‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 66 sur 509 · Sur Ch. de Pisseleu, voir ci-après, p. 54. note · texte numérisé non relu

Sur Ch. de Pisseleu, voir ci-après, p. 54. note

4. Cf. ces vers : Comme loi, que la Muse apprise | De ton Macrin a chanté...

Les Odaram libri III de S. Macrin sont suivis dans l'éd. priiiceps des Poemata du Cardinal. Il est vrai que Macrin a chanté le cardinal du Bellay bien avant celte date; il lui a dédié chacun de ses six livres d'Hymnes (1537).

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appartenait au diocèse du Mans ; il a donc très naturellement cherché à s'attirer les bonnes grâces de son chef spirituel, en qui il espérait trouver un Mécène, et cela bien avant de connaître Joachim du Bellay K Le n° 10 du livre 111, De la venue de, l'esté, ne peut être que de juin ou juillet 1347, parce que le Sgr Bonnivet « evesque de Besiers », auquel il est adressé, n'occupa cet évèché que du 13 octobre 1546 au 5 décembre 1547 2. — Le n° 6 du livre II ne peut être que postérieur à la répression de la révolte de Saintouge et de Guyenne par Fr. de Guise et Montmorency (octobre-décembre 1348)'', la prophétie du dieu delà Charente étant rétrospective, tout comme celle de Nérée dans Horace, ou celle du dieu du Tibre dans Virgile. — Le n° 28 du même livre me semble contemporain de Y Avant-enlrée du roi Henri II à Paris, c'est-à-dire de juin 1349, d'après les deux strophes qui le terminent :

Paris tient ses portes decloses Recevant son Roi belliqiieur.. .

Enfin l'ode 14 du livre I, où Ronsard reporte sur son maitre Dorât l'honneur que lui valent ses premières publications'» et souhaite d'obtenir les faveurs royales, l'ode 1 du livre II, oii il fait un éloge hyperbolique de Henri II, vainqueur des Anglais, et lui demande indirectement une pension, furent certainement composées dans la seconde moitié de 1549.

Si courte qu'elle soit, cette liste est suffisamment instructive ; composée d'odes toutes horatiennes par la forme, presque toutes horatiennes et mêmes virgiliennes par le fond, elle confirme l'impression que nous laissait déjà la chronologie du Bocage : Ronsard est resté l fidèle à ses premiers modèles latins, même dans les années où il subit ■

1. Peut-être aussi fut-il entraîné à solliciter la bienveillance du cardinal par l'exemple de son ami, qui lui dédiait la DelJence en février 1519, ou encore lorsque Joachim écrivit son ^uan(-rt'(oiir en France de Mgr rci' . Cardinal du Bellay, vers octobre de la même année. En tout cas, le cardinal étant parti pour Home en juillet 1547 et n étant revenu à Paris qu'en juillet 1550, Ronsard n'a pu le voir dans cet intervalle ; au reste Ronsard ne dit pas le moindre mot de Joachim dans cette ode, ce qu'il n aurait jjas manqué de faire en 1549. Double raison pour préférer la date de 1546. — Sur ce cardinal ami des lettres, voir Chamard, ih. fr pp 272-278. C'est lui que notre poète désigne dans la fin de VHymne de France (Hl , V, 289).

2. Il s'agit de François Goutîier, 1 un des fils de l'amiral Bonnivet; il céda l'évêché de Béziers à Laurent Strozzi et fut nommé ambassadeur extraordinaire en Grande- Bretagne, où il mourut dans le courant de 1548 (cf. Gallia Cbrisliana, VI, 366 E et 367 B). — D'autres documents confirment la date de cette pièce : 1 année 1547 fut particulièrement chaude, d'après la Chrtinique du Chanoine Garault et une ode de Peletier sur Les grands chaleurs de l'année 15't7.

3. Le Connétable et d'Auraale entrèrent à Bordeaux avec leur armée le 19 octobre et en pai-tirent le 8 décembre (Décrue, Anne de MontmorencL/ sous Henri II, pp 61-66,.

4. h'Epithalaine d'Anl. de Bourbon ; VAuantenlrée du Hoi trcschrestien; peut être même VHymne de France, trois plaquettes qui parurent en 1549.

42 GENÈSE ET ÉVOLl'TION

la discipline de l'helléniste Dorat. Nous en aurons bientôt de nouvelles preuves.

Mais il n'est pas toujours aussi aisé de dater les autres odes de ce geaie. Deux événements capitaux de la jeunesse de Ronsard nous serviront de points de repère en celte délicate recherche : 1° la rencontre de Cassandre ; 2" l'entrée au Collège de Coqueret. Puissent nos conjectures ne pas trahir la vérité !

