‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 52 sur 509 · V. ci-après, pp. 23 à · texte numérisé non relu

V. ci-après, pp. 23 à

3. D'autant plus qu'en 1540 41 Ronsard ne considérait pas encore la poésie comme un « mestier » qui absorberait le reste de sa vie, mais comme un agréable et glorieux passe-temps, - et qu il voulait alors avant tout servir son pays par la diplomatie ou par les armes.

4. On lit dans la première ode qu'il composa, .4 son Luc : « Tes nettes et saintes cordes | Ne seront par moi polues | De chansons salles et ordes ] D'un tas d'amours dissolues. » (Bl., Il, 394.1

C'est à peu près ce que disait Marot Aux Dames de France à propos de ses Pseaunies (cf. éd. Jannet, i\', 64>.

chement complet des biens terrestres, il chanterait les forces de la .nature sous le voile de la mythologie, ou de l'allégorie, et recommanderait une sagesse plus humaine. 11 ferait comme Marot, mais tout de même autre chose que lui; il transporterait dans des couplets de rythmes divers les descriptions gracieuses du paganisme, les exploits de Vénus et de Cupido, les émotions de l'amour profane, les sensations produites en nous par les beautés naturelles, toutes les énergies qu'elles provoquent, celles de la raison, celles de l'imagination et celles du corps, enfin les sentences morales de ses poètes latins, en particulier d'Horace, plus gai, plus gaulois que Virgile et plus près de son propre tempérament; car, né sensuel et librement élevé, il était devenu, au spectacle de la Cour et sous l'intluence de ses lectures, un partisan de l'émancipation de fout l'être humain, comme Jean de Meung, Jean Lemaire, Cl. Marot, Rabelais, Despériers, comme tous ceux en qui le souffle de la Renaissance avait passé. Elles lauriers de Marot l'empêchaient de dormir.

Non seulement il entendait chanter autour de lui ses œuvres lyriques, mais il le voyait en personne à la Cour, il assistait vraisemblablement aux entretiens audacieux où Maître Clément déployait contre les préjugés du Moyen Age celte intempérance de langage, cette verve indiscrète, qui finirent par lui coûter si cher, mais lui donnaient, en attendant, un souverain prestige auprès de la jeunesse, naturellement frondeuse et indépendante. Et FJonsard songeait : « Marot, il est vrai, a beaucoup d'esprit; mais à part cette qualité, inutile en somme au poète, je n'ai rien à lui envier, et je puis prétendre au même succès que lui, à la même faveur auprès des grands, par la même voie, celle de l'harmonie. Ses études proprement dites n'ont pas été supérieures aux miennes; il a passé plus de temps au collège, mais salis le moindre profit, lui-même l'avoue ; comme moi, il est entré jeune à la Cour, où le présenta son père, lettré, poète, en grand crédit, tout comme le mien, et la Cour, où les jugements s'amendent el les langages se polissent, a été notre vraie maîtresse d'école '. Il a vu de près les combats, il a couru la France et l'étranger, comme je l'ai fait. Il a lu à loisir quelques auteurs anciens ; il a traduit et imité Virgile, Ovide, Martial, séduit, comme je le suis moi-même, par leurs sentences, leur doctrine, leurs couleurs el leurs douceurs de style - ; et il s'est inspiré encore du Hornuti de la Rose et des livres de Jean Lemaire, qui ne me sont pas moins

1. Expressions de Cl. Marot lui-même préf. de son cdit. des Poésies de Fr. Villon, 1532).

2. Idem (préfaces de lédilion du Honian de la Rose. 1527 ; de la traducliou des Mélamorplioses d'Ovide, 1530 ; des Poésies de Villon, 1532).

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familiers qu'à lui, et que j'admire aussi, car ils sont nourris de la moelle gréco-latine, et me tiennent lieu, comme à lui, de l'érudition que nous n'avons pas acquise au Collège. On l'appelle un vrai poète-né^ ; ne puis-je pas prétendre au même titre? Je suis sensible, ardent; j'aime la beauté, la nature, les eaux, les prés et les bois, je les anime, ils me parlent, je leur réponds et rien ne m'est plus cher que mon pays de Couture, que mon nid paternel, où dès le berceau Phebus et Galliope ont marqué mon front du signe des élus "-. Puis, j'ai pour moi ma race et mes aïeux ^. »

Ronsard n'eut pas d'abord l'ambition de dépasser Marot. Modeste, comme il sied â un débutant, il se promit seulement de l'égaler un jour, ce dont témoigne la rédaction primitive de son ode Au fleuve du Loir :

Car si la Muse m'est prospère

Fameus comme le Lot j'espère

Te faire un jour nombrer

Aus rangs des eaus qu'on prise *.

Mais, tout en partageant les opinions du Maître sur les ridicules et les abus de l'Eglise romaine, tout en ayant des velléités de protester contre elle, comme il l'avoua plus tard dans ses œuvres de polémique ^, il se garda bien alors de prendre parti pour ou contre les Réformistes. Car, s'il les approuvait, entre autres choses, d'affranchir la raison opprimée par l'esprit du Moyen Age, et de préconiser aux dépens du latin l'usage de la langue maternelle (deux points par où la Renaissance française fut d'abord l'alliée naturelle de la Réforme) '', — il pensait d'autre part

1. \'oir par exemple .Jean Bouchel. Epitres familières^ CVII et CXIV.

2. Les textes abondent où Ronsard se vante d'être né poète. \'oir Bi.. II. pp. 128, 134, 135,247, 395. 414, 426, 446 ; III, 316 ; V, 157, 188 à 190 ; VI, 44. 191 ; VII, 270. A l'en croire, il aurait même composé des vers dès sa plus tendre adolescence ; <( Je n'avais pas douze ans... » dit il dans le poème A Pierre L^Escot, et au début de Vllyiiine de la philosophie, qui est de 1555, il affirme avoir « servi )> les Muses « depuis vingt ans », c'est-à-dire depuis 1535, année où il eut onze ans. 11 y a là évidemment une exagération.

3. Pour ce dernier sentiment, cf. Bl., II. 104 et 42G ; IV, 297-298.

4. Bl , II, 425. C'est en 1555 seulement que le Lot fut remplacé par Anfrise.

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