‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 442 sur 509 · V. ci dessus, Introd., p xv · texte numérisé non relu

V. ci dessus, Introd., p xv

4. Ce petit vol. contient : 1" le Chant des trois Sirènes, trois odes encadrées de décasyll. à rimes plates, la prem en septains octosyll . ni m- m m- f f m- ; la deuxième en quatrains heptasyll. m f m /'; la troisième en quatrains hcxasyll. f m f m. — 2" Des chants divers : 1. Chant de l'excellence divine, imité d'Homère, en sizain décasyll. a h a b b a 2. Chant comparant l'amuur à un fleuve, quatrains décasyll. a b a b. 'S. Chant triste de Médèe abandonnée de Jason, sizains hétérom. d'heptasvll et de trisyll. croisés a a b c c b. 4. Chant lyrique d'une damoiselle, quatrains octosyll. aa b b (avec refrain adhérent). 5. Chant d'un amant refusé, huitains octosyll m f m f f m- f m-. 6 Trois « chants royaux I et deux « élégies ». — 3^ Trente-huit épigrammes. — 4^ Sept opuscules, dont le Blasonde la Nuit, et le Baiser

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et à Du Bellay qui, en l'espèce, ne font qu'un avec lui à peu de chose près) :

i" Celui de la liberté et par suite de la variété dans l'art ;

2° Celui de la régularité, et par suite de l'unité dans l'art.

Il s'agissait d'abord pour lui de briser les entraves d'une versification tyrannique, de rendre à la pensée et au sentiment leur liberté d'allure, cette liberté élant à ses yeux la condition sine qua non de l'expression vive, forte, imagée, en un mot poétique, et par suite du plaisir de l'esprit. Il s'agissait en même temps d'éviter la monotonie en variant les sons à la rime dans le système strophique tout entier et dans chaque strophe prise à part, cette variété étant une condition sine qua non de l'harmonie musicale, et par suite du plaisir de l'oreille. Il rejeta donc tout ce qui pouvait gêner l'expression poétique et l'harmonie musicale.

l°Les rimes équivoquées ', couronnées -, annexées, fratrisées ^, ba-

tte la Lune et d'Endymion. — 5° Des épitapties, dont l'une en quatrains décasyll. a b b a. — 6" Huit complaintes o en forme de sonnets • . — 7° Des traductions de Pétrarque, de \'irgile, d'Ovide, de Théocrite.

Ce vol., à part ses trois « chants royaux ». est aussi remarquable que celui de Peletier par les rythmes, le ton, (( les vestiges d'antique érudition ». Forcadel nous apprend dans sa dédicace qu'il l'a composé « ces ans passez » ; il a donc travaillé parallèlement à lui, non après ni d'après lui (B. Nat. Ye, 1824. — Arsenal, B. L. 6462).

1. Ce sont les rimes richissimes. On sait que Crétin est le maître du genre : il fait rimer parfois des hémistiches entiers, même des vers entiers, syllabe à sj'llabe. — Du Bellaj- veut bien qu'on rime richement, mais pourvu que la raison et la clarté n'en soufTrent pas en quoi il pense comme Boileau). Pour le même motif il dédaigne la règle de la similitude graphique des voyelles rimantes de J. Bouchet, Efntr. famil. CVII) ; lise contente de la rime pour l'oreille, en faveur de laquelle il préconise la règle de la similitude quantitative des voyelles rimantes (également de J. Bouchet, ifcid.). « Je ne veulx que notre poëte regarde si supersticieusement à ces petites choses : et luy doit suffire que les deux dernières sj'llabes soint unisones. » iDeffencc, 11, chap vu, fin). Encore une remarque judicieusement libérale : « La rythme de notre poète sera voluntaire, non forcée : receue, non appellée : propre, non aliène... " (Ibid.). Cf. Ronsard, Abbr. de l'A. P., alinéa sur la Ryme ; Peletier veut la rime riche, plus que ses deux amis, mais pourvu que sa richesse ne nuise pas à la pensée .4 /' , Il chap. i).

