V. ci-dessus, Introd., p xvii. note 1 ; p. xxxix, note
6. Tous les trois pour les pièces en petits vers, les deux premiers poiu" les pièces en longs vers. Ont encore considéré comme lyriques les pièces isométriques en petits vers à rimes plates : Uespériers, Salel, Saint-Romard, Sibilet V. ci-dessus, Inlrod. p. XVI, note 2 ; p. xL, note 5,.
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égales par le rytlime, et assimilées à des pièces nettement strophiques, si elles étaient à la fois isométriques et à rimes plates ? Par deux moyens, que nous dirons tout à l'heure, et dont l'un, très supérieur à l'autre esthétiquement, fut non seulement adopté par Ronsard, mais généralisé el étendu par lui à tous les genres de poésie en rimes plates.
On a eu raison d'attribuer à Ronsard la réhabilitation définitive de l'alexandrin comme vers héroïque et didactique * ; on a eu raison aussi de lui attribuer l'introduction définitive de l'alexandrin dans le lyrisme et de l'en louer chaleureusement -. Mais il a accompli une réforme non moins importante, et à coup sur plus personnelle, dont il nous reste à parler. Elle est la conséquence du deuxième principe qui l'a guidé dans sa rythmique, celui de l'unité dans l'art par la régularité.
S'il était nécessaire de libérer le sentiment et la pensée, de leur donner de l'espace et de l'air, de les sortir des geôles où ils étouffaient et se mouraient, cela n'était pas suffisant. Il fallait que cette liberté ne dégénérât pas en licence et eût des limites raisonnables, pour éviter qu'à un mal n'en succédât un pire, l'anarchie à la tyrannie. Il fallait organiser l'ode et la chanson ; il fallait trouver une règle qui en sauvegardât et en assurât l'unité strophique.
Non seulement la strophe ne devait pas êtretroplongue(12 vers parurent à Ronsard un maximum, qu'il dépassa rarement 3) ; non seulement les vers de la strophe ne devaient être ni trop courts ni trop longs ^3 syllabes pleines lui parurent un minimum, el encore à la condition que les vers de 3, de 4, de 5 syllabes fussent accompagnés de vers plus longs ; 12 syllabes pleines un maximum)* ; non seulement la strophe devait
1. H. Chamard, thèse latine sur l'A. P. dePeletier, 2' partie, chap ii. — La mention « eu vers héroïques •> appliquée aux pièces en alexandrins parait pour la première fois dans la 2= édition des Meslanges (vers mars 1555) ; les mêmes pièces ne portaient encore aucune mention de ce genre dans la 1" édition, imprimée en novembre 1554. C'était un retour à Jean Lemaire Temple de Minerue et à Jean Marot Voyage de Venise) et, par delà les Rhétoriqueurs. au xin' siècle C'est Lazare de Baïf qui a le premier usé de l'alexandrin comme vers tragique (v. les récits et le dialogue de son Eleclra, 1537, et de son Hecuba, 1544).
2. E. Faguet, Sei:it>me siècle, p. 280. Nous avons vu ci-dessus (pp. 661 et 663) que, avant Ronsard, 1 alexandrin fut introduit dans la poésie lyrique par J. Martin, Pernette du Guillet, Peletier, Marg. de Navarre et Pontus de Tyard.
3. Onze fois seulement V. le tableau ci-aprés). Peletier recommande, sans toutefois l'exiger, que la strophe ne dépasse pas dix vers, et encore préfére-t-il celle qui a moins de dix vers (.-l. P., chap. sur l'Ode; cf. Chamard, ih. lat., p. 66).
4. On ne trouve pas dans ses œuvres un seul vers monosyllabe ou dis^vllabe Le fait qne la chanson, A ce malheur qui jour et itutt me poingt I, 436), contient des vers de
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être nettement perçue par l'oreille ; mais encore et surtout, toutes les strophes d'un même système devaient être construites sur le patron de la strophe initiale. Cette strophe une fois construite ad libitum, toutes les strophes subséquentes appartenant au même système devaient être semblables, ou plutôt égales à elle : 1° par le nombre des vers ;2°par la longueur des vers ; 3° par la place des vers de même mesure ; 4° par l'agencement des rimes ; 5° par la place des rimes de mème(jenre.k l'unité strophique de son, très monotone et gênante, était susbtituée l'unité strophique de rythme, et cette unité de rythme était intégrale, car toutes les strophes d'un même système,, ayant ainsi un nombre égal de rimes de même genre ou de genre différent tombant à la même place, étaient exactement superposables.
Ronsard et ses amis ne furent pas tout d'abord d'avis de pousser jusqu'à ce point la régularité strophique, par crainte de « contraindre leur diction ». Ne serait-ce pas tomber d'une tyrannie dans une autre ? Puisque l'on voulait réagir par tous les moyens contre la théorie de la difficulté métrique, à laquelle les Rhétoriqueurs avaient réduit lart poétique, il fallait éviter de rendre à ce point difficile l'expression de la pensée et du sentiment. D'ailleurs Lemaire de Belges n'avait pas jugé nécessaire la régularité strophique intégrale des odes, non plus que l'alternance des rimes în.et des rimes/", dans les vers à rimes plates. Cl. Marot lui-même ne s'était pas astreint à cette régularité dans ses pièces strophiques, en dehors des Chansons et des Pseaumes, ei il ne l'avait jamais observée dans ses vers à rimes plates, du moins ceux qui n'étaient pas « destinés au chant». Leur autorité ne devait-elle pas sufTire à la nouvelle école ?
Les premières odes qu'écrivit Ronsard furent donc volontairement irrégulières. Nous avons à cet égard son propre témoignage (préface des Odes de 1550) et celui de Peletier : «... de ce tans là, il ne les fît pas mesurées à la Lire : comme il a bien su fere depuis », nous dit Peletier ; et il ajoute : « M moe non plus que lui, ne me vouloé obliger à cete loe de masculins e féminins '. » En septembre 1547, Peletier n'observait encore ni l'alternance régulière des rimes m. et des rimes f. dans ses vers à rimes plates, ni la régularité strophique intégrale dans ses odes ; et l'ode que Ronsard lui laissa alors publier dans ses Œuvres poétiques n'est pas plus stropliiquement régulière que celles de son ami. En mars 1549, Du Bellay ne croyait pas nécessaire la régularité strophique intégrale, qui obligeait àun agencement identique des rimes
2 syllabes est une r.aison de douter de son authenlicité ; d'ailleuis elle n'a pas paru dansles œuvres de Ronsard avant 1617.
1. A. P., p. 65. \'. ci-dessus, Introd., p. x.\iv,el 1"^ partie, pp. 23et3â.
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f. et des rimes m. dans toutes les strophes d'un système. Nous avons vu le sentiment qu'il exprimait à cet égard dans la Deffence en citant l'exemple des Pscaumes ^ 11 écrivait en même temps dans la préface de ses Vers Lyriques : « Je n'ay entremellé fort supersticieusement les vers masculins avecques les féminins, comme on use en ces vaudeviles et chansons qui se chantent d'un mesme chant par tous les coupletz, craignant de contreindre et gehinner ma diction pour l'observation de telles choses. » Il ajoutait qu'il avait usé quatre fois de la régularité strophique intégrale, pour ne point paraître avoir» dédaigné ceste diligence » ; mais enfin il ne la considérait pas du tout comme obligatoire, et en fait neuf de ses treize premières odes ne sont point « mesurées à la lyre », ou, comme il dit, ne peuvent pas être « chantées d'un mesme chant par tous les coupletz » 2.
Mais Ronsard avait déjà changé d'avis à ce moment-là, et vraisemblablement dès la fin de 1547, à la suite des discussions auxquelles avait donné lieu la publication des Œuvres poétiques de Pelelier. Car en 15i9, si d'une part il n'observe jias encore l'alternance dans les pièces en longs vers à rimes plates ^, d'autre part il observe déjà constamment la régularité strophique intégrale dans ses pièces proprement « lyriques ». 11 pensait déjà en mars, contrairement à Du Bellay *, que ce titre de Vers Lyriques ne doit pas être un vain mot, et qu'une pièce, pour mériter le nom d'ode, qui signifie chant, doit être « mesurée et propre à la lyre », ou, comme il dit encore, « propre à chanter», ainsi que l'étaient les L'seaumes de Marot. 11 s'était rendu compte qu'en négligeant de mesurer ses odes « à la lyre » il leur enlevait un élément de succès considérable ; qu'il perdait ainsi en iiarmonie musicale ce qu'il gagnait en liberté d'expression ; que l'harmonie musicale, nécessaire à des vers «lyriques », y avait une plus grande importance que la liberté d'expression ; que d'ailleurs la régularité strophique intégrale n'imposait pas une gêne par trop sensible à l'expression ; qu'enfin, si d'une telle régularité résultait parfois une contrainte, cette contrainte était plus salutaire que nuisible. Du Bellay ne tardait pas à être converti, et dès novembre 1349 il publiait IG odes nouvelles, toutes régulières, dans son Recueil de Poésie ^.
L'année suivante Ronsard se déclarait nettement en faveur de la