‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 67 sur 509 · V. ci-après, 2^ Partie, ctiap. sur l'Ode erotique · texte numérisé non relu

V. ci-après, 2^ Partie, ctiap. sur l'Ode erotique

2. On le sait par une pièce des Archives dép. du Loir-et-Cher, qui mentionne une donation faite le 23 nov. 1540 « en laveur de mariage » par Jean Peigné à Cassandre Salviati Inu. des titres de VOratoire de Yeiidoine, p. 165). Communication faite par M. Jean Martellière à la Société archéol du \'endômois 'Bulletin de 1904, pp. 51-57). A la fin d'une autre communication, — très peu scientifique d'ailleurs et erronée sur plus d'un point, — M. Martelliére a montré avec raison que cette donation se confond avec le contrat de mariage {BiiHetin de 1906, pp 165 83

3. Les preuves abondent dans les Amours de 1552 ; car non seulement le bonheur rêvé y a fait place à la déception et à la mélancolie, mais Ronsard déplore en plus d'un sonnet la rigoureuse loi qui s'oppose à son amour, se plaignant amèrement du X'ulcain, du Centaure ou de tout autre ravisseur symbolisant le mari.

4. V. l'ode Le printemps vient, nuissex fleurettes, et les trois premières strophes de l'ode sur la Dejloration de Léde

5. Cette définition (pii est de Muret se trouve en note du sonnet I)y l'un des deux, où Ronsard emploie le verbe pefrarqm'ser :B1., I, 71). Elle est corroborée par deux autres passages de Ronsard qui montrent ce qu'il y a d'artificiel dans la rhétorique des pétrarquisanls Ibid , 126, et\'lll, 146 . Cf. Du Bellaj-. A une dame (1553 .

Ronsard a bien pu imiter Pétrarque dès ((u'il s'aperçut de la « fierté » de Cassandre, et même avant. Mais je pense qu'il ne recourut à tous les procédés de l'école pétrarquiste quedu jour où il se trouva vis-à vis d'elle dans la même situation que Pétrarque en face de Laure de Noves. Un passage de la préf. des Odes II, 12) et un autre de VElegie à I,a Peruse (VI, 44 nous autorisent même à dire qu'il se préoccupa de devenir le Pétrarque français seulement à partir de 1550.

4i GENÈSE ET ÉVOLUTION

chante Cassandre à la façon de Catulle, d'Horace, de Tibulle et d'Ovide ; il s'inspire surtout d'un poète néo-latin, qui avait renfermé dans un volume récemment paru, et porté aux nues, la quintessence erotique de ces quatre auteurs, nous voulons parler de Jean Second, dont les Odes, les Elàjtes et plus encore les Baisers eurent une vogue sans pareille dès leur publication '. Est-ce bien là le modèle qu'eût adopté Ronsard si Cassandre avait été mariée ?

Nous plaçons donc entre le mois d'avril 15-4o et le mois de novembre 1346, de préférence vers le milieu de 1345, la composition des sept odes où, à l'imitation de Second, Ronsard a décrit les baisers de Cassandre, en strophes lascives qui l'invitent au plaisir des sens (n°'* o, 7, 24 et 25 du livre II ; 16 et 20 du livre III ; 14 du livre IV) -. L'ode 8 du livre IV, imitée d'Horace, doit se rattacher à la même série ; mais déjà Cassandre fuit la poursuite de Ronsard, qui lui a trop bien chanté: Allège moi douce plaisant' brunelle '^. L'ode 23 du livre III, où le poète pleure le « cœur obstiné » de Cassandre et lui montre l'irrésistible pouvoir de l'Amour, en lui racontant la Défloration de Léde, nous parait avoir été écrite dans le courant de 1346 : plus tard cette narration n'aurait plus été opportune, et plus tôt elle n'aurait peut-être pas présenté ce luxe de mythologie et de descriptions plastiques dû aux poètes d'Alexandrie et à leurs imitateurs latins. A ce moment-là, Ronsard nous semble avoir un goût particulièrement vif pour les Métamorphoses d'Ovide, témoin le Rossiijnol abusé, que nous avons daté de la même année, et la Complainte de Glauce à Scijlle (n° 21 du livre III), qui contient à notre sens, sous le voile de l'allégorie, un nouvel appel de Ronsard à l'amour de la dédaigneuse Cassandre.

