i" édition desPseaumes
DE l'œIVBE LYKIQLE DE HONSAKD 21
dans une de ses premières odes, Des roses plantées prés un blé, où il relève les expressions mêmes de Marot :
Plein d'ardeur Je façonne un vers dont la grâce Maugré les tristes Seurs vivra
Et suivra Le long vol des ailes d'Horace (BL, II, 430).
Il nous semble donc incontestable que Ronsard fut d'abord très préoccupé de rivaliser avec Cl. Marol dans la poésie purement lyrique ; qu'il fut séduit par la variété des combinaisons rythmiques, auxquelles Marot devait en grande partie le succès des Pscaumes ; qu'à cet égard il résolut de le suivre, de l'atteindre, en attendant qu'il cherchât à le dépasser; mais que, dès le principe, il voulut rester un disciple original, en substituant l'inspiration païenne à l'inspiration biblique et la paraphrase à la traduction. Cela ressort du passage même de la préface des Odes que nous avons déjà cité, où les Odes d'Horace et les Psaumes de David sont mis en parallèle avec intention : « Je me rendi familier d'Horace, contrefaisant sa naive douceur, des le même tens que Cl. Marot (seule lumière en ses ans de la vulgaire poésie) se travailloit à la poursuite de son Psautier. »
Ronsard n'avait alors que de seize à dix-sept ans. Nous n'avons toutefois aucune raison de mettre en doute son affirmation. Les impressions de son enfance, les lectures et les voyages de sa jeunesse, les influences diverses qu'il subit jusqu'à cet âge lui avaient donné une maturité précoce ; et si nous les avons rappelés avec insistance, c'est pour montrer que très vraisemblablement, sur la date où il composa ses premières odes françaises, il nous a dit la vérité.
La très grave maladie qui surprit Ronsard vers la même époque ' détermina de façon définitive sa vocation poétique. Sa santé en fut si fortement ébranlée qu'il perdit tout espoir de réussir dans les diverses carrières rêvées pour lui par son père, et que, « maugré tous ses parens », de simple amateur de vers qu'il voulait être, il devint un poète de profession "^. Nous avons essayé ailleurs de préciser les causes et la nature de celte maladie 2; il importe seulement ici de retenir
1. D'après l'épitre A Pierre de Pusclial, Ronsard ressentit les preraières atteiiiles de son mal dès 1541 ; mais les médecins le déclarèrent hors de danger seulement en 1544 {Reu. de la Renaiss.. mars 1902, pp. 149-51. ^