‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 471 sur 509 · Ibid., 165 et suiv · texte numérisé non relu

Ibid., 165 et suiv

3. V. par ex. les Poètes français, ou Choix de poésies des auteurs du second et du troisième ordre des XV', XVI', XVII' et XV III' siècles par J.-B.-J. Champagnac 6 vol. Paris, 1825, Menard et Desenne fils'. Ronsard figure dans cette collection au tome I, pp. 73-102, pour 24 pièces seulement, dont onze odes, parfois tronquées, — avec une notice de six lignes. On lit dans l'Avant-propos le jugement de Marmontel (Cf. ses Eléments de Littérature, éd. de 1822, tome I, p. 269 .

Pour être juste, il faut reconnaître que Ronsard figure pour 34 pièces, dont 5 odes, dans le Recueil des plus belles pièces des poètes français depuis Villon jusquà Benserade (17.')2i, qui est une réédition du recueil de Barbin (1692) ; que le cinquième vol. des Annales Poètic/ues ou Almanach des Muses, publié par Delalain en 1778, consacre à Ronsard 260 pages, qui contiennent 85 pièces, dont 32 lyriques avec une notice relativement élogieuse et un portrait' ; et que, avant l'intervention de Sainte-Beuve, d'une part VioUet-le-Duc avait appelé sur Ronsard l'aUenlion du public dans VHistoire de la Satire en France, pour servir de préface aux œuvres de Régnier i Paris, Desoér. 1822), d'autre part deux anthologies avaient encore paru oii Ronsard fait assez bonne figure : Les l'oëtes français jusquà Malherbe I Paris, Crapelet, 1824\ et le C.hoi.r de Poésies de P. de Ronsard el de ses devanciers Paris, Werdet, 1826) : ce dernier vol. contient 49 pièces de Ronsard et lui consacre 109 pages, dont 3 pages de notice qui commencent ainsi : " Ronsard poussa beaucoup plus loin que Du Bellay l'usage des figures familières aux langues grecque et latine... Mais il avait de la verve, de la grâce, une imagination brillante, et ce génie qui avait fait l'admiration de son siècle a été betucoup trop décrié depuis Malherbe. »

Ici, point de prétenlion ni d'enflure; une mélodie soutenue, des idées voluptueuses et de fraîches couleurs. La langue de Marot est retrouvée, mais avec plus d'éclat ; elle a déjà revêtu ces beautés vives qui, plus lard, n'appartiendront qu'à La Fontaine » ; et, après quelques citations, qu'il aurait pu, dit-il, multiplier : « On dirait vraiment qu'il y eut deux poètes en Ronsard : l'un, asservi à une méthode, préoccupé de combinaisons et d'efforts, qui se guinda jusqu'à l'ode pindarique et trébucha fréquemment; l'autre encore naïf et déjà brillant, qui continua, perfectionna Marot, devança et surpassa de bien loin Malherbe dans l'ode légère. » Non pas qu'il lui refusât les qualités de la haute poésie lyrique, mais il l'y trouvait inférieur, impuissant à répondre à l'appel de la « voix secrète », faute d'une langue formée et d'un public initié. Au reste, il sufTisait parfois, disait-il, « de soulever un léger voile pour le trouver éblouissant et inspiré » '. En même temps, dans un volume de pièces choisies, consacré entièrement à Ronsard, Sainte-Beuve soulevait ce voile, expliquait, démontrait, admirait. Il mettait en pleine lumière, avec raison, le Ronsard anacréontique ethoratien. Mais, soit prudence, soit respect superstitieux de la chose jugée, il laissait fout à fait dans l'ombre le Ronsard pindarique, le déclarant « détestable et presque illisible » ^.

Malgré cette restriction exagérée, Sainte-Beuve apprit au monde des poètes « à lire dans Ronsard » ^ et institua autour de son œuvre d'utiles discussions. Toutefois, il ne semble pas avoir créé une atmosphère de vrai enthousiasme pour lui dans la génération de 1830. Ses amis littéraires avaient obtenu ce qu'ils voulaient, la preuve que leur réforme n'était pas isolée dans l'histoire de la poésie française, qu'elle continuait avec ses moyens propres ou recommençait sur de nouveaux frais celle de 1350. Aux reproches qu'on leur adressait ils pouvaient

1. Tableau, édition Charpentier, pp. 71 à 76. Partie publiée d'abord dans le Globe du 12 octobre 1827, sous le titre : Succès de Ronsard dans l'ode anacréontique. Sentiment profond qu'il avait de la haute poésie.

2. Rééd. Moland, formai in-18, p. 87, Seule des odes pindariques y figure, à l'état fragmentaire, celle A Michel de L'Hospital, et encore Sainte-Beuve ne l'a-til pas réimprimée « sans quelque hésitation ». Il écrivit encore en 1855 : « J'ai sous les yeux dans l'édition première ces odes de Honsard ; je les disais autrefois presque illisibles : j'avoue qu'elles continuent de me paraître bien hérissées et bien rudes ; il y justifie par trop ce vers de l'ode finale imitée de VExegi nionumentum : a Plus dm- que fer j'ai fini mon ouvrage. » Si j'avais à y faire un choix, il ne serait pas autre que celui que j'en ai tiré anciennement... Ronsard a le souflle généreux et une certaine force inhérente à son talent : c'en est un trait dislinctif ; mais cette force insuflisanle, et qui le trahit dans les grands sujets, réussit niieu.x et le sert quand il se rabat aux moindres. C'est ainsi qu il y a quelquefois du nerf et de la netteté brillante dans la grâce » (C. L. Xll, 67-68 . Certes Sainte-Beuve n'a pas surfait Ronsard, il s'en faut. Il est plutôt resté en deçà du vrai el du juste qu;ind il a parlé de ses oeuvres élevées .1 -.1 .Anipéie le lui a reproché [Tableau, éd. Charpentier, p 76, note 1|.

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