Cl. Binet, op. cit
DE L OEUVRE LYRIOl'E DE RONSARD 9
Autour de lui dansanl à cottes dégrafées '.
On ne saurait trop insister sur les impressions qui déterminèrent la vocation poétique de Ronsard antérieurement aux leçons de Dorât. Les aspects de la nature extérieure au milieu de laquelle il vécut en pleine liberté, de sa naissance à sa douzième année (sauf les six mois de séjour peu fructueux au collège de Navarre), y contribuèrent au moins autant que les exemples et les livres qu'il trouva dans sa famille. Qu'on me permette de dire, après tant d'autres, mon mol sur cette aimable vallée du Loir, où je suis né, où j'ai grandi, moi aussi. Nulle part ce cours d'eau « tard à la fuite » ne semble se complaire entre ses rives verdoyantes et ombragées plus que dans le bas Vendômois, et en particulier au village de Couture, patrie du poète, où il reçoit par plusieurs bras les eaux de la Braye « s'amye ». Les Ronsart possédaient quelques moulins dans ce frais et calme paysage, à quelque mille mètres de leur fief de la Possonnière, et au pied du château de la Flotte, propriété des Du Bellay. C'est sur ces rivières, dans leurs grasses prées, sur les coteaux «vineux » et dans les bois épais qui les dominent, dans les « antres rocheux » et près des « fontaines. jazardes » qui abondent aux environs, c'est dans ce petit coin de terre « qui lui riait par sus tous » que s'épanouit l'enfant-poète, et qu'il fit, des yeux et des oreilles, pour sa vie et pour son œuvre éternelle, une ample provision de souvenirs pittoresques et d'impressions épicuriennes, au point de pouvoir dire avec une légitime émotion « mon Loir » et « ma Gastine ».
En dehors de ses courses à travers champs, prairies et bois, il devait s'intéresser à tous les travaux de la campagne et aux récoltes successives du domaine paternel; les vendanges surtout devaient l'occuper, car c'était alors, beaucoup plus qu'aujourd'hui, un véritable événement solennel, qu'il a fêté plus d'une fois dans ses vers, jusqu'à faire remonter à Dionysos en personne l'origine du clos fertile de la Denysière, relié à la Possonnière par les fiefs tout proches du Porteau et de la Batellerie, également propriété des Ronsart -. En ce pays de vins blancs savoureux et de caves profondes, creusées dans le tuf, il n'y a pas un homme, pas une femme qui n'ait souvent à la bouche le Aune est bibendum des poètes bachiques, et voilà comment Pierre de Ronsard se trouva sans le savoir, dès son âge le plus tendre, un disciple d'Horace et d'Anacréon.
Au reste, ce milieu campagnard ne l'empêcha pas de recevoir à la