‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 473 sur 509 · Tableau, éd. Charpentier, p · texte numérisé non relu

Tableau, éd. Charpentier, p

3. Voir le Ronsard de lîlanchemain, VIII, 73, et l'Intermédiaire des Chercheurs du 10 mai 1895, p. 493.

4. Odes et Ballades, éd. Hetzel-Quantin, in-18. pp. 238 et 275.

5. Il est remarquable que V. Hugo n'a pas même nommé Ronsard dans la Préface de Cromivell. Pas un mot de lui non plus dans Littérature et Philosophie mêlées ; Ronsard y est simplement nommé au milieu d'une liste interminable de poètes — et une seule fois (tome II. p. 357 de la grande édition 11. -Q.^, — alors que les occasions de le juger abondaient. On dirait un véritable parti pris.

11 est vrai que, dans une lettre datée de Bruxelles, 24 août 1869, il a écrit ces lignes au sujet de la statue de notre poète qu'on projetait d'élever à ^'endôme : « Boileau et toute son école ont été bien injustes pour Ronsard, et je m'associerais bien volontiers à une glorification qui est une protestation )» 11 est vrai encore que dans la 2" série de la Légende des Siècles (1877i il a intitulé du nom de lionsard une courte idylle, qui respire la philosophie épicurienne du poète A'endômois. Mais qu'est-ce que cela dans l'oeuvre immense de Hugo, surtout si l'on songe que, par la lettre susdite, il s'abstint de souscrire pour la statue de Ronsard, sous prétexte que la liste de jiatronage portait « des noms officiels qui excluaient le sien »? fCf. Bulletin de la Société archénl. du \'endômois, 1907, 4'^' trimestre, art. de G. Bouhoure sur l'ne lettre autographe de V. Hugo).

latine, qui avait substitué en poésie le paganisme au christianisme, et engendré par suite l'école classique *.

II en fut tout autrement dans la seconde moitié du siècle, où les Parnassiens revinrent aux sources antiques, aux divinités grecques, à l'étude attentive de la Renaissance, et se préoccupèrent davantage de la technique du vers, des beautés delà forme. L'ouvrage de Gandar, écrit en faveur du Ronsard pindarique et homérique, jusque-là négligé, la publication d'un volume de « vers inédits » de Ronsard par Blanchemain, les deux articles consécutifs de Sainte-Beuve, heureux de constater en 1835 que la « question de Ronsard » avait « fait son chemin » depuis vingt-cinq ans dans le monde des lettres, l'article enthousiaste de Théodore de Banville, qui avait toujours été un ronsardisant convaincu, marquent la seconde étape de ce mouvement ascensionnel qui devait replacer Ronsard « au trône radieux » -. La réédition de ses œuvres complètes par Blanchemain (la première qui voyait le jour depuis l'année 1630), la couronne de vers que tressèrent pour la circonstance en 1867 vingt poètes, dont quelques-uns déjà célèbres, enfin l'article dithyrambique de Barbey d'Aurevilly sur le « divin Ressuscité», marquent la troisième et dernière étape de cette « restauration » 3.

Depuis lors, les hommages à Ronsard se sont succédé sans interruption. Sans parler de l'érection de sa statue à Vendôme, qui eut lieu parmi des fêtes éclatantes ^, non seulement ses œuvres complètes ont été rééditées et de nouveaux choix de ses poésies publiés ^, non seulement

1. Pourtant Théoph. Gautier et Gérard de Nerval ont ressenti pour Ronsard plus que de la sympathie (Cf. Sainte-Beuve, C. L.. XIV, art. sur Banville : .V. L., VI, 325 ; P. C V). Le second a publié en 1830 un Choix des poésies de Ronsard, Du Bellay, Baïf, Desportes et Régnier.

2. Gandar, Thèse fr., 1854. — Blanchemain, Œuvres inédites de P. Fionsard (18551, vol. précédé d'une note bibliogr. et de la Vie de Ronsard par G. CoUetet. — Sainte- Beuve, C. L., XII (cet. 1855). — Th. de Banville, article inséré en tète du tome II des Poètes Français d'Eug Crcpet 1861 1, puis à la fin du Petit Traité de p. fr (1872 .

