RONSARD ET MELLI.N DE SAINT-GELAIS. — LES CONCESSIONS DE RONSARD
A LA COIR.
I. — h'Ode de la Paix (1550). Attitiule de Mcllin de Saint-Gelais. Le Tombeau de Marguerite de VaZoïs (15511. Ronsard et la tradition. Premières concessions à ses amis.
II. — Les Amours et le CiiK/uicme lii>re des Odes (1552). Les protecteurs de Ronsard contre Saint-Gelais. Avocats, magistrats et diplomates. Le supplément musical du recueil de 1552. Ronsard et la tradition. Nouveau pas vers les Marotiques.
III. — Une lettre de Michel de l'Hospital. Nouvelles concessions. La 2^^ édition des Quatre premiers livres des Odes (1553). Les Folastries (1553). Antiquité et tradition. Authenticité des Dithyrambes. L'opinion publique. Le sentiment de Ronsard. Nouveau pas vers les Marotiques.
IV. — La 2" édition des Amours (1553). Le commentaire de Muret. Les quatre odes supplémentaires. Réconciliation avec Saint-Gelais. Ode et "chanson. Ronsard annoté par Ronsard.
V. — La 2' édition du Cin(]uième Hure des Odes (1.553). Encore des adversaires. Ronsard revient à linspiration marotique par l'Anthologie, Catulle et les Néo-Latins.
Quelques semaines après celte publication sensationnelle, le 24 mars looO, la paix était signée entre la France et l'Angleterre, et le rachat de Boulogne obtenu avantageusement par le connétable de Montmorency. Ronsard saisit celte occasion pour chanter les bienfaits de la sagesse royale dans une ode pindarique de 300 vers, qui parut peu de temps après, intitulée Ode de la Paix, et dédiée Au Roi '. C'était comme un brillant épilogue durecueildes Odes; maispour lapremière fois Ronsard y « sonnait » Francus, l'ancêtre légendaire de nos rois. Sa grande ambition, dès 1348, fut de devenir le poète oiïiciel, le poète en titre du roi ; cela est sûr : il ne s'en cachait à personne; il l'avait dit à son
1. Paris, Cavellat, in-S*^ de 12 ff. non chinVés. Jamais celte pièce n'a porté le titre d'Hymne de la Paix que lui donne Biiiet. Cf. Bl II, 23; M.-L. II, 77: Heu. d'Hist. lill. 1904, p. iM.
DE l'CEUVRE LYRIOIE DE nONSARD 71
maître Dorât ', à ceux de ses amis qui vivaient à la Cour, tels que Bouju et Maclou de la Haye 2, à Madame Marguerite, à la reine, au roi enfin ; elle succès que lui avaient valu en IbA'J VAvantentrée et l'Hymne de France ne pouvait que l'encourager dans cette voie. Mais pour retenir définitivement l'attention et les faveurs de Henri II, il s'agissait de frapper un grand coup, et Ronsard, en écrivant YOde de la Pair, prétendit lui prouver qu'il était capable d'une œuvre héroïque de longue haleine, qu'il écrirait l'épopée de la France et de ses rois quand il le voudrait, et qu'il le voudrait le jour où Henri H ferait sa fortune. Fais-moi riche, lui avait-il dit déjà, et je chanterai tes louanges" ; fais-moi très riche, lui répétait-il, et je les chanterai mieux que tous mes contemporains ' ; mais cette fois il esquissait au roi le plan de sa Franciade, pour le décider par cet avant-goût à tenir ouvertes ses « grandes mains libérales », et Ant. de Baïf, soulignant l'intention de son ami, faisait précéder l'ode de ce distique plein de promesses :
"AXXo ti YEvvà-cï'. |jisT'ov à'-' 'iXiâooî ".
Deux distiques grecs d'un autre admirateur, le médecin Jacques Goupil, accompagnaient celui de Baïf, et l'ode était signée de l'anagramme grecque de Ronsard : Sw; ô Tip-avSpoî, déjàvueaudébutet àlafin des Quatre, premiers livres des Odes. Deux sonnets Sur la paix terminaient la plaquette, l'un de Charles de Sainte-Marthe, l'autre de Pierre des Mireurs ; il n'y est pas question de Ronsard, mais leur présence seule à cette place nous prouve les liens qui l'unissaient à leurs auteurs. Le second, son condisciple au Collège de Coqueret, se trouvait naturellement « embrigadé » dans la nouvelle école poétique ^ ; mais le premier,
1. Bl., II, 445 : " Puisse avenir que ma vois | Attire et flate des rois | Lesgrandes mains libérales ! ■>
2. Ibid., 106, antistrophe. Cf. dans les Œuures poëd'çues de Maclou de la Haye.f» 52 r°, un sonnet Au Seigneur P. de Ronsard.