y. ci-dessus, pp. 20 et
6. Encore les noms de Macée et de Rose ne figurent-ils pas une seule fois dans les Amours de 1552. Seul le nom de Marguerite y reparait Bl., ï, 61 et 107), Quant à Rose, c'est peut-être d'elle que Ronsard a composé l'épitaphe insérée en 1555 au livre IV des OdeSj immédiatement après l'ode Des roses plantées urés un blé (Bl., VII, 275).
DE l'hEI'VRE I.YRlOt'R PE RONSARD 47
que ces liaisons sont les plus anciennes ; que Jeanne au contraire reparut dans les recueils postérieurs, en 1534 et loao ', ce qui permet de croire qu'elle succéda aux trois autres dans le goût de Ronsard et que les odes de 1550 adressées à Jeanne sont de date plus récente 2. Ronsard, dira-t-on, a imité celles-ci d'Horace ; oui, mais ce n'est pas une raison suffisante pour penser qu'elles aussi sont antérieures à 1343, car il a imité Horace toute sa vie, même lorsqu'il était le plus enthousiaste de Pindare, de 1546 à 1530 ; au reste, elles témoignent d'un art plus raffiné que les autres, trop raffiné même, et d'une connaissance approfondie non seulement d'Horace, mais encore d'Ovide, de Virgile, peut-être même de Théocrite ••, que notre poète doit à l'enseignement de Dorât.
On sait que Ronsard profila de l'enseignement de Dorât dès la seconde moitié de 1544, au domicile de Lazare de Baïf, qui venait de choisir le savant helléniste comme précepteur de son fils Antoine *. Mais il n'assistait qu'irrégulièrement à ces leçons particulières, retenu qu'il était par son service aux Ecuries royales et par l'obligation de suivre la Cour dans ses voyages '■>. Ce fut seulement vers le mois de mai 1543, immédiatement après avoir rencontré Cassandre à Blois, qu'il résolut de quitter la Cour pour pouvoir consacrer tout son temps à l'étude des littératures gréco-latines. Ceci nous semble incontestable''. Mais Dorât
1. Bl., I, 1(>5 ; II, 291. En outre, le nom de Jane est substitué à celui de Cassandre en 1555 dans l'ode Sur le retour de Maclun de la Haye (II, 150 .
2. Nous ne nous dissimulons pas qu'une partie de nos conjectures n'a pas de valeur si ces noms sont imaginaires et ces pièces de pure fantaisie. Mais qui le saura jamais '?
3. V. notamment les derniers vers de ces deux odes [BI., Il, 214 et 221).
4. Dorai n'entra comme précepteur chez Lazare de Ba'if que vers le mois de mai 1544 iMarty-Laveaux, Xolice sur Dorât, XIII ;L. Pinvert, thèse sur Aiccire de Baïf, édit. fr , pp 69-70 et 81 ;. D'autre part Honsard ne prolila des leçons de Dorai qu'après la mort de son père, arrivée le (ijuin 1544 Binet, \'ie de Honsard . Aussi ne puis-je partager l'opinion d'après laquelle Bonsard, qui ne savait pas encore de grec, aurait été capable dès cotte année-là de traduire Vl-iéciihe d Euripide littéralement de grec en latin ;Pinvert, op. ci'/,, p, 83 ; Cbamard, thèse fr., p. 54).
5. .\u moins dans (pielques-uns, par ex. à Bloîs, en avril 1545. nous le savons par Bonsard lui-même BI., IV, 300).
6. II suffit pour s'en convaincre de rapprocher la fin de l'épitre .4 P. de Pasclutl
Incontinent après disciple je vins eslre
A Paris de Daurat qui cinq ans (■*, fut mon maistre (I\^ 300)
d'un passage de l'ode écrite A son retour de Gascouyne ; A celle lin que le sçavoir j'apprinsse J'ai délaissé et court et Boi et Prince Où j'estoi bien quand je les vouloi suivre ; Pour recompense aussi je me voi vivre. II, 457.1
* Tel est le texte de toutes les éd. contemporaines de Honsard ; la leçon sept ans n'apparaît qu'à partir de la première édition posthume (1387).
48 GENÈSK ET ÉVOLUTION
vivait-il encore à ce moment-là comme professeur privé chez Lazare de Baïf ' ? Avait-il au contraire organisé des cours en sa propre maison - ? Devint-il principal du Collège de Coqueret seulement après la mort de son bienfaiteur, vers la fin de 1547 3 ? Professait-il au dit Collège avant cette nomination * ? Ou bien était-il déjà nommé principal lorsque Ronsard « délibéra de se loger avec lui » en mai 1345-' ? On ne saurait le dire à coup sûr. Cependant j'incline à penser qu'à cette dernière date il avait déjà réuni chez lui, ou ailleurs, un certain nombre d'auditeurs assidus, et je ne crois pas aventureux de faire remonter jusque-là les relations de Ronsard avec quelques-uns de ceux qui formèrent sous la discipline de Dorât le noyau primitif de la Brigade. L'excellent chapitre que M. Chamard a consacré au Collège de Coqueret et aux leçons de Dorât me dispense d'y insister. J'aurai du reste l'occasion de montrer l'iulluence profonde exercée sur Ronsard par ce maître humaniste.
Il suffira de rappeler ici que notre poète devint dès lors un ardent érudit, un passionné de mythologie hésiodique, pindarique et alexandrine, recueillant avec un soin pieux les traductions de Dorât, ses commentaires et ses rapprochements entre les écrivains grecs et les écrivains latins " ; que d'autre part il ne tarda pas à tenir le premier rang parmi ces jeunes et vieux étudiants qui rimaient tous plus ou moins '', ce qu'il dut non seulementà son mérite personnel, mais encore à une habile distribution de vers élogieux, que lui dictait l'intérêt au moins autant que la sympathie. C'était, en effet, une manière, sans doute inspirée d'Horace, de désarmer la critique et de se préparer un succès pour le jour où paraîtrait le recueil des Odes. Ronsard, n'ignorant pas que la flatterie, même emphatique, est le plus sûr moyen de s'attirer des partisans, chanta ses condisciples avec entrain. « J'appris en l'école de Dorât, dit-il, à immortaliser
Les hommes que je veux célébrer et priser. (Bl., V, 190.)