3 V. le tome \'1II du Ronsard de Blanchemain. pp. x et suiv. — Barbey dAurevilly, deux articles publiés dans le IS'ain jaune (15 septembre et 28 octobre 1867:, reproduits dans la 2*' série de Les Œnures et les Hommes fvol. des Poètes. Paris, A. Lemerre, 1889) sous le titre Ronsard. — Il serait injuste de ne pas signaler ici le Choix de Poésies de Ronsard publié par A. Noël en 1862 (Paris. F. Didot) : celte anthologie en deux vol.. formant un total de plus de mille pages, est la plus importante et la meilleure qui ait été publiée jusqu'ici en France

4. Cf. Les Fêtes de Vendôme, 15-23 juin 1872. in-8*' de 250 pp., publié à \'endôme à la librairie Metlaye en 1873. On trouvera dans ce volume les discours prononcés par Aug. Barbier au nom de l'Académie française, par .Jules Simon au nom du Gouvernement; entre autres hommages poétiques, un poème patriotique de Pr. Blanchemain et une très belle ode de Banville ; « O Ronsard, notre siècle a vengé ta mémoire... »

5 Œuvres choisies, par Becq de Fouquières (Paris, Charpentier, 1873 , Louis Moland 'Garnier, 1879), B. Pifteau 'Delarue. 18911. Œuvres complètes, par Martv- Laveaux (Lemerre, 1887-93 . Les Amours de Marie par P. Louj's (Mercure de France,

les auteurs d'anthologies du \vi' siècle lui ont tous donné dans leur volume une place d'honneur, mais des érudits et des critiques ont étudié avec une curiosité croissante sa biographie, son œuvre et sa langue i, et des poètes, de l'école humaniste ou néo-classique, l'ont vénéré comme un grand ancêtre, dont la Muse toujours jeune inspirait la leur -. Il n'a plus besoin qu'on demande pour ses mânes « un peu de pitié », comme le faisait timidement Sainte-Beuve, et, quoi qu'en ait dit Gandar, il s'est relevé d'une façon définitive des coups que lui a portés Boileau.

Puisse-t-on se rendre compte, enfin, que les parties caduques de son œuvre conservent une très grande valeur historique et que leur insuffisance esthétique ne doit en rien nuire aux autres ; qu'il serait aussi injuste de le juger sur ses Odes pindariques ou sur la Frandade que de juger P. Corneille sur son Clilandre ou son Agésilas, Victor Hugo sur ses premières Odes ou ses dernières productions ; qu'il a résumé ou développé, avec autant de hardiesse que d'art, dans ses Amours, ses Odes légères, ses Eglogues et ses Elégies, les thèmes lyriques de tous les temps sur la nature extérieure, la beauté, l'ambition, l'amour et la mort ; qu'il y a plus d'une fois uni harmonieusement, ainsi que dans les Hgmnes, les Poèmes et les Discours, l'âme antique et l'âme française ; que son âme, à lui, s'y révèle à chaque instant sous les réminiscences érudites, et qu'elle est exquise; que, de ses propres aventures, de sensations et d'émotions personnelles, il a su dégager une poésie de caractère général, qui est la poésie même de l'humanité ; que, notamment, il a su exprimer, aussi bien que le permettaient à son époque l'idiome et le vers français, les instincts et le roman de la jeunesse universelle; que, somme toute, par sa prodigieuse aptitude à passer « du grave au doux, du plaisant au sévère », par la variété savante de sa rythmique, par le nombre et l'éclat de ses images, par les mouvements lyriques dont son œuvre abonde, par l'étendue, la vigueur et l'influence prolongée de son effort artistique, et malgré ses erreurs de

1897). Le Livret de Folaslries, par Ad. Van Bever (Id,, 1907). Œuvres choisies, par A. Séché (Louis Michaud, 1907). En 1908, M. Hugues Vaganay a entrepris une édition critique des Amours qui doit paraître chez Honoré Champion, avec préface de J. Viancy.

Signalons à part un charmant recueil d'odelettes : Treize poésies de Ronsard, mises en musique par Guide Spinetti, et ornées par L. Mélivet de vignettes modernes dans le goût ancien, avec préf. de Fr. Sarcey (Paris, Flammarion, 189G, in-4'^).

1- V. VAuant-propos et la Bibliographie de ce volume, et mon édition de la Vie de Ronsard^ par Cl. liinet.

2. Entre autres J.-M. de Heredia, les Trophées, 1893 ; P. de Nolhac, Paysages de France et d'Italie, 1894 ;.I. Madeleine, le Sourire d'Hellas, 1899 (Notes) ; 0. Deschamps. Revue de Paris du 1" décembre 1902 ; H. de Régnier, la Sandale ailée, 190G (Epilogue).

conception ou d'exécution (que l'histoire explique, excuse même dans une certaine mesure), il reste un poète de premier ordre, et, comme on l'a dit justement, « l'un des trois ou quatre grands noms de la littérature française » *.

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