DK L OEUVRE LYRIQUE DE RONSARD
sonnifiéos ou allégories clirres à ses prédécesseurs, y compris ceux du Moyen Age. L'ode 2 est toute biblique ; l'ode 3 imite la Psychomachie de Prudence; l'ode 4 rappelle l'églogue de Marot sur la mort de Louise de Savoie, et maints détails de ces deux dernières proviennent certainement de Virgile, le plus chrétien des poètes antérieurs au Christ.
I'"aut-il attribuer ce changement de ton au désir de se mettre àl'unisson des autres pièces du recueil, au sujet traité, à la personnalité de Marguerite de Navarre, qui, par ses idées et son exemple, joua un si grand rôle dans l'histoire religieuse de la France, et dont un collaborateur du Tombeau pouvait justement écrire :
La Chrcstienté a perdu sa lumière ' ?
ou bien aux sollicitations de Denisot, auteur de Noi'ls et de Cunliques, qui félicita plus tard notre poète de s'être fait le <> harpeur de Dieu » et d'avoir laissé les chants profanes pour glorifier l'Hercule chreslien ? L'influence fut ici complexe, et je crois qu'on peut tenir compte en outre des observations sincères échangées entre Ronsard et ses amis littéraires sur la poétique de la Drffencc et des Odes. Je ne publie mon recueil, avait-il déclaré au « débonnaire » lecteur, « que pour aller découvrir ton jugement, affin de t'envoier après un meilleur combatant-». De bons juges, désintéressés^, ayant donc exprimé cette opinion que les poètes français des écoles précédentes ne méritaient pas qu'on les méprisât pour s'être passés le plus souvent des fictions du paganisme, et qu'au contraire ils avaient droit peut-être à quelque estime pour avoir cherché la grâce ou la beauté ailleurs que dans la mythologie gréco-latine, Ronsard me semble avