‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 447 sur 509 · Voir Appendice, Pièce justificative VI · texte numérisé non relu

Voir Appendice, Pièce justificative VI

descriptives OU satiriques'. Ronsard l'appliqua aux petits comme aux loy}gs vers dès son premier recueil d'odes.

Puisqu'on admettait, parle principe de laliberté de structure initiale, les vers isométriques à rimes plates dans le domaine de la poésie « lyrique », ainsi que l'avaient fait les poètes Marotiques, il était nécessaire de les mesurer eux aussi « à la lyre », en les rendant quasi strophiques par une divisibilité en sections rythmiquement égales. Or, nous l'avons dit, il n'y avait pour cela que deux moyens : ou bien la série de rimes du même genre, d'un bout à l'autre de la pièce, ou bien l'alternance constante des rimes /". et desrimes m. Cesdeux moyens assuraient à la pièce son unité de structure rythmique : que la pièce fût en rimes d'un seul genre, ou qu'elle fût en rimes de genre différent régulièrement alternées, elle était toujours divisible en sections égales et superposables. Mais le premier de ces moyens était esthétiquement très inférieur au second : d'abord il ne permettait guère à l'oreille de distinguer en fait de sections strophiques que des distiques, c'est-à-dire des strophes élémentaires, à moins que le sens ne fût complet de quatre vers en quatre vers, et qu'une forte ponctuation ne séparât ces quatrains; il risquait en outre de fatiguer l'oreille parla monotonie, ou de la choquer soit par la dureté continue des rimes masculines, soit même par la mollesse continue des rimes féminines ; enfin il pouvait en résulter une contrainte excessive, inopportune, pour la pensée et l'expression. Ronsard lui préféra donc le second moyen, l'alternance régulière des couples de rimes/', et des couples de rimes m., qui évitait tous ces inconvénients, et qui, par contre, offrait deux grands avantages: i° la divisibilité delà pièce en quatrains, sizains ou huitains, voire même en dizains et en douzains, suivant les besoins de la pensée et de l'expression ; 2° une sorte d'hétérométrie, fondée sur le nombre réel des syllabes du vers féminin, que j'appellerais volontiers ?)iusic(j/e, parce qu'elle est accusée par la musique et le chant -.

1. V. par ex. les consolations adressées par Despériers Au roy François sur la mort de son fils ; les épitaphes imitées de Catulle par M. de St. -Gelais D'une belette et d'un passereau d'une damogselle : les blasons écrits par Cl. Marot Du beau et du laid telin. De lachienne de la Royne Eteonore ; par Despériers, Du nombril ; par M. de St-Gelais, D'un bracelet de cheueux. D'un œil. Sur un luth ; par Salel, De la main de Marguerite. Du cœur. De l'Epingle ; quelques chn-urs de VHecuba de Lazare de Baïf, et de Vlphigene de Sibilet ; les chants de Monlano et d'Uranio.de Galicio seul, dans la traduction de \' Arcadia de Sannazar par .1. Martin, etc. (Cf. ci-dessus, Introd., p. xl, note 5|.

2. Nous nous sommes déjà expliqué à ce sujet 'ci-dessus, à propos de .Marot^ : pour les musiciens et les chanteurs les vers féminins sont plus longs d'une syllabe que les vers masculins. — On pourrait encore appeler syllahique cette sorte d'hétérométrie, puisqu'elle résulte du nombre différent de syllabes réelles dans un vers masculin et dans un vers féminin. Les poètes de la Brigade la distinguaient parfaitement, ainsi que les Rhétoriqueurs et les Marotiques. Ils disaient par ex. : vers de 8 et 9 syllabes en

678 RYTHMIOVE nF.S ODES

Ronsard traita conformément à sa théorie les huit odes en vers isométriques à rimes plates qu'il avait écrites avant 1550. 11 relégua dans son premier Bocage, parmi les pièces « non mesurées à la lyre » et « sous autre nom que d'Odes », trois d'entre elles, dont les rimes, de genre différent, n'étaient pas régulièrement alternées ' ; il conserva au contraire parmi les odes dignes de ce nom les cinq autres, dont l'une avait des rimes d'un seul genre - et les quatre autres étaient régulièrement alternées 3. De ces cinq pièces qu'il jugeait assez «lyriques» pour mériter cet honneur, deux étaient nettement divisées en strophes par le sens et la ponctuation aussi bien que par la régularité d'alternance : l'une, Baiser fils de deux lèvres closes, en petits vers groupés par quatrains, l'autre. Lyre dorée où Phœbus seulement , en décasyllabes groupés par huilains. Les trois autres : Dieucrespelu qui autrefois, Que les formes de toutes choses, Somme le repos du monde, n'étaient pas divisées par le sens et la ponctuation, mais elles étaient encore di visibles, nonohstant la ponctuation, en sections égales et superposables, qu'on pouvait à la rigueur assimiler à des strophes ; toutes trois étaient d'ailleurs en petits vers, essentiellement lyriques *. — Conséquent avec lui-même, Ronsard admit encore dans ses recueils lyriques de 1553 et 54 d'autres pièces en petits vers à rimes plates /'. et 7?!. non divisées en strophes par le sens, mais régulièrement alternées, partant divisibles à la rigueur en sections rythmiquement égales ; et il les conserva parmi ses odes, d'abord pour cette raison, ensuite parce que les poètes anciens avaient écrit nombre d'odes analogues, qui étaient seulement mesurées, non divisées.

On conçoit aisément qu'aux yeux de Ronsard, non moins épris de liberté que de régularité rythmique, ce strophisme virtuel, ou si l'on préfère, latent, ait été à la fois nécessaire et suffisant pour rendre

parlant des octosyllabes, vers de 10 et 11 syllabes en parlant des décasyllabes, si ces vers avaient des rimes des deux genres ; et Honsard donne comme sous-titre à l'ode unique qu'il a écrite en vers ennéasyllabiques : \'ers de 9 à 10 syllabes Bl. II. p. 274!. Cf. Fabri, op. cit., pp. 5 et suiv., 29 et passiin ; Ronsard, .Ahbregé, alinéas sur les Vers alexandrins et les Vers communs.

1. 0 Dieu des crercites ; Si cet enfant qui erre ; En mai lorsque les rivières.

Page 1