Cf. 131., II
KT CHANSOiNS DE KONSAKD 703
Horace et ses nombres divers Amusent seulement ma lyre (II, 408).
Nous allons jusqu'à penser que le rythme des odes telles que celle Dps voies plantées prezun blé (8, 3, 8, 8, 3, 8 ; ou 7, 3, 7, 7, 3, 7), pourrait bien venir de l'ode Solvituv acris hiems^ disposée, comme elle l'esl dans certaines vieilles éditions, en sizains hétérométriques *. Ronsard aurait greffé ainsi un rythme horatien sur le vieux rythme national de Bel aubespin verdissant, comme il l'a fait pour l'ode saphique, Belle dont les yeux doucement m'ont tué, et pour d'autres qui résultent d'un rythme d'Horace greffé sur un rythme de Marol -.
Pour les odes anacréontiques, Ronsard, comme R. Belleau, a presque toujours conservé la physionomie rythmique des textes grecs. Les Anacreonlea se présentaient dans l'édition de H. Estienne en systèmes de vers égaux et courts. Ronsard les paraphrasa (sauf deux fois seulement) en petits vers isométriques, soit à rimes croisées, soit à rimes suivies, ce qui les rapprochait encore plus des systèmes astrophiques de l'original; et il adopta l'octosyllabe et l'heptasyllabe, qui sont les vers anacréontiques par excellence ^. — Par contre, voulant paraphraser des pif-ces de Bion, qui sont en hexamètres suivis, Ronsard adopta les strophes isométriques en alexandrins (Escoute Du Bellay, II, 170), ou le système en « vers de neuf à dix syllabes » à rimes plates (Chère Vesper lumière dorée, II, 274), et le système en alexandrins à rimes plates {Si mes vers semblent doux, IV, 349), qui le rapprochaient plus encore du rythme astrophique des idylles grecques *. — Il a de même paraphrasé en alexandrins à rimes plates des fragments de Ménandre et de Philémon en longs vers astrophiques (Aous vivons, mon Panjas, IV, 305 ; Lorsque ta mère estait, VI, 270). Et l'une des raisons pour lesquelles il a cru d'abord pouvoir insérer parmi ses Odes
1. Ces groupes de 6 vers comprennent 1 tétramèlre dactylique, 1 vers itliypliallique, 1 trimètre iambique catalectique, 1 létramètre daclylique. 1 vers itliypliallique, 1 trimètre ianibique catalectique.
2. Cl. Marol en a l'ait autant dans ses Pseaumes: il a grefle des rythmes d'Horace sur des rythmes français antérieurs. Nous ne partageons donc pas l'opinion de M. Froger qui écrit ; « Là où l'on croit saisir une certaine analogie entre le rythme d'Horace et celui de Honsard, la ressemblance est purement fortuite D {op. cit., p. 84,. Par contre, la seule analogie qu'il ait constatée, entre la Complainte de filaitce à Scylle et l'ode Miserarutit est. nous semble très risquée, d'autant plus que le modèle approximatif de la Complainte se trouve dans VElégie XVIII de Marot et dans sa Irad des psaumes cxiv et cxv.
3. Ls vers le plus fréquent des .\nacreontea est le dimètre iambique catalectique : il a 7 syll. dans sa forme élémentaire et pure ; il en a 8 quand le premier ianibe est remplacé par un dactyle, un anapeste, un tribraque. un amphimacre ou un amphibraque. On y trouve aussi des phérécratiens (7 syll.; et des glyconiqucs 8 syll ).
4 Ce qui ne veut pas dire qu'il l'ait toujours fait ; deux l'ois il a paraphrasé du Bion en petits vers (chanson Ln enfant dedans un bocage ; ode La belle Venus un jour,.
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des pièces de ce genre, c'est qu'il en trouvait l'exemple, non seulement dans certaines anthologies lyrico-gnomiques de son temps, mais encore dans les recueils lyriques des poètes néo-latins, dont il a imité approximativement plus d'un rythme, notamment celui de la chanson à Hélène, Plus eslvoil que la Vvjne à l Ormeau se marie (I, 383), qui est modelé sur celui du Baiser II de ,1. Second '.
C'est d'après le même principe que Ronsard a écrit ses odes pindariques en petits vers isométriques. Deux historiens très autorisés de la poésie au xvi» siècle, MM. Vianey et Henri Ilauvette, ont cru voir dans les Hymnes de Luigi Alamanni le modèle que Ronsard a suivi directement pour la structure de ses odes pindariques 2. Nous avons exposé longuement ailleurs les raisons pour lesquelles nous ne pouvons partager leur opinion ^. Nous avons montré que les dilTérences de forme métrique sont considérables entre les deux œuvres, sans parler du fond qui diffère totalement (fait qui à lui seul est probant, car si Ronsard avait emprunté au poète italien la forme de ses odes, il en aurait malgré lui imité quelque peu la matière); — que ces différences ne viennent pas seulement des exigences de la versification française, mais s'expliquent presque toutes par ce fait que Ronsard suit Pindare et non pas Alamanni ; — que les ressemblances, sur lesquelles on insiste et qui à première vue semblent, en effet, importantes, ne prouvent pas du tout que Ronsard a pris modèle sur Alamanni, mais simplement que Ronsard et Alamanni ont suivi le même modèle, qui est Pindare; — que, s'il est vrai que la majorité des strophes et épodes de Ronsard est en vers de sept pieds, ainsi que celles d'Alamanni, il ne faut pas oublier qu'une ode pindarique de Ronsard est entièrement en vers de six, et que l'octosyllabe est le vers de la strophe dans quatre autres, dont les trois plus longues et les plus importantes *; — enfin que ce n'est pas au poète italien que Ronsard doit sa prédilection, évidemment regrettable, pour les petits vers, qui rendent si mal la dignité et la majesté de l'œuvre grecque.
Sur ce dernier point, qui nous occupe plus spécialement, la vérité