‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 472 sur 509 · Th. de Banville, dédicace des Odelettes · texte numérisé non relu

Th. de Banville, dédicace des Odelettes

désormais répondre : « Nous avons un ancêtre national et de vieille race ; c'est A Ronsard que remontent nos titres de noblesse et non pas seulement h André Chénier <. » Ce fut pour eux une ruse de guerre, sans plus. Quel témoignage, en effet, ont-ils laissé de leur admiration pour Ronsard ? A cet égard l'in-folio de 1609 offert par Sainte-Beuve àV. Hugo est un document précieux. « Cet exemplaire ;\ grandes marges, raconte Sainte-Beuve lui-même, était bientôt devenu une sorte d'Album où chaque poëte de 1828 et des années qui suivirent laissait en passant quelque strophe, quelque marque de souvenir-. » Mais ce que Sainte-Beuve ne dit pas, c'est qu'aucun des souvenirs tracés sur ce beau volume ne concerne Ronsard 3.

Je ne vois pas, d'autre part, que les maréchaux de la poésie romantique l'aient même honoré d'un emprunt ou d'une imitation, si ce n'est Victor Hugo, qui lui a pris tout juste deux épigraphes en 1825 ', certains rythmes dédaignés par Malherbe, peut-être quelques vocables ou métaphores, mais d'ailleurs a gardé sur son compte le silence le plus obstiné ^. — Non ; malgré les analogies réelles entre sa révolution et la leur, malgré les bonnes raisons qu'ils auraient eues d'exalter le chef de la première Pléiade, le poète hiérophante, le vates des temps nouveaux, le rénovateur de la )angue,rinstanrateur de la liberté dans l'art poétique, ils ne sentaient pas en lui un véritable ancêtre. Ils eurent pour lui une sympathie respectueuse, surtout parce qu'il était la plus illustre victime de Boileau. Mais ils étaient trop occupés par la Bible, le Moyen-Age chrétien, Dante et Pétrarque, l'Orient moderne et les littératures du Nord pour accorder une grande attention à cet imitateur de l'Antiquité gréco-

1. On connaît le vers de Baour-Lormian : « Nous, nous datons d'Homère et vousd'A. Chénier. »

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