Octosyll. f f m m m- m- p m'' m^ p
7. Vers de 10, 4, 6 et 8 syll mêlés L'éd. Bl donne trois strophes indépendantes ; l'éd. M.-L. réunit en inie la 2'' et la 3*^. Dans l'éd. princeps (1565) le 3*^ denii-chœiir n'a que 8 vers et ne contient pas le vers hcptasyll , De la nymphe Catherine, qui, au milieu des autres vers de rythme pair, est certainement ime faute d impression.
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Les deux tableaux qui précèdent sont plus instructifs. Ils nous montrent que Ronsard a employé plus de 150 combinaisons ou variétés rythmiques (en dehors des pièces isométriques à rimes plates, mesurées mais non divisées, écrites en vers de 12, de 10, de 9, de 8 et de 7 syll., dont nous avons parié plus haut) ; — que 34 d'entre elles (à quelques genres de rimes près) lui viennent de Cl. Marot et une quinzaine d'autres de sources diverses ; — que les deux espèces de strophes qu'il a le plus souvent employées sont précisément deux espèces marotiques, le sizain en octosyllabes, n ab c c b, elle quatrain en octosyllabes,a hah^;^ que Ronsard a complètement abandonné les longues strophes en longs vers égaux, chères aux Rhétoriqueurs, qui les faisaient volontiers sur deux rimes pour assurer leur unité ; — que, par contre, les longs vers n'apparaissent que dans ses courtes strophes; toutes ses longues strophes sont en petits vers, gagnant en longueur ce qu'elles ont perdu en largeur ; les rimes y sont multipliées, ce qui leur fait perdre en coiiésion ce qu'elles gagnent en variété ; — que, par suite, Ronsard a dédaigné un procédé de structure, auquel tenaient beaucoup les Rhétoriqueurs, celui de la strophe « carrée », qui consistait à rendre le nombre des vers de la strophe égal à celui des syllabes métriques du vers 2 ; — que Ronsard a employé en très grande majorité les strophes courtes, de 8 à 4 vers, et les pelils vers, de 8 à 3 syllabes ; — que l'alexandrin n'entre que dans six espèces de strophes, qui comprennent en tout douze variétés, ce qui est relativement peu ; — que l'hétérométrie ri/thviique est bien moins fréquente qu'on n'aurait pu le croire d'après les tendances générales de la nouvelle école à laisser le plus de liberté possible à l'expression des sentiments variés qui agitent l'âme dans le transport lyrique (et ceci est un nouvel argument en faveur de notre théorie de l'hétérométrie musicale à laquelle Ronsard a soumis presque foute son œuvre) ; — que Ronsard eut une préférence marquée pour les strophes qui ont un nombre pair de vers, et pour les vers qui ont un nombre pair de syllabes métriques ; — que parmi les strophes à rythme pair il a aimé surtout le sizain et le quatrain, et parmi les vers à rythme pair l'octosyllabe, avec une véritable prédilection ; — que parmi les strophes à rythme impair, il admit encore assez volontiers le cinquain, et parmi les versa rythme impair volontiers l'heptasyllabe ; — enfin que, de
1. Ronsard doit également aux Pseaumes de Maiot la division de deux de ses odes en '< poses » ou a pauses )) (v. ci-dessus, p. 390, note 2).
2. Cf. Fabri, op. cit., 2' partie éd. Héron pp. 88, 97, 99 ; ainsi le chan( royal se faisait ordinairement en dizains de décasyllabes ou en onzains d'hendécasyllnbcs ; la ballade en huitains d'octosyllabes — Ronsard a cependant conservé le huitain d'octosyllabes, mais n'en a pas usé souvent v. ci-dessus, p. 688).
6P8 RYTHMIOIE DES ODES
toutes les odes à système double, il n'y en a pas une seule qui ressemble aux autres. Les 14 odes triadiques à la Pindare, notamment, diffèrent toutes, soit par le nombre des vers de chaque système, soit par le nombre de leurs syllabes métriques, soit par l'agencement de leurs rimes ; bien plus, des 28 combinaisons sirophiques auxquelles elles donnent lieu, une seule est répétée, celle de la strophe de l'ode II. Comme un qui prend une coupe (10 hep tasy llabes, /"m/'m /^- /"^ m-/ 3 /'3 m'), qu'on retrouve à l'épode de l'ode IX et à l'épode de l'ode XII K De sorte que, si toutes les odes triadiques avaient été mises en musique, comme le fut l'ode A .]fichel de L'Hospi/al, elles eussent exigé des musiciens 26 airs différents.
Rien ne montre mieux que l'exemple des odes triadiques le souci dominant qu'a eu Ronsard de varier ses rythmes, du moins dans la première partie de sa carrière. Faire du nouveau relativement aux plus illustres de ses devanciers, telle fut sa grande préoccupation, mais, il faut le dire bien haut, en cherchant à faire mieux qu'eux. C'est cette préoccupation qui le détermine à intervertir dans leurs rythmes l'ordre des genres des rimes : Marot avait adopté l'ordre m m fm^ m- f ; Ronsard garde cette combinaison qui lui parait bonne, mais il lui ajoute la combinaison inverse f fm f- f- m. Ou bien il augmente le nombre des rimes ; telle strophe qui n'avait que deux rimes dans Marot ou Despériers en a trois chez Ronsard : m»; /'//un /"devient mmfm-m-f. Ou bien, conservant l'ordre et le genre des rimes, il augmente ou diminue le nombre des syllabes d'un vers : telle strophe de Marot, de trois vers de 10 et d'un vers de i syllabes, prend sous la plume de Ronsard trois vers de 6 et un vers de 4 ; telle strophe de Despériers, de quatre décasyllabes /'/■-/■'-/', devient unestrophe de quatre alexandrins /■/'-/'2/'; le sizain de deux décasyllabes et un tétrasyllabe répétés, aab a ab, que Marot a employé dans son £'/éjî> XVIII, devient chez Ronsard le sizain de deux alexandrins et un hexasyllabe répétés (Bl., II, 221), ou de deux décasyllabes et un hexasyllabe répétés {id., II, 454). Nous pourrions multiplier les exemples ; ceux-là suffisent à prouver le soin que mit notre poète à renouveler et à diversifier les rythmes de ses prédécesseurs tout en les régularisant, c'est-à-dire en construisant toutes les strophes d'un même système sur un rythme identique à celui de la strophe initiale.
1. lionsard a évidemmenl senti l'excellence de cette strophe qu'il a créée. Mais il est surprenant qu'il ne l'ail utilisée que ces trois fois dans toute son œuvre. On la dit avec raison : c'est cette strophe '< qui, repétrie par Malherbe, est devenue la strophe classique française ». La seule dift'ércnce, c'est que le vers de la strophe malherbienne a 8 pieds tandis que celui de la strophe ronsardienne en a 7. Faguet, Seiz. siècle, pp. 275, 283-84.1
ET CHANSONS DE RONSAKn 699
Sur la valeur respective de ces diverses combinaisons, le meilleur a été dit, et nous venons trop tard '. Aussi, dans l'exposé qui suit, insisterons-nous plutôt sur les raisons qui semblent avoir guidé Ronsard dans ses choix.
lly a moins de mérite h varier ses rythmes qu'à les bien choisir ; ce n'est pas la quantité qui importe, c'est la qualité. 11 faut d'une part qu'ils plaisent à l'oreille, d'autre part qu'ils conviennent au sujet traité. Ils doivent être harmonieux et opportuns. Or il s'en faut qu'ils le soient toujours chez Ronsard.
On a déjà relevé ses erreurs rythmiques, notamment le manque d'unité de ses longues strophes, qui est la plus grave et a pu faire dire sans injustice « que dans ses tentatives de strophes au delà de 10 ou 12 vers Ronsard a complètement échoué- ». Nous n'avons donc point à y revenir ; d'autant moins que Ronsard s'en est rendu compte de très bonne heure et s'est amendé ; que dès 1353 il abandonna les strophes démesurées ; qu'après avoir lu r,4)-/ portique de Peletier, d'une technique si judicieuse, il renonça aux strophes dont les derniers vers sont plus longs que les premiers ; qu'il retrancha même plus tard les odes construites de cette façon 3, et aussi celles qui contenaient des vers de mesures différentes, insufiîsamment différenciées, telles que la Palinodie à Denise et l'ode Au Cardinal Du Bellay^ ; qu'enfin son Abbregé de l'A. P. et sa pratique générale des strophes après 1353 témoignent d'un sens musical très altiné et d'une intelligence claire des moyens à employer pour ne pas « offenser la délicatesse de l'oreille '" ». Jugeons-le sur la règle plutôt que sur l'exception, et sur les productions de sa maturité plutôt que sur les essais imparfaits de sa jeunesse.
Quant aux contresens rythmiques, ils méritent d'être jugés plus
1. Voir S.-Beuve, Œuvres choisies de Ronsard [éd. Louis Moland), notes qui suivent les pièces ; Faguet, op. cit , pp. 275-281.
2. Faguet. op. cil., pp. 276-77. Même le huitain fm j m f'-m'^p m-, comme celui de l'ode Mon Dieu que nmlheureu.v nous sommes, est défectueux au point de vue de l'unité, puisqu'on peut le diviser en deux quatrains indépendants à tous égards. Les diverses parties d'une strophe ne sont vraiment liées que par la rime, qui en est l'àme. Cf. S.-Heuve, Œuures choisies de Honsard, réédition L. Moland, format in-18, p. 8S.