ronsard ".
3. Texte de 1597 ; ceux de 158fj-87, ajoutent les œuvres de Coquiltart. V . mon éd. de In Vie de flonsard. Commentaire, aux mots n Clément Marot ».
i. Préface des Odes de 1550.