Dieu crespelu qui autrefois
3. Lyre dorée oii Pttœbus seulement ; Baiser fils de deux lèvres closes ; Que les formel de toutes choses : Somme le repos du monde.
4. Plus tard l'ode Dieu crespelu qui autrefois parut insuffisamment lyrique à Ronsard, parce que ses rimes plates étaient toutes masculines, et que la pièce n'était pas divisée parle sens en sections égales, et il la supprima en 1584 pourcette seule raison, llavait écrit à propos des rimes plates ; « A mon imitation tu feras tes vers masculins et féminins tant qu il te sera possible... » (Afcfcregé de l'A P ) Cette suppression était donc logique. — A dire vrai, il en conserva une autre de même espèce ; Jane en te baisant tu me dis 1554) ; mais comme elle n'a que dix vers, il pouvait la considérer (et nous pouvons la considérer avec lui) comme monostrophique.
jusqu'à un certain point « lyriques » les pièces isométriques à rimes plates, surtout celles qui étaient en petits vers, déjà lyriques par euxmêmes. Mais cette théorie le conduisit beaucoup plus loin qu'il ne l'avait prévu. Elle lui fil établir un trait commun, et pour ainsi dire un point de contact, dans la forme, entre les pièces du genre lyrique proprement dit et les pièces de tout autre genre, épique, dramatique, didactique, satirique. Voici quels furent les deux temps de son raisonnement.
1° Puisque la régularité d'alternance oiTrait de tels avantages esthétiques et musicau.x aux petits vers isométriques à rimes plates, non divisés en sections égales par le sens et la ponctuation, pourquoi ne pas en faire profiter aussi les vers décasyllabes et alexandrins ? Pourquoi ne pas accorder cette forme lyrique, élémentaire il est vrai, mais assez complexe déjà pour être très harmonieuse, aux pièces écrites d'un bout à l'autre en longs vers à rimes plates, non divisées en sections égales par le sens et la ponctuation ? Ces poèmes, qu'ils fussent longs ou courts, n'étaient plus de la prose rimée, comme au temps de Crétin et autres Rhétoriqueurs; ils étaient désormais, aussi bien que les Odes, d'un style particulier, élevé, coloré, métaphorique, enthousiaste, en un mot lyrique ; pourquoi leur forme métrique ne serait-elle pas également lyrique, dans la mesure où cela se pouvait? Alterner régulièrement dans ces poèmes les couples de rimes f. et les couples de rimes m., c'était faciliter la tâche des musiciens, — de ces musiciens que Ronsard rencontrait chez son ami Brinon en 1551 et 52, des Goudimel, des Certon, des .lanequin, qui, après avoir écrit la musique des Pseaumes de Marot, devenaient les collaborateurs de Ronsard à partir de 1352 ^. Ils pourraient ainsi commodément adapter une mélodie strophique à ce genre de pièces, sauf à ne pas suivre jusqu'au bout leur texte, ou à n'en prendre qu'un fragment oiTrant un sens complet, soit au milieu, soit au début, soit même à la fin 2. Et, si ces
1. Voir Douen, op. ci(., t. 1, eliap. xxi, les Auteurs des mélodies du psautier : t. II, chap. I, les Harmonistes du psautier. — Cf. ci-dessus, p. 86.
2. Les musiciens du xvi« s. ont mis en musique bon nombre de pièces de Honsard isométriques à rimes plates, non divisées par le sens en sections égales : par ex. la chanson Petite nymphe folasîre, harmonisée par Janequin, Fabrice Marin, Hegnard, Castro ; « la gayelé " l'ne jeune pneelette, par Goudimel, Fabrice Maria ; l'ode Sur toute fleurette (îecloset par Fabr. Marin; l'ode J'ai ie^prit tout ennuyé (fin), parOrlande; l'épître à .lean du Thier Qui fait honneur au Roy il fait honneur à Dieu, par Fabrice Marin. Lorsqu ils ont noté un si/.ain ou undizain, ils l'ont considéré comme un fragment monostrophique détaché ; dans ce cas, le musicien n'entendait pas indiquer au chanteur un air à suivre dans le reste de la pièce, puisque celui-ci, après un groupement commençant par une rime /".. eût rencontré un groupement commençant par une rime ni., ou inversement. Seuls un second quatrain, ou un second huitain. ou un second douzain, pouvaient être chantés sur le même air que le premier, ces diverses sections commen-
pièces n'étaient pas destinées au chant, si elles ne devaient pas avoir le secours de la musique vocale ou instrumentale, il était d'autant plus nécessaire qu'elles portassent en elles-mêmes leur propre musique, par cette sorte d'hétérométrie musicale qu'engendre le retour ^>ériodique et alternatif de syllabes pleines et de syllabes muettes en fin de vers. Ronsard vit donc dans l'allernance régulière non pas précisément une loi de la musique (car en principe une construction musicale peut s'adapter à toute espèce de construction métrique, même irrégulière, même à de la prose), mais une loi d'harmonie en général i, qui permettait au poète d'atteindre dans les vers isométriques à rimes plates le maximum de variété dans l'unité.
