‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 78 sur 509 · Thèse fr., p · texte numérisé non relu

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mières publications que nous venons de rappeler ', D'autre part, en dépit de leurs principes, Ronsard et Du Bellay rivalisent alors d'ardeur àcourliser les puissants, singulièrement la sœur de Henri II, par laquelle ils espéraient obtenir la faveur du roi et de la reine -. Enfin on ne s'expliquerait pas à un autre moment cette sortie vigoureuse de Ronsard contre les « poètes barbares » qui ont « souillé premièrement » les vertus de Marguerite, et contre la « bande ignorante » qui ne veut pas reconnaître la supériorité de la poésie nouvelle (str. et anlislr. I) ; on ne comprendrait pas non plus à un autre moment celte allégorie de la Pallas moderne, s'armant de l'égide et terrassant

Le vilain monstre Ignorance Qui souloit toute la I""rance Desous son ventre couver ^.

Quant à Jacques Bouju, c'était un des rares poètes de la Cour à s'être déclaré pour les novateurs, se faisant auprès de la sœur du roi l'interprète de leurs sentiments, le défenseur de leurs idées, et cela plus d'un an avant l'intervention de Michel de l'Hospital ^. D'après Ronsard, il aurait même réduit au silence par ses propres vers les misérables rimeurs de l'ancienne école.

1. Peut-être même faut-il voir une allusion à V Hymne de France dans la fîn, où Ronsard se vante d'avoir le premier «« déterré de sa main Challimaq*, Pindare, Horace ». J. Martin, commentant ce vers, n'y a pas manqué : i» 11 dit cela pour les avoir tous trois imités, Challimaq en son hinne de France, les deus autres dans le discours de ce livre. B Mais dans cet hymne Ronsard a imité heaucoup plus \'irgile que Callimaque, et même les seuls vers qu'il ait imités de celui-ci avant 1550 sont à mon avis dans l'ode A Mad. Marguerite, qui nous occupe, et dans la fin de l'ode pindarique A J, du Bellai cf. Hymnes de Callimaque à Apollon et sur les liains de Pallas).

2. Chamard, thèse fr., p. 2'23-24. Cf. son édition de la Dejfence, pp. 198 et 306.

3. Pour le ■■ vilain » ou le « superbe monstre Ignorance », cf Ronsard (Bl., II, 8G, 90,92,99, 107, 109,311,458, etc. ; Du Bellay (ûe^ence,II, ch.n et xi ; Musagnœomachie ; sonnet à Scève, 1553) ; O. de Magnj' Amours, ode à Salel, p. 123 de la réédil. Blanchemain) ; E. Pasquier {Recherches, \'1I, ch. vi . En rapprochant ces divers passages, on voit que cette allégorie ne désigne pas seulement quelques poètes rétrogrades ou attardés des deux dernières générations, mais d'une façon générale l'esprit du Moyen Age hostile à la Renaissance des Lettres, des Sciences, de la Philosophie et du Droit, à l'émancipation de la pensée et de l'art, à l'étude des textes grecs, à l'enseignement rationaliste et esthétique donné par les humanistes, notamment par les professeurs rojaus de la 11 trilingue i> .Académie, auquel celui de Dorât était tout semblable. Ainsi compris, le symbole de la Pallas moderne domptant l'Ignorance peut s'appliquer dès 1549 à Marg.de France, continuatrice de sa tante Marg. de Navarre et représentant comme elle l'esprit nouveau. Mais malgré cette interprétation très large, Ronsard se montre ici souverainement injuste, condamnant en bloc ses prédécesseurs et traitant de u barbares ■> tous les poètes qui avaient adressé avant lui des vers à la princesse, y compris Despériers, Saint-Gelais, Hugues Salel, Salnion Macrin et même son amiJ.Peletier. Dès l'année suivante Du Bellaj'. plus libéral, remettait les choses au point dans sa Musagnœomachie, où figurent, parmi les adversaires de l'Ignorance, des poètes, des penseurs et des érudits de la génération précédente. Cf. ci-dessus, p. 19, note 6.

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