2. A simple couronne ou écho : La blanche colombelle belle (Cl. Marot . A double couronne ; « Si \'enus nuz nous tient en ses lacz las (Cretin'i. A triple couronne ou emperiére) : « En grand renwrd Mort mord. i> Du Bellay a usé une fois de la rime en écho (Chamard, th. fr., p. 233 , mais son procédé est très différent de celui des Rhétoriqueurs : il pose une série de questions, auxquelles il répond par la rime dans le vers suivant (procédé légitime, repris par Hugo dans les Odes et Ballades et dans CrotntL'ell\ tandis que la rime couronnée des Rhétoriqueurs avait lieu dans le vers luimême et n'était pas une réponse à une question ; c'était (< un écho sans âme n comme ledit très bien Tabourot dans ses Bigarrures [éd. de 1584, chap. xvi. De l'Echo,

3. Annexe, annexée ou enchaînée : « Dieu gard ma maîtresse et régente | Gente de corps et de façon... B Cl. Marot). La rime fratrisée ou fraternisée n'est qu'une variété

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telées, brisées '. les vers lettrizés -, les vers rétrogrades, les acrostiches et autres inventions puériles qui sacriPiaient la pensée et le sentiment à un vain cliquetis de mots, de syllabes ou de lettres, auquel s'étaient appliqués les Molinet, les Crétin, même le Marot de la première manière, et auquel s'appliquaient encore les rimeurs des « puys » et « chambres de rhétorique » de la province ^■

2° Les systèmes slrophiques à forme fixe, c'est-à-dire ayant un nombre de strophes déterminé d'avance, et de strophes également déterminées d'avance dans tous leurs éléments (nombre et longueur des vers, nombre et agencement des rimes).

3° Le retour en fin de strophes d'un vers ou d'un demi-vers initial, et d'un refrain quelconque (d'un ou de plusieurs mots, d'un ou de plusieurs vers) lié à la strophe non seulement par le sens et la syntaxe, mais encore par la rime *.

A" Le retour des mêmes sons à la rime, ou l'unisonnance des strophes d'un même système par une ou plusieurs rimes (que ces rimes fussent initiales, médianes ou finales).

Sous le coup de ces trois dernières condamnations tombaient le

qui consiste à reprendre au début d'un vers non plus seulement une partie de la rime précédente, mais le mot entier: « Pour dire vrai au temps qui courï, | Cour/ est bien périlleux passage : | Pas sage n'est qui droit là court » (Meschinot).

1. La rime batelée fait rimer les premiers hémistiches entre eux et avec les seconds, de façon que la pièce peut être doublée de longueur (Grelin, éd. Coustelier, pp. 126 et 225 ; Marot. chanson 32^r. La rime est brisée lorsque les hémistiches rimant entre eux peuvent être lus séparément et ofîrir ainsi un sens distinct (Meschinot, Oraison à la Vierge. Cf Est. Tabourot, Bigarrures, éd. de 1584, chap. xvni, Des vers couppez)

2. C'est ainsi que Tabourot appelle les vers qui commencent par la même lettre, et ceux dont tons les mots commencent par la même lettre {Higarrures, éd. de 1584, chap. xivl- Dans les deux cas la rime était appelée senée par les Rhétoriqueurs. C'est le procédé de l'allitération poussé à l'extrême. 11 y a bien dans Ronsard des allitérations voulues, mais elles ont le plus souvent une raison d'être artistique : elles sont expressives (Cf Die Alliltrralion bei Ronsard, par Fr Kohler, 1901 ; et Rev. d'Hist. lin. de 1902, art de H. Cuy, pp. 247-48).

3. Tous ces procédés purement mécaniques pouvaient se combiner entre eux. V. ce qu'en disent encore Sibilet en 1548 [A. P., II. ch. xv) et Tabourot vers 1580, op. cit. La poétique des Rhétoriqueurs. qui remonte au xiV siècle, était le triomphe du calembour. Molinet et Crétin, en la compliquant, avaient achevé de tuer dans les vers la pensée et le sentiment, c'est-à-dire la poésie elle-même. Les poètes de la Renaissance française ont vraiment fait « renaître » la poésie.

4. Quatre pièces de Rons. ont un refrain en fin de strophes : 1^^ Quand mon prince espousa 'Bl. Il, 241) ; 2" En mon cauir n'est point écrite II, 380) ; 3° Helas je nai pour mon objet '1. 430; ; 4» St Biaise qui vis aux cieu.r lV,257). Mais le refrain de la première est gréco-latin et indépendant de la strophe à tous égards : le refrain de la 2" et celui delà 3«ne sont liés à la strophe ni par la facture ni par les rimes, et n'y adhèrent que par le sens et la syntaxe ; enfin la 4'' est une litanie et ne prouve rien là-contre. D'ailleurs les n"^ 2 et 3 furent supprimés par R. uniquement parce qu'ils rappelaient trop les formes de la chanson antérieure et, d'une façon générale, de la chanson populaire. Nous sommes si ijcrsuadé que le refrain à la mode antérieure et populaire lui répugnait, que sa présence dans la pièce Maugré l'enuy (1, 442) suffirait à nos yeux pour l'exclure de son oeuvre et l'attribuer à un poète Marotique. — En dehors des quatre pièces sus-

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chant royal, la ballade, le rondeau et toutes leurs variétés, enfin la chanson telle que l'avaient souvent traitée les Rhétoriqueurs et les Marotiques (c'est-à-dire unisonnante et à refrain adhérent) *.

Toujours pour assurer la liberté de l'expression, et par aversion de la monotonie. Ronsard rejeta non seulement les anciennes strophes monorimes, mais celles qui présentaient à ses yeux un trop petit nombre de rimes eu égard à leur longueur. Il condamna ainsi les sizains et les huitains qui n'étaient construits que sur deux rimes, les dizains qui n'étaient construits que sur deux ou trois rimes, et a fortiori le lai et le virelai, dont les longues strophes de 12 à 36 vers (ce sont les chiffres que donne Sibilet) roulaient chacune sur deux rimes seulement. Il est vrai qu'à cela près la structure du lai et celle du virelai étaient depuis longtemps laissées « à la volonté du facteur d, comme disait Fabri - ; mais Ronsard pensa que cette liberté relative était tout à fait insuffisante ; et il construisit des douzains sur 6 rimes, des quatorzains sur 7 rimes, des seizains sur 8 rimes, des strophes de dix-huit à vingt vers sur 9 rimes, au risque, à peu près certain, de détruire leur unité 3.

Enfin Ronsard rejeta, pour des raisons analogues, les systèmes dont les strophes étaient enchaînées par une rime « suspendue », isolée dans sa strophe. Sous le coup de cette condamnation tombaient, en même temps que la terza rima, dont on ne trouve pas trace dans son œuvre, tous les rythmes similaires ou dérivés : tercets enchaînés par le 3" vers *, quatrains enchaînés par le -4= vers 5, cinquains enchaînés par

dites, les refrains qui existent dans R. ne sont pas en fin de strophes ; c'est le refraincadre et c'est le refrain intérieur à intervalles irréguliers, tous deux d'origiue alexandrine (Bl., I, 180; II, 351, 391 ; VI, 391. — II, 190, 343 ; VI, 353. 378, 389).

1. Pour ces différents genres et leurs variétés (chanson balladée, triolet, chapelet, palinode, etc.), v Fabri (rééd. Héron, second liv., pp. 62 à 112: ; .Sibilet [A. P., II, ch. ni, IV, v). Pour la chanson unisonnante, v. les Chansons du A'V*^ s. éditées par G. Paris, passim ; les Chansons spirituelles de Marguerite de Navarre : les Chansons de Marot ; les Poésies de G. Colin Bûcher (éd. J. Denais, pp. 138, 144, 150, 159, 160, 162 et passim).

2 Op. cit.. second liv., pp. 51 et suiv. — Sibilet, A. P., II, ch. xiii, en parle comme de genres déjà surannés, ainsi que du rondeau ; toutefois il donne encore des exemples de strophes de lai et de virelai dans son Iphigene^ et le rythme en est exquis. A l'époque de Fabri le nombre des stro. était limité à 12 ou 13 ; à l'époque de Sibilet le nombre des strophes n'était pas plus fixe que la mesure des vers ou l'agencement des rimes : c'étaient déjà des odes, que seul gâtait le trop petit nombre de rimes à la strophe.

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