Ronsard s'astreignit donc à cette loi religieusement, à partir de 1353, dans toutes les pièces isométriques en longs vers à rimes plates (qu'elles fussent divisées ou non en sections égales par le sens) ', de même qu'il l'observait déjà depuis 1548 dans les pièces isométriques en
çant toutes par une rime de même genre. Mais, même dans ce cas et avec des pièces nettement strophiques, il est arrivé souvent que les musiciens ont composé leur musique en vue d'une seule strophe, initiale, centrale ou finale. V. à ce sujet Rev. tTHist, litt. de 1900. pp 367-68 (note 1 , et J. Tiersot, Ronsard et la musique de son temps, pp. 27 à 29.
1. La preuve que la règle de ralternance dans les pièces isom. à rimes plates estdue en grande partie aux idées de Ronsard sur l'alliance de la ^Tusique et de la Poésie se trouve dans ce fameux passage de son Ahhregé de l'A P.: a A mon imitation tu feras tes vers masculins et fœminins tant qu'il te sera possible pour estre plus propres à la Musique et accord des inslrumens. en faveur desquels il semble que la Poésie soit née... Si de fortune tu as composé les deux premiers vers masculins, tu feras les deux autres fœminins et parachèveras de mesme mesure le reste de ton Elégie ou Chanson \il désigne ainsi improprement les pièces de vers isométriques à rimes plates', afin que Us musiciens les puissent plus facilement accorder. Quant aux Vers lyriques il veut dire ici les pièces nettement strophiques par hétérométrie ou croisement de rimes), tu feras le premier couplet à ta volonté.. » — Voir encore l'avis dont il a fait précéder ses vers saphiques dans l'édition ne varietur. Ils doivent être, dit-il, « chantez de voix vive, ou pour le moins accordez aux instrumtns. qui sont la vie et l'ame de la poésie » (BI., II, 376).
De son côté. E. Tabourot a écrit, après avoir cité une ode de son invention, du type m fmfm m- m-, très régulière : a Du temps passé on ne sçavoit que c'estoit de ceste liaison ou mariage (des m. et des f.\ et ne l'observoit on sinon es chansons : mais comme on a vu que la Poésie et la Musique, qui sont cousins germains, compatissoyent fort bien en ceste façon, cela a donné occasion aux plus curieux de les observer en toutes autres sortes de vers. •• Rigarrures, liv. IV. chap. ni, éd. de 1609, Poitiers, Bauchu.)
2. On peut dater à un ou deux mois près le moment où la loi de l'alternance régulière a été imposée aux longs vers à rimes plates d'une façon définitive en France. La dernière pièce de Ronsard en longs vers à rimes plates irrégulièrement alternées, la Fantasie à sa Dame (Bl.VI, 332), a paru aux environs de mars 1553. Sil'on ne tient pas compte de l'ode .4 sa Lyre, « Lyre dorée . i), qui est nettement divisée en huitains par le sens, — sa première pièce en longs vers à rimes plates, régulièrement alternées, parut en mai 1553 : ce sont les [sles Fortunées ; sa seconde et sa troisième pièce du même genre sont de juillet-août 1553 : ce sont VElegie à Muret I, 127) et la Harangue du duc de Guise (VI, '28 Chose curieuse, c'est également cette Harangue qui marque le point de départ de la réhabilitation de l'alexandrin comme vers « héroïque »
petits vers A rimes plates ; et voilà comment l'alternance régulière, par suite l'hétéromélrie musicale, fut, en fin de compte, imposée, du fait de Ronsard , à tous les genres isométriques en rimes plates de la versification française : épopée, tragédie, comédie, discours, satire, épître, poème descriptif, moral ou didactique, bien que ces genres fussent toujours destinés à la lecture ou à la simple récitation, non au chant '. 2° Puisque les pièces isométriques à rimes plates non divisées parle sens étaient devenues désormais lyriques dans une certaine mesure par la régularité d'alternance, puisqu'elles avaient revêtu une forme quasi strophique parl'liétérométrie musicale, puisque les musiciens pouvaient les traiter comme des odes ou des fragments d'odes, — pourquoi le poète de son côté ne donnerait-il pas droit de cité parmi ses Odes à des morceaux de ce genre ? C'est à quoi se résolut Ronsard dès 1553. Le poème des Jsles Fortunées, en décasyllabes à rimes plates non divisés par le sens, parait alors sous le titre d'ode à la fin de la 2" édition des Amours ; en 1555, le 2*^ livre des Odes se termine par une épitre à Martial de Loménie en alexandrins à rimes plates (El., IV, 301); le 3^ livre s'augmente de l'épitre liminaire à Henri II en alexandrins à rimes plates (II, 172) et de l'éloge de Diane de Poitiers en décasyllabes à rimes plates (II, 481), — et ces trois pièces prennent le nom d'orff, bien qu'elles ne soient pas divisées en sections égales par le sens ; enfin le 2«livre des Orfw s'augmente en 1560 de cinq pièces en alexandrins à rimes plates, non divisées par le sens, auxquelles Ronsard avait donné le nom d'odes dès leur apparition en 1554 2.