On ne saurait être aussi affirmatif en ce qui concerne l'ode 10 du livre IV, où le poète, tout comme Pétrarque, bénit le jour natal de celle dont la beauté l'inspire. Pourtant il parie de l'heureuse influence,

1. Les oeuvres de J. Second ne parurent qu'en 1541 à Utrecht. sous ce titre : Joannis Secundi Hayiensis opéra, nunc prinium in hiccm edita(]i. N., Ye, 9470). Dans une note sur la pièce de Saint Gelais intitulée Douze baisers gagnés aa jeu, La Monnoye allirme que les Basia parurent pour la première fois en 1539 (cf. l'éd. de Saint-Gelais par Blanchemain, I, 203|.Loraux parle aussi d'une éd. de 1539, in-4*' (trad de J. Second, p. 194 . Hons. glorilie Second et ses Baisers dans une ode A Sic. Denisot II, 340 41j.

2. On peut donc dire que, des nombreux traducteurs ou paraphrastes qui firent passer en notre langue ces fleurs capiteuses. Ronsard est le premier en date, et que nous le devons aux désirs sensuels que lui inspira Cassaiitire Cependant une anthologie de 1519 contient les Baisers 6. 7, 8 et 9 de Second, traduits ou imités, les deux premiers par S'-Gelais, les deux autres par S'-Romard, peut-être avant 1545 {Traductions et [nidations... Bibl. Arsenal, Rés., 6423 bis, ]i. L.i. S'-Gelais a sûrement imité le Baiser 7 avant 1547 éd Rlanch., I, 104 , et peut-être aussi le Baiser 6 Ibid-, 204 .

3. Bl.I,9fc. Le sonnet d*où ce vers est extrait date du printemps de 154(5. Dans l'ode A Cassandre fniarde, Ronsard s'adresse sûrement â une jeune fille ; « Et jà d'âge pour le fendre I Laisse ta mère et vien apprendre | Combien 1 amour donne d esbas. »

DE L ŒUVRE LYRIOUK DE RONSARD 4o

esthétique et morale, que Cassandre exerce sur lui, avec un tel entrain, avec un tel air de félicité sans mélange, que cette pièce nous semble |)lutôt dater du printemps de 1543. Elle est du reste écrite sans prétention, presque dans le style de l'école marotique '.

De ce fait que Ronsard jurait à Cassandre qu'elle seule tenait captifs son cœur et sa pensée, il ne faudrait pas conclure que les odes de 1 ojO adressées à d'autres femmes sont toutes antérieures au printemps de 15ij. Dérions-nous des serments des poètes. « Ils ne sont pas toujours si passionnés ni si constans en amour qu'ils se font, écrivait Muret à propos d'un sonnet de Ronsard, Et bien qu'ils disent à la première qu'ils peuvent aborder queplustol ciel et terre périraient qu'ils n'enaimassent une autre, toutefois quand ils rencontrent chaussure à leur pied, leur naturel n'est pas d'en faire grande conscience -.. . » Il est certain que Ronsard aimai tailleurs tout en protestant de sa passion pour Cassandre ; et l'on est fondé à croire t[u'il ne s'agit pas d'elle dans cet « hymne » où le poète supplie la déesse de la Nuit de dompter << sous ses braz celle qui est tant pleine De menasses cruelles » (n° 9 du liv. III).

Dira-t-on que, s'il a chanté d'autres femmes dans les Odes, de l.'JoO une Macée « sans merci » (n° 8 du liv. II), une Marguerite « maîtresse de son cœur » (13 de II), une Madelaine « ayant mari vieillart » (5 de III), une Jeanne « impitoyable» (13 et 19 de III), une Rose « où sa vie est enclose » (13 de IV), une amie enfin qui partage le lit du poète

Et chaque nuit égale au plus beau jour (27 de II),

c'est par coquetterie à l'égard de Cassandre, qu'il aurait voulu voir « dépite » contre celles qu'il avait auparavant fréquentées •' ? qu'il est impossible de s'expliquer autrement la présence de ces diverses pièces passionnées à côté des odes à Cassandre, dans un recueil destiné à être lu par celle-ci, à moins d'adtneltreun réel cynisme de la part du poète ? Raisons plus spécieuses que solides à mon avis. Il n'a point par là cherché à lui plaire ; il n'a pas craint non plus de lui déplaire, puisqu'il la savait inaccessible, et que très vite elle devint simplement pour lui

