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LA NY.MPIIE DE FRANCE PARLE

Je suis des Dieux la fille aisnée

De cent lauriers environnée,

La bonne Nymphe des François,

Qui d'armes et d'hommes féconde

Ay tousjours fait trembler le monde

Soubs la puissance de mes lois.

Mon heur ne porte point d'envie

A l'Afrique n3' à l'Asie,

Tant abondante je me voy

En chasteaux, en ports, et en villes :

Et mes terres sont si fertiles.

Que les Cieux sont jaloux de mo}'.

C'est moy qui ay donné naissance

A tant de Monarques de France,

A Clovis, à Charles le Grand,

Et à ce Charles que j'honore.

Qui me commande, et qui redore

Ce siècle, qui de luy dépend.

Sous luy je me voy bien traittée,

Sous luy ma gloire est augmentée.

Sous luy j'ai reveu la clarté.

Par la conduitte de sa mère.

Qui m'a d'une longue misère

Remise en douce liberté.

C'est ceste Royne qui tressage.

Me sauvant au fort de l'orage.

Lorsque plus jaltendois la mort.

Comme un Astre m'est apparue.

Et faisant dissiper la nue,

A conduit ma Nef à bon port ', A qui Ion doit mille Colosses,

Mille termes taillez en bosses.

Mille temples, et la nommer

Des François la mère éternelle,

Et d'une pompe solennelle

Tous les ans sa fesle chommer.

C'est moy qui n'a guères fit naislre

Ce grand Hemw, qui fut mon maistre.

Monarque aux armes non pareil.

Et sou fils Hknry qui légale

En force, en vertu martiale.

Des François le second soleil.

1 Allusion à la paix de la Rochelle qui venait d'être signée avec les protestants. Peutêtre aussi faut-il voir dans cette strophe une allusion à la Saint- Barthélémy, dont l'apologiste, Pibrac, et l'un des plus violents massacreurs, leGast, furent loués par Ronsard dans la pièce des Estoilles 1 1574-75).

Qui lieiil soubs lu}' (race divine) L'heureuse, province Angevine, Dont le front et les bras guerriers, Et les belliqueuses espées Sont orgueilleuses de Trophées Kl de Palmes et de Lauriers.

C'est ce Henry qui sa jeunesse.

Toute bouillante de prouesse A nourrie entre les dangers, Victorieux en trois battailles \ Foudre des superbes murailles Et la frayeur des estrangers.

Nul mieux que luy n*a s(;eu entendre Les conseils de sa Mère, et prendre Les armes pour ayder son Roy Son Frère (amitié charitable) Qui d'âge en âge mémorable Aux frères servira de loy.

Aussi le Ciel qui tout dispense

Luy a donné pour recompense L'heur qu'autre Prince n'avoit eu, Et d'avantage lui ordonne Le grand sceptre de la Polonne Pour le loyer de sa vertu -.

Afin que l'un sa force estande

Sur la France : et l'autre commande Aux peuples sous l'ourse escartez, Et que toute l'Europe craigne Geste race de Charlemaigne, Deux grands Monarques indontez.

O Polonne chevaleureuse.

Trois et quatre fois bienheureuse D'avoir si sagement esleu Ce Duc pour régir ta Province.

Si le Ciel n'avoit point de Prince, Le Ciel mesme l'eust bien voulu '.

En telle commune allégresse Je tiny peu celer ma liesse, Sans la faire en public sortir :

Toutefois dans le cueur je pleure, Et peu s'en faut que je ne meure, Le voyant proche de partir.

J'avois mes principales Filles,

Nymphes de Terres et des Villes, Conduittes icy pour vanter Sa vertu des Cieux aprouvée.

Mais de deuil la voix enrouée

1. Jarnac (mars 1569i, Monconlour (octobre 1569). Et la troisième ? Sans doute Saint-Denis (novembre 1568), livrée alors que Henri d Anjou, malgré son extrême jeunesse (13 ans 1/2), avait déjà le titre de lieutenant général du royaume ; car je ne crois pas que Ton puisse entendre par le mot bataille le massacre de la Saint-Iiarthélemy ou le siège de la Hochelle, qui d'ailleurs ne fut pas un succès pour le duc d'Anjou.

2. Henri dAnjou i'nt élu roi de Pologne le 9 mai 1573 et proclamé le 16 mai. Mais il ne mit le pied sur le territoire de la Pologne que dans les premiers jours de février 1574, et n'y resta que trois mois et demi.

3. Apothéose de Henri d'Anjou ; celle strophe hyperboliquement flatteuse a été singulièrement démentie par les événements. Dix-huil mois plus tard, Henri d'Anjou s'enfuit honteusement de sou royaume (18 juin 1574) et les Polonais décrétèrent sa déchéance.

PIECES JUSTIFICATIVKS

Ne leur a permis de chanter '.

Pour ce mes compaignes loyales,

Destournez vos faces royales

Vers ce Duc des peuples vainqueur :

Par dehors montrez au visage

Publiquement le tesmoignage

Qu'au dedans vous portez au cueur.

Su* doncq que chacune s'avance :

Par signes, par dons, et par dance,

Faittes luy toutes à sçavoir

Qu'il vous osta de servitude,

Va que jamais l'ingratitude

N'effacera vostre devoir,

BoNSARD.

Telle est l'ode qui fut récitée par une des Dames de la Cour, figurant la Nymphe de France, dans la Mascarade-ballet organisée par Catherine de Médicis en l'honneur des députés Polonais venus à Paris pour offrir au duc d'Anjou le trône de Pologne, Nous sommes renseignés par la Correspondance de Catherine de Médicis ^ et par les Mémoires de Hnraidl de Chevemy '-^ sur ces ambassadeurs Polonais qui firent leur entrée à Paris le 19 août 1573. L'opuscule latin de Dorât nous rend un compte détaillé de la soirée de gala des Tuileries, Enfin Brantôme a écrit sur le même sujet cette page pittoresque dans son éloge de la Reine mère : « Elle les fcstina fort superbement en ses Tuilleries : et après souper, dans une grand' salle faicte à poste et toute entournée d'une infinité de flambeaux, elle leur représenta le plus beau ballet qui fut jamais faict au monde (je puis parler ainsy), lequel fust composé de seize dames et damoiselles des plus belles et des mieux apprises des siennes, qui comparurent dans un grand roch tout argenté, où elles estoient assises dans des niches en forme de nuées de tous costez. Ces seize dames représentoient les seize provinces de la France, avecques une musique la plus mélodieuse qu'on eust sceu voir '* : et après avoir fait dans ce roch le tour de la salle par parade

1. Cette strophe et la précédente expliquent dans une certaine mesure ces vers que Honsard adressa à Henri III lors de son retour de Pologne :

Quand vous fustes eleu monarque de Polonne

Quand Dieu sur vostre teste en posa la couronne

Qu'il fallut partir d'entre les bras aimez

De vos plus chers parents, en larmes consommez.

Qu'il vous fallut laisser le doux air de la France,

(Capitaines, soldats, amis et cognoissance,

Que chacun vous suivoit d'une humble aflection.

Il (Ronsard) ne chanta jamais de telle élection.

D'autant qu'elle emportoit des François la lumière

Pour en pays estrange esclairer la première.

(Bl, III, 279,)

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