Cf. Bl., II
Si autrefois sous l'ombre de Gatine Avons joué quelque chanson Latine,
D'Amarille énamouré.
Sus, maintenant, Luc doré,
Change ton stile, et me sois Sonnant un chant en François.
Voir aussi le poème A Pierre L'Escol (Bl., VI, 191) : Je fus premièrement curieux du latin ; Mais cognoissant, hélas, que mon cruel destin Ne m'avoit dextrement pour le latin fait naistre Je me fey tout frauçois
Ces deux textes ont été mis en relief pour la première foi» par M. Henri Chamard (Reu. d'Hisl. lill.. 1899, p. 34).
DE l'iKIVRE LVRIOrE DE ROiNSAKD 17
l'idée d'écrire en vers latins, pour traduire ses visions et ses rêves dans sa langue maternelle, aimant mieux, dit-il, occuper le premier rang, ou le second, ou même le troisième en son pays.
Que d'être sans honneur à Rome le dernier '.
Pour moi, c'est à un mouvement de dépit causé chez Ronsard par l'impuissance, ou du moins par le sentiment de son infériorité manifeste en latin, beaucoup plus encore qu'à un froid raisonnement, que nous devons l'article le plus important du programme de la Pléiade : Il faut que les poètes français écrivent en français. A la réflexion, et après certaine rencontre dont nous parlerons bientôt -, Ronsard trouva toutes sortes de bonnes raisons pour condamner l'usage du vers latin et préconiser celui du vers français ; mais au premier moment ce fut l'amourpropre, bien plus que le pur patriotisme, qui le détermina à suivre, non plus l'exemple de Macrin, mais celui de Clément Marot, dont les dernières œuvres obtenaient à la Cour une vogue sans pareille 3.
Quelles étaient donc ces œuvres de Marot que princes et princesses récitaient de mémoire et fredonnaient àl'envi? Des pièces à couplets, de rythmes divers, les unes badines, imitées des thèmes populaires, les autres sérieuses, traduites de la Bible ; des pièces qui, au moins parla forme, avaient quelque analogie avec celles des lyriques de l'antiquité latine et prouvaient que la langue française avait la force de portCT les idées graves aussi bien que d'exprimer les sentiments légers. Ce fut pour Ronsard une révélation. Lui aussi écrirait des couplets, lui aussi serait chanté au son du luth par la bouche des belles ; mais son inspiration serait plus relevée que celle des chansons ordinaires^; d'autre part elle serait païenne, car au lieu de traduire les Psaumes de David, qui invitaient à la pénitence, au recueillement pieux et au déta-
1. lil.,\'I,191 Ce vers est extrait d'une élégie parue en 1560, mais il le pensa dès 1541 .