Ainsi Ronsard assimilait à des odes et traitait comme telles des pièces qui, le style mis à part, n'avaient de l'ode qu'un semblant de lyrisme formel, lequel leur était commun avec toutes sortes de compositions en vers non rangées parmi les Odes. A ce compte-là tout fragment d'épopée, ou de tragédie, ou de satire, ou de poème didactique, pouvait être considéré comme une ode. Ronsard le pensa longtemps, peut-être toute sa vie, et d'autres grands poètes lyriques l'ont
1. Ronsard a donc pu dire légitimement dans son Abbregé éd. de 1567) : ■• A mon imilalioniu feras tes vers masculins et fœminins tant qu'il te sera possible . ». sans tenir compte des exemples donnés antérieurement par Oct. de St -Gelais, Crétin et Bouchet ; ceux-ciavaient eul'instincl ou le vague sentiment, plutôt que la claire intelligence, de la valeur esthétique de l'alternance régulière dans les vers isométriques à rimes plates ; et surtout ils n'avaient pas su limposer à leurs contemporains : leurs exemples étaient restés isolés et inefficaces; celui de Ronsard fut presque immédiatement suivi, et il n'a pas cessé de l'être depuis trois siècles et demi (Voir Appendice, Pièce iuslificative VI, II.)
2. Ce sont les n"» 36. 37. 45, 46, 47 du livre II en 1560 V. ci-dessus, p. 190 et 191). Ajoutons la Chanson de 1556, Quand te te veux raconter mes douleurs, qui est de même qualité Uxique.
RYTHMIOUE DES ODES
pensé depuis'. On peut trouver qu'à cet égard il pécha par excès de libéralisme. A quoi nous répondrons que cette sorte de confusion des genres était la conséquence logique de sa théorie de la liberté dans l'art (comme elle le fut plus tard chez nos poètes romantiques), — de même que la loi d'alternance régulière dans les vers à rimes plates était la conséquence logique de sa théorie de l'unité dans l'art.
Ajoutons que Ronsard semble avoir été assez timoré dans l'application extrême de sa théorie, et s'être même repenti à la fin de sa carrière de cet excès de libéralisme. En effet, d'abord le nombre de ces pièces — en longs vers isométriques à rimes plates, non divisés par le sens — qu'il osa qualifier d'odes, est très restreint (9 en tout) ; ensuite il rangea l'une d'elles parmi les Poèmes dès 1560^ ; il en supprima complètement une autre en 1384 ', et, craignant sans doute que la postérité jugeât les autres insuffisamment lyriques par la forme, il en élimina six de ses Odes l'année suivante pour les ranger parmi les Elégies et les Poèmes. Seule l'épître à Henri II resta en tête du 3" livre avec le titre d'ode, comme un témoignage de sa large conception du rythme lyrique*.
Enfin il convient de remarquer que les odes et chansons isométriques à rimes plates en petits vers sont elles-mêmes relativement peu nombreuses. Ronsard en a écrit au total 34 5. Dix d'entre elles sont nettement divisées par le sens en groupes égaux de vers, qui forment de
1. y. par ex. les Méditations de Lamarline, les Chants du Crépuscule, \es Rayons et Ombres, les Voix intérieures et les Contemplations de Hugo, qui coiilicnnenl, parmi de vraies odes nettement strophiques, des poèmes en longs vers à rimes plates non divisés par le sens.