1. Il est encore question de Cassandre dans deux odes de 1550 (15 du liv. P^, et 11 du liv. II) ; mais elle y est seulement nommée : « Retournez louer ma Cassandre » (Bl., II, 116) ; '< Et dl à Cassandre quel* vienne o (//j.'J., lôO, var.l. Elles sont donc postérieures au 21 avril 15-15; d'autres indices confirment cette opinion \V. ci-après, pp. 49 et 52 . — Quant à l'ode Au fleuve du /.oir, il ne f.nut pas se fonder pour la dater sur le texte de BI. ^11, p. 426 ; la dernière strophe ne contenait pas le nom de Cassandre en 1550. — Même remarque pour l'ode du premier Livre, qui est intitulée dans Bl. A Phœbus pour la santé de sa maîtresse (II, p. 122 ; elle ne fut pas écrite en faveur de Cassandre, mais <• pour la \'alenline du t^onte d'.Alsinois ».

2. Au bas du sonnet : Picqué du nom (/hi me glace en ardeur, qui est de 1552.

3. Cf. l'ode Des beautez qu'il uoudroit en s'Antie, 8"= strophe.

une « idée », un « rêve », un « fantôme», une « forme », une « idole » '. Etant homme, et homme d'imagination, il n'avait qu'un moyen de lui rester fidèle, c'était de penser à elle quand il s'adressait aux autres ; si l'on veut qu'il ail été sincère, on ne peut entendre autrement la loyauté dont il se pique, età laquelle, du reste, rien ne l'obligeait -. Enfin, dans le texte primitif de l'ode 11 du livre II, Ronsard prie son page d'aller chercher à la fois Marguerite et Cassandre pour boire et danser en l'honneur de Maclou de la Haye ; et dans l'ode 4 du livre III, qui ne peut être antérieure à juin 13463, il souhaite à ce même ami que les accords de son luth et le bruit de leurs folâtres ébats parviennent

Dedans l'oreille inexorable De Madclaine qui les fuit,

laquelle est probablement la même que la « mal mariée » dont il déplore le destin dans l'ode suivante.

Il serait donc téméraire de prétendre que toutes les odes en question sont antérieures à la rencontre de Cassandre. Tout ce qu'on peut dire, c'est que les odes A Macée et A Marguerite et l'ode Des roses rappellent les chansons de Marol, ou même celles du Moyen Age, avec une tournure un peu plus littéraire, mais sans ombre de mythologie ^ ; que, par conséquent, elles pourraient bien remonter aux débuts de Ronsard, surtout la troisième, où le poète, vantant « le long vol des ailes d'Horace », son premier modèle, semble ignorer Pindare, et répondre à Clément Marot, qui dans la préface des J'senumps comparait David à l'aigle et Horace seulement à l'alouette -' ; que, d'ailleurs, Ronsard n'a jamais reparlé de sa passion pour Macée, Marguerite ou Rose après son premierrecueil d'odes et son premier recueil de sonnets'', ce qui tendrait éprouver

1. Tous ces termes sont appliqués à Cassandre dans les Amours.

2. Ce raisonnement vaut également pour les Amours de 1552. où l'on trouve, parmi les sonnets consacrés à Cassandre, les louanges d'une Marguerite (Bl., I, 52-.53 ; 60-61 ; 107 , d'une « dame » qui faillit mourir dans le lit du poète Jbid., 394), d'une qui lui a promis le « doux combat » Ibid., 392), d*ui\e qui l'accompagna dans sa chambrelte flhid.^ 376 , d'une que la mort lui a enlevée Ihid., 3i)3 , d'une qu'il va secrètement voir toutes les nuits (/6/<i., 374l,etc. Sur les relations que Ronsard eut avec d'autres femmes tout en chantant Cassandre, voir encore Hl., I. 165 et '243; II, 439-440, et les l'olastries d'avril 1553, d'après lesquelles les paysannes de Couture le dédommageaient amplement de la rigueur des citadines.

3. Ecrite à l'occasion du traité d'Ardres. \'. ci-après, p. 52.

4. Pour l'ode A Marguerite, v. ci-dessus, Introd., p. xlviii. Quant à l'ode A Macée, elle est sûrement imitée d'une ode Ad Lydiaui, d'origine médiévale, faussement attribuée à Cornélius Gallus durant tout le xvi^ siècle [v. ci-après. Appendice, pièce justificative V).

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