Nous avons essayé ailleurs ' de déterminer le vrai nom, l'âge, le rang social, l'état civil de Cassandre, la date où Ronsard la connut, la nature de leurs relations et le degré de sincérité des sentiments qu'elle lui inspira. Nous nous sommes attaché à dégager la réalité des fictions qui la recouvrent dans les sonnets et les odes relatifs à Cassandre, à extraire des inventions, des ornements oratoires et des réminiscences livresques, les faits qui leur ont servi de fondement. Voici quelquesunes de nos conclusions.

Ronsard, suivant la Cour à Blois au mois d'avril lo4o"-, y rencontra une toute jeune fille d'environ 1-4 ans, dont la beauté le remplit aussitôt d'admiration et de désirs. Elle s'appelait Cassandre Salviati, descendait d'une noble famille Florentine et habitait avec ses parents le château de Talcy, non loin de Blois. Après une courte idylle, où elle se montra d'abord inconsciemment provocante, puis délibérément réservée, à l'égard d'un soupirant destiné au célibat, Cassandre épousa un châtelain du Vendômois et devint Mademoiselle de Pré (ou de Pray). Ronsard, après une première surprise des sens, l'aima surtout en littérateur et en artiste. 11 recueillit à son sujet, chez les Anciens et les Italiens, mille traits de l'idéale beauté, mille expressions de l'amour contrarié ou partagé. Il s'échauffa sur des souvenirs que le temps et l'absence risquaient d'aflfaiblir, mais qu'il entretint avec un soin jaloux. 11 prit son aventure pour une matière à développements plastiques, erotiques, psychologiques, et Cassandre, d'abord cause et fin de son

1. Reu. de ta Renaissance d'octobre 1902 : la Cassandre de P. de Ronsart, pp. 73 à 115. — Cf. une élude parallèle de M. Henri Longnon publiée dans la Rirue des Questions historiques dès le 15 janvier 1902.

2. La rencontre eut lieu le 21 avril 1545. Les preuves abondent en faveur de celte date, contre celle de 1541 qu'ont adoptée S.-Beuve et Blanchemain. Celle de 1546, adoptée par Marty-Laveaux d'après Ronsard lui-même, Bl.. I, 71) ne résiste pas à l'esanien des Actes de François I" et de Vltinéraire de François I" (Pièces fugitives pour seri'ir à l'Hist. de France, publiées par le marquis d'.\ubais, t. I). La Cour ne passa pas à Blois un seul jour de 1546 ; au mois d'avril et de mai elle est à Fontainebleau et aux environs. .\u contraire, elle séjourna dans le Blésois et dans la Touraine du 1""' mars au 10 mai 1545, et le 21 avril jour indiqué par Ronsard, Bl, I, 10) elle était à Blois.

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éloquence, en devint seulement le prétexte et le moyen. Bref, dans la plupart des nombreuses pièces qu'il lui consacra, il voulut « contenter son esprit », c'est-à-dire satisfaire son imagination, se donner par écrit l'illusion de la réalité rêvée, et feindre à propos de sa « douce ennemie» tous les tourments et toutes les joies de l'amour'.

Dans ces conditions, il est très dillicile de préciser les divers moments où furent composées les odes de lo.'jO qui célèbrent Cassandre ; et nous en serions réduit à de vagues suppositions sans une récente découverte qui nous a fait connaître la date de son mariage. C'est à la lin de novembre 1546 que Cassandre Salviati devint la femme de Jean Peigné, seigneur de Pré -. Ur les odes en question ne laissent rien paraître de cet événement, qui pourtant modifia d'une manière sensible le ton sur lequel Ronsard chanta la « dame de ses pensées » ■'*. [.a plupart d'entre elles au contraire débordent d'un tel enthousiasme que Ronsard a du les écrire sous le coup des premiers transports. Le poète mème7~^, prenant son désir pour la réalité, croit avoir séduit la jeune fille et se donne l'illusion d'une demi-possession. Deux ou trois autres, il est vrai, se plaignent de la froideur ou de la résistance de Cassandre, mais elles s'adressent encore à une jeune fille dont la pudeur s'est justement alarmée, et, si l'on y rencontre quelques vers qui rappellent Pétrarque *, du moins Ronsard n'y pétrarquise pas. Nous entendons par là qu'au lieu de « faire de lamoureux transi » ^, comme dans un bon nombre de sonnets qui nous semblent postérieurs au mariage, il soupire avec beaucoup de gaillardise et d'audace. Dans presque toutes ces odes, il

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