‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 53 sur 509 · Id.. VII · texte numérisé non relu

Id.. VII

6. Cf. F. Frank. Introduction à son êditioi\ des Marguerites de la Marguerite, pp xL à XLiH : « La Renaissance et la Réforme n'eurent tout d'abord qu'un drapeau... Tous vont répétant le cri d'Etienne Dolet : «C'est assez vécu en ténèbres Ji ; et Génin, f\'oliee sur Murg. d'Angoulénie, en tête de l'édition de ses Lettres, p. 47. — C'est cet esprit d'obscurantisme, représenté par la Scolastique et la Sorbonne, que lécole poétique de 1550 désigne constamment sous l'allégorie du « monstre Ignorance ». II faut entendre par là tous les suppôts du Catholicisme qui s'opposaient aux lumières de la Renaissance, au Rationalisme et à rHellénisme. au culte des deux divinités nouvelles, la Vérité et la Beauté. .\près CI. Marot [L'Enfer , Epiire au roi de son exil à Ferrare) et Rabelais II, ch. xvni-xx et passim . Du Bellay a écrit dans la Deffence une p.age éloquente contre les « vénérables druides » et les « géans ennemis du ciel », c esl-à-dire

que la foi d'un clirétien austère est incompatible avec la gaieté souvent lascive qui vivifie la poésie ^ Il fut en quelque sorte plus sceptique que le Marot des l'seaitnips et que la Marguerite des Chansons spirituelles en négligeant le cliristianisme comme source d'inspiration. Il voulut montrer que le paganisme était à cet égard plus fécond que la Bible et surtout que le catholicisme, qui n'avait produit, en fait d'œuvres lyriques, qu'une fade poésie de couvent, et dicté aux concurrents des « chambres de rhétorique » et des « puys » de province que des niaiseries monotones. Le poète Horace lui servit de preuve, d'autant mieux que personne jusqu'alors n'avait traduit ou imité systématiquement ses odes en français, ni Charlier, ni Villon, ni Martial d'Auvergne, ni Coquillart, ni les Rhétoriqueurs, ni les poètes plus récents de Lyon ou de Paris. Seul Jean de Meung avait fait jadis son éloge et s'en était inspiré, mais peu et incidemment -.

Du reste, Marot ne semblait-il pas, dans l'épitre liminaire desPseaumes, jeter un défi aux lyriques profanes en écrivant sur David et ses chants « divins » :

Pas ne faut donc qu'auprès de luy Horace

Se mette en jeu s'il ne veut perdre grâce :

Car par sus luj' vole nostre poëte (David)

Comme feioit l'aigle sur l'aloui-tte.

Soit à escrire en beaux lyriques vers

Soit à toucher la lyre en sons divers ■'.

Konsard accepta le défi, se piqua au jeu, et se promit de faire mentir le plus grand poète de son temps. Je trouve un écho de ce sentiment

les ihiologiens de la Sorbonne, dont il raille la « crasse ignorance » I, chap. x, éd. Chamard, pp. 137-141). V. ci-après, p. 64.

1. \'oici à ce sujet ce qu'écrivait en 1545 un précurseur de la Pléiade, Ch. Fontaine, dans la préface de la Fontaine d\-iniQur : u En l'esprit du poète y a tousjours je ne scaj' quoy de gajelé naturelle, sans laquelle (j'ose dire) ne se peut appeler poëte : el de là vient que anciennement les poêles ont feint et inventé plusieurs choses plaisantes pour avoir matière et occasion d'écrire ; comme des Nymphes des bois, des ileurs, des neuves, des neuf Muses qui s'entretiennent par la main et dansent sur la verdure, du mont Helicon et de Parnassus. d'Apollon qui joue de la harpe, de Bacchus tousjours jeune et joyeux, de Venus, de Cupido, de Pan, des Faunes et des Sat}'res, qui ont avec eux quelques voluplez et lascivitez non à despriser en poésie ». Hoileau écrira 130 ans plus tard :

De la foi d'un chrétien les mystères terribles, D'ornements égayés ne sont pas susceptibles. Honsard pensait de même dés 1541-42, d'après Jean Lemaire et le Cl. Marot de la première manière, qui, l'un dans le Temple de Venus, l'autre dans le Temple de Cupido, avaient déjà battu en brèche la poésie chrétienne du Moyen Age et jeté ainsi les fondements de l'école classique française.

2 V. éd. ¥r. Michel,!, p. 192 ; 11, pp. 104 et 107. — A ma connaissance, c'est en avril 1544 que fut piih/iéc la première traduction d une ode d'Horace en vers français ; elle a pour auteur Jean Martin v. ci-dessus, Introd., p. .\x\n . Puis furent publiées, en 1547, une ode traduite par Saint-Gelais et celles traduites par Peletier

Page 1