Sur ce défaut d'unité, v. Faguet. Scir. siVc/e, p
i. a a h I b b c | c c d, etc. V. ci-dessus, p. 642.
5. oaot I b h b c \ c c c d, etc. V. ci-dessus, p. 642. On n'en trouve dans R. qu'un seul exemple ; c'est l'ode Belle dont les yeux doucement m'ont tué. Mais c'est une ode « sapphique », construite non pas sur le système cher à Marot, mais sur le syst. cher à Horace \'oulant écrire des strophes de trois hendécasyll. pleins et d'un penlasyll. plein, se déroulant comme les odes d'Horace en syst. stroph. simple, Ronsard ne
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le 3^ vers ' ou parle 5' vers 2, L'uDlté que donne à l'ode entière cet enchaînement des strophes par une rime ne compensait pas à ses yeux la monotonie ou la raideur qui peut en résulter ; et surtout cet enchaînement ne laissait pas à la strophe assez d'indépendance rythmique. L'enchaînement des strophes n'était tolérable que si chaque strophe pouvait se suffire à elle-même en fait de rimes, autrement dit si la rime-chaînon était déjà précédée d'une compagne dans la même strophe: aussi conserva-t-il (sans d'ailleurs en user souvent) leshuitains balladiques, ahnh h c b c, et les quatrains de même origine, a b a b, enchaînés par le dernier vers •''.
Est-il besoin d'ajouter qu'au nom du même principe de liberté et de variété Ronsard condamnait la sexline provençale et italienne, genre à forme fixe de six sizains et demi, qui ramenait à la rime, à des places déterminées d'avance, les six mots placés à la rime dans la strophe initiale ? Il la condamnait a fortiori. Pour Peletier, Ronsard et Du Bellay, ce genre lyrique avait, plus encore que la ler^a rima, plus encore que la ballade et le chant royal, l'immense inconvénient de mettre à la torture la pensée et l'expression du poète ; c'était une invention hérissée d'obstacles, bien digne d'aller rejoindre dans un éternel oubli les artifices formels des vieux Rhétoriqueurs ^.
Ainsi donc guerre à toute contrainte provenant de la répétition d'un vers, ou d'un mot, ou d'un son à la rime, de strophe à strophe à
pouvait procéder autrement, à moins d'adopter le type à rimes plates masculines, qui est celui de son autre ode >i sapphique ".
1. a a b c c \ h b d e e | d d f g g, etc. On n'en trouve dans Ronsard qu'un seul exemple ; c'est une ode de ses débuts, Le Printemps vient, naissez fleurettes, qu'il a retranchée dès sa seconde édition, non pas tant pour son irrégularité strophique que pour son enchaînement strophique. Honsard avait emprunté ce rj'thme à Sannazat- [Sonetli e Canzoni, 1534, f 26, r").
2. a a a a b I b b b b c \ c c c ç d, etc. Sibilet, dans son Iphigene, en donne un exemplede 4 décasyll, et] hexasvll
'à. V. les trois odes en hiiitaîns ; Vien à mog, mon Luth, que j'accorde. Qiiandla Guyenne errante. Si l'oiseau qu'on voit amener (Bl., II, 137, 143, 150) ; les deux odes en quatrains : Plus dur que fer j'ai fini mon ouvrage {H, 378), et Quand Vesper que Venus aime sur tous les feux (IV, 3421. Peletier avait conservé de son côté une pièce en dizains, du type analogue ababbccdcd, enchaînés par la rime d. Les huitains a bu b b c b c enchaînés sont fréquents chez G. Colin Hucher ; les quatrains a b a h enchaînés fréquents chez Coquillard et Colin Bûcher iCl. Marot en offre aussi quelques exemples). Par contre, on voit que Ronsard n'en a pas usé souvent. C'est que le procédé de l'enchaînement force le poète, s'il veut avoir un système simple régulier, à terminer sa strophe par une rime de même genre que la rime initiale, ou bien qu'il l'oblige au système double : dans les deux cas il y a contrainte excessive pour le poète, trop peu de jeu laissé à l'expression de sa pensée : ou bien il peut en résulter encore une certaine monotonie. C'est toujours le principe delà libertédans l'art qui est cause de cette rareté des strophes enchaînées chez Ronsard ; et c'est le cas de dire que l'exception confirme la règle.
4 On en trouve deux exemples dans Pontus de Tyard eu 1549 et 1551. Mais il était alors de l'école lyonnaise.
ET CHANSONS DE RONSARD (iti9
une place fixe, ou d'un enchaînement de strophes qui eût diminué par trop l'autonomie verbale de chacune d'elles et gêné leur liberté d'expression à la rime ; guerre à tout mécanisme formel qui eût forcé le poète à sacrifier la raison à la rime, à introduire sa pensée coûte que coûte dans un cadre étroit et rigide, ou à n'y mettre que des platitudes et des fadaises.
