y. plus haut, pp. 52 et
4. V. Négociations dipl. de ta France avec la Toscane, publiées dans la collection des Documents inédits sur l'Hist de France, t. III p. 151, lettre de Bernard de Médicis datée de Tours, 8 avril 1545. Ronsard suivait encore la Cour à ce moment là, comme nous l'avons vu pp. 42 et 47.
5. M. de Huble, dans le Mariage de Jeanne d'Albret, p. 263, affirme que Ronsard suivait alors la Cour avec A. de Baïf, et il s'appuie pour le prouver sur ce fait que Ronsard a écrit l'épithalame d Ant de Bourbon v. ci-dessus, pp. 28 et 29). La preuve me parait insuffisante et l'affirmation de M. de Ruble n'est nullement fondée.
6. J en vois une autre raison, c'est que l'ode est adressée Au pais de Vandomois et que l'ainé de ces vainqueurs était duc de Vendôme et comme tel suzerain des Ronsart de la Possonnière ; le poète parle des « victoires picardes que gagna son seigneur. »
7. J'ai démontré ailleurs Heu. de la Renaissance, janv, et févr. 1902) que Ronsard, malgré l'affirmation de son biographe Cl. Binet, n'est jamais allé en Italie. Cf. Reuue d'Hist. litt-, 1903, p. 81, n. 3; mon édition de la Vie de Ronsard, Commentaire, aux mots « le poussoit ».
L'hinne que Marot te fit Apres l'heur de ta victoire Prince vainqueur, ne suBt Pour eternizer ta gloire.
Ainsi commence l'ode sur la Victoire de François de Bourbon à Cerizoles, que je considère comme la première en date des odes proprement pindariques. Cette victoire est du 14 avril 1344, etTépitre de Marot qui est ici visée parut dans le courant de la même année, avant ou après la mort de son auteur '. Mais Ronsard parle de Marot dans le reste de la strophe initiale comme d'un poète mort depuis quelque temps déjà. En outre, il est impossible que Ronsard, qui connut Dorât seulement vers le milieu de 1344, se soit assimilé tout de suite les œuvres de Pindare au point d'écrire cette même année l'ode en question. D'autre part, comme notre « pinda riseur » semble s'adresser à un prince bien vivant, encore tout glorieux de son coup d'essai, et que le héros de Cerizoles mourut en février 1346, on est tenté de fixer la date de son ode à l'année 1343. Il y a toutefois un obstacle, si l'on pense, avec certains commentateurs, que l'épode finale contient une allusion directe à la mort prématurée du prince :
Et jamais nul ne se trcuve Qui jusque à la fin épreuve L'entière félicité.
Les hommes journaliers meurent, Les dieus seulement demeurent Exentés d'aversité -.
L'ode sur Cerizoles ne serait-elle donc qu'un développement de
1. Je n'ai trouvé cette épiti'e de Marot : Vertu qui est de iheur accompagnée^ dans aucune des trois éditions collectives publiées à Lyon 'Du Rocher, 1544 et 1545: et à Paris (N. Ducheniin, 1546). En revanche, la Nationale en possède l'éiiition princeps, plaq. de 4 il'., intitulée : Epistre envoyée par Clentent Marot à M. Danguyen. Lieutenant pour le lioy delà les Mont:, 1544, Paris, Nie. L'Héritier. Cote : Rés., Ye, 1577.
Quant à la mort de Marot, elle est sûrement antérieure au mois d'octohre, comme il appert d'une autre plaquette intitulée Deploration sur la mort de Clément Marot, Souverain poète francoys, dont le permis d'imprimer est daté du « premier jour d'octobre mil cinq cens quarante quatre ». Cote ; Rés-, Ve, 1593.
2. <i Le poète appelle les hommes journaliers comme ne vivans (ju'un jour .. dénotant par cesl epithete la brève félicité des hommes et la misérable mort de monsieur d'Anguien. >ï ^Breve exposition de quelques passages du l*^"" livre des Odes par I. M. P., 1550.; — « Or il dit cela à cause de la malheureuse mort de ce brave prince, que l'accident ou le dessein, peut-être, d'un coffre jeté par une fenêtre tua à la Rocheguyou en février 1546. « (Note de Rlchelel, 1604.
nE l'iT.OVRE LYRIOl'E DE RONSARD 59
rhétorique, un exercice d'assouplissement? Il n'y a là, dira-t-on, aucune allusion à un fait précis, mais seulement une idée générale, une de ces sentences sur les vicissitudes de la Fortune dont les œuvres des poètes lyriques sont remplies ; c'est comme si Ronsard disait à ce triomphateur: Souviens-toi que tu es homme, — ainsi qu'à la fin de l'ode Au Cardinal de Guise et du Chant de liesse au roi Henri II K Mais peut-être aussi doit-on voir justement dans le caractère vague et général de cette épode une habileté du poète, qui en 1546 eût prophétisé facilement un fait passé, et réussi à donner l'illusion que la composition de son ode remontait au lendemain même de Cerizoles^, alors qu'elle en était réellement séparée par un intervalle de plus de deux ans et demi. Dans ce cas, c'est seulement après avoir composé VEpilaphe de François de Bourbon que Ronsard aurait eu l'idée de la compléter par un chant de victoire tout artificiel ^. Remarquons d'ailleurs que si notre poète prétendit dès 1543 traiter le sujet plus brillamment que Marot, il fut encore obligé de revenir en arrière d'une année au moins, et que, par conséquent, son œuvre offre de toute façon le caractère d'une fiction rétrospective *. Quoi qu'il en soit, elle reste à nos yeux la première en date des odes pindariques.
La deuxième est l'ode sur la Victoire de Gui de Chabot, sci(jneur de Jarnac. Il s'agit celle fois d'une victoire en champ clos, que Jarnac remporta le jour de son fameux duel avec La Châtaigneraie, raconté par Michelet d'une manière si dramatique s. Celle grande épreuve judiciaire se passa à Saint-Germain, devant la Cour et les représentants de la noblesse de France, le 10 juillet 1547. Nous avons toute raison de croire que cette ode fut composée les jours qui suivirent l'événement ; on y sent, en efTel, un écho immédiat de l'émotion publique, et la sincérité d'une joie personnelle, causée par le succès du faible et de l'innocent contre la force et l'injustice : élan généreux d'une âme juvénile qui prend d'instinct le parti du droit*'.