‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 77 sur 509 · B1.,VI · texte numérisé non relu

B1.,VI

DE l'CEUVRE lyrique DE HO.NSARD 63

de Bourbon et l'Avantmlrée du Roi treschrestien â Paris ', sans parler des vers manuscrits qu'il avait peut-être lus en personne à la Cour, ou qu'on y avait lus pour lui -.

Ensuite je crois pouvoir dater de la deuxième moitié de 1549 la composition des odes où Ronsard remercie deux de ses protecteurs à la Cour, Madame Marguerite, sœur de Henri II, et Jacques Bouju, maître des requêtes de la reine. La princesse, très instruite, sachant le grec, le latin, l'italien, nourrie de Platon, de Cicéron, d'Horace, de Pétrarque, fit le plus grand cas de la nouvelle école poétique dès l'apparition de la Deffence et des premiers vers de Du Bellay et de Ronsard. Aux railleries et aux critiques des poètes qui, soit à la Cour, soit en province, représentaient encore l'école marotique ou celle des Rhétoriqueurs, elle opposa une si vive résistance qu'elle arrêta le courant d'opinion hostile aux novateurs, et cela bien avant que la tactique de MellindeSaint-Gelais l'eût forcée à intervenir auprès du roi lui-même en faveur de Ronsard 3.

M. Chamard a raconté les relations de Du Bellay et de la princesse dans la seconde moitié de lo49, comment il se présenta au palais des Tournelles au mois de juillet, déjà découragé par « l'indocte multitude «des concurrents, et quel accueil réconfortant il reçut d'elle *. C'est à ce moment-là sans doute qu'il faut placer la composition de l'ode de Ronsard A Madame Marguerite. Il y parle en effet de la a gloire » que sa Muse a déjà conquise ; ce ne peut être qu'une allusion aux pre-

1. Le mariage d'Ant. de Bourbon eut lieu le 20 oclobre 1548 ; l'entrée solennelle de Henri II à Paris le 16 juin 1549 |v. ci-dessus, pp. 28-29. Vieilleville, relatant dans ses Mémoires les fêtes de cette entrée, parle de « festons et trophées illustrez quant et quant des très doctes vers grecs et latins de ce poL-te royal d'Aurat, et des odes françoises et chants royaulx du divin Honsard. » (Collection Petitot.XXVl, 304.) Entend-il par là les quatrains français dont parle de son côté Félibien (Hisl. de Paris, t. V), et ces quatrains seraient-ils de Honsard ?

2. V. la première triade de 1 ode A J. du Bellai, où Ronsard vante ses « chansons » d'un nouveau genre, « qui font émerveiller les tables ». et celles de son ami, qui « sçavent flatter les oreilles des rois » ; il ajoute : « | Seule en France est uostre Lire

I Qui les fredons sache élire [ Pour les Princes rejouir ». Bl., II, 98-99.)

3. \'. ci-après, ch. ii, §S 1 et 2. C'est à ces premières escarmouches de 1549 que Honsard fait allusion dans la préface des Odes (151., II, 12i.— Ce n'est guère qu'à partir de 1550 que Marguerite de France, nommée duchesse de Berry et aidée de son chancelier L'Hospital, put faire beaucoup de bien aux savants et aux poètes ; toutefois son influence bienfaisante se manifesta dès 1547 (voir.I. Peletier, Œuvres poétiques, dédicace générale, dédicace des Vers lyriques, dédicace des Epigranimes) ; elle avait dès lors une petite cour littéraire qu'elle accueillait avec bouté ; on la savait érudite et bien plus capable que son frère de comprendre les ouvrages de 1 esprit, de s'y intéresser et de les récompenser ; nièce et filleule de Marg. de Navarre qui l'avait élevée, elle la remplaçait ou plutôt la représentait à la cour de France ; elle était l'espoir de tous ceux qui réagissaient contre le passé. (Voir Dupré-Lasale, Le Chaneelier de IHospilal, t. I, ch. vni ; Bourciez, thèse fr. ; Roger Peyre, Une princesse de la Renaissance ; H. Patry,Bii(/e(m du protestantisme, jauv. 1904.)

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