Par contre Ronsard préconisa non seulement l'indépendance complète des strophes d'un même système pour ce qui est des mots et des sons à la rime, mais encore la plus grande liberté dans la structure de la. strophe initiale, qui devait servir de patron aux autres ^. Elle pouvait être courte ou longue, en petits verset en grands vers (y compris l'alexandrin) 2, isométrique ou hétéromé trique, en rimes suivies, embrassées ou croisées. Môme liberté quant au genre des rimes, qui pouvait être unique ou double, « à la volonté » du poète ; toutefois le souci de la variété, et par suite du plaisir de l'oreille, l'emporta ici : Ronsard préféra de beaucoup la strophe présentant les deux genres de rimes sans l'imposer d'ailleurs ■''. Liberté encore pour l'alternance des rimes de genre différent dans la strophe initiale : par ex. une masculine pouvait être suivie d'une autre masculine ne rimant pas avec elle (types m m - m m -, ou m m - m - m, ou /' m f m m - m -) ; et ici nous devons insister pour montrer jusqu'à quel point la rythmique de l'ode ronsardienne fut libérale.
L'alternance intrastrophique des rimes /". et des rimes m., qu'il faut bien distinguer de l'alternance dans les longs vers isométriques à rimes plates, est, comme celle-ci, une invention des Rhétoriqueurs. Ce sont eux qui les premiers se sont astreints à construire des strophes ?7i /' mf fin fm, ou fm fm m f m /", ou 771 f fm /- /'- m, ou fm m /' m- m- f etc. *. "Voici la règle qu'énonce Fabri en 1521, parmi les « additions
1 V. ci-dessus, Introd., xxxvii et suiv., ce que j'ai dit de I.i liberté de structure de la strophe initiale, et les références à Peletier, à Du Bellay, à Ronsard.
2. Voire même le vers de 9 et celui de 11 sj'llabes pleines, qui étaient considérés comme une « licence poétique » par les Hhétoriqueurs et encore par les Marotiques (cf. Fabri, rééd. Héron, second livre, pp. 6 et 14 ; Sibilet, I, chap. v , et dont Konsard d'ailleurs a usé très rarement (Hl.. II, 274, 376-77).
3. Nous n'avons relevé dans toute son œuvre que 12 pièces à rimes d'un seul genre dont y en rimes masculines i Bl . I, 81, 200, 441 ; II, 291, 376, 377,385,409, 413) et 3 en rimes féminines I, 216; II, 481 ; V, 268) ; encore en a-t-il supprimé la moitié dans ses dernières éditions.
4 Ce qui ne veut pas dire qu'ils se soient astreints à l'unité intégrale de structure strophique par alternance régulière, il s'en faut. Ils s'y astreignaient évidenmient dans les pièces unisoonantes à forme fixe, comme le chant royal, quand l'alternance était observée dans la stro. initiale ; mais en dehors de ces pièces ils ne se croyaient pas obligés de suivre dans le même sysl. le patron de la stro. initiale ; il leur arrivait couramment de commencer les stro. dune ode les unes par une rime m . les autres parune rime f , sans la moindre régularité ce qui m'a permis de dire à propos de J. Bouchet ' que nombre de ses pièces présentent une alternance continue, mais non régulière;.
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selon les facteurs et orateurs modernes pour bien composer ung champ royal » {sic) : « Ilem il doit user à son champ royal de ligne féminine et puis masculine, ou de masculine et puis féminine *. » L'auteur anonyme du septième « art de seconde Rhétorique » publié par E. Langlois veut qu'on observe l'alternance dans tous les genres de poésie, danslespièces strophiques aussi bien que dans les pièces en longs vers isométriques à rimes plates -.Jean Bouchetl'a pratiquée sciemment et d'une façon continue (ce qui ne veut pas dire régulière) dans toutes les pièces strophiques de son Labyrinthe de /^oi'/une, qui est de 1322. Le même Rhéloriqueur écrit vers 1337 :
Je treuve beau mettre deux féminins Eu rime plate avec deux masculins :
Semhlahlemeni quand on les entrelace En vers croisez, où Greban se solace '.
Cependant Cl. Marot ne se croyait point obligé d'observer l'alternance intrastrophique, non plus que son maître Lemaire de Belges, et c'est lui, ce sont eux que Ronsard suivit à cet égard *. Ronsard, tout en appréciant comme elle le méritait la valeur musicale de l'alternance, ne s'y astreignit jamais dans les pièces que l'hétérométrie ou le croisement des rimes sulfisait à rendre nettement strophiques. Pourquoi ? Parce que la liberté d'alternance augmentait la liberté d'expression, sans que le plaisir de l'oreille en fût sensiblement diminué, la strophe ronsardienne présentant presque toujours les deux genres de la rime. L'opinion toHS/flH/e de la nouvelle école sur la règle de l'alternance intrastrophique, chère à certains Rhétoriqueurs, se trouve implicitement contenue dans un passage fameux delà /><'/r('Mt(>. Du Bellay aurait fidèlement interprété cette opinion s'il s'était contenté d'écrire: c( Il y en a qui fort supersticieusement entremeslent les vers masculins avecques les féminins [dans les pièces strophiques].... Je treuve cete diligence fort bonne, pourveu que tu n'en faces point de religion jusques
1. Rééd. Héron, second livre, p. 101. Fabri écrit champ royal au lieu de cliant royal, pour des raisons qu*il expose à la p. 99.
2. Hfcueil des Arts de seconde îViétor. (1902). Cf. l'Inlrod. de E. Langlois, Lxxvn et suiv.
3. Epistre familière C\'U, c< où il est parlé d'aulcunes règles de rimes ». Cette pièce a été écrite peu de temps ajjrès la publication des épîtres où Sagon et Marot s'injurièrent, car il en est question comme d'un événement récent. — Bouchet fait allusion aux parties lyriques du mjstère de la Passion d'Arnoul Greban, ou des Actes des Apôtres du même Greban et de son frère Simon. La première de ces œuvres a été publiée par G. Paris et G. Rajnaud Paris, Vieweg, 1878), mais on ne trouve pas ce texte de Bouchet dans leur Introduction, pourtant si documentée.
4. V. par ex. dans l'éd. de Cl Marot par P. Jannet, II, p. 41, 61, 67,69. 70, 71, 75, 80, 85, 110, etc. Parmi ses Pseaumes il y en a cinq où se suivent soit des rimes /'. difl'érentes, soit desrimes ni. différentes, I\',pp.83, 94, 101, 125, 133.
à contreindre ta diction pour observer telles choses ^. » Mais l'exemple qu'il donne des Pseaiimes de Marot et l'explication dont il l'accompagne prouvent assez qu'il avait en vue, dans ce passage, non pas Tallernance intrastrophique, qui seule nous occupe pour l'instant, mais l'unité de structure strophique par l'alternance régulière et identique des rimes f. et des rimes m., dont nous parlerons plus loin -. La préface de ses Vers Lyriques nouscontirme dans ce sentiment^. Il est regrettable que Du Bellay, s'exprimant avec plus de hauteur que de précision, n'ait pas fait la distinction que nous faisons ici; car l'opinion delà Brigade ayant changé sur le deuxième point, qui est explicite, et le texte de la Deffence n'ayant pas été refondu, on a pu croire que l'opinion de la Brigade avait également changé sur le premier point, qui est implicite. Il n'en est rien. Ronsard et Du Bellay, nous le répétons à dessein, ont toujours pensé avec Marot (qui avait déjàréagi là-contre), que l'alternance intrastrophique n'est pas obligatoire, du moins dans les pièces où la strophe est nettement accusée par l'hétérométrie ou par le croisement des rimes, autrement dit que la strophe initiale d'une pièce ainsi construitepeut contenir de suite deux rimes de même genre ne rimant pas ensemble. Leurs œuvres lyriques en ofTrent plus d'une preuve*. En outre, il existe dans VAbbregé de VA. P. un passage également fameux, où Ronsard oppose sous les noms d' « elegie » et de « chanson » les vers isométriques à rimes plates aux vers nettement strophiques par hétérométrie ou par croisement de rimes, qu'il qualifie seuls de « lyriques » ; or il exige l'alternance pour les premiers (nous verrons bientôt pourquoi), et se contente de dire pour les seconds : « Quant aux vers lyriques, <?z /erai' le premier couplet à ta volonté... »
1. Deff. et Illustr., II. ix ,td Chamard, pp. 290-92 . Les mots entre crochets ne sont pas dans te texte de Du Bellaj" ; il est très vraisemblable qu'ils sont sous-entendus, puisque D. B. ne cite que re.\emple des Pseaumes. qui sont tous strcpliiques. Cependant leur absence rend la phrase équivoque, car il y a des psaumes en strophes isométriques à rimes plates, et Ton peut croire à première vue que D. B. n'a pensé qu'à ceux-là. le mol « entremesle » pouvant s'appliquer aux pièces à rimes plates aussi bien qu'aux pièces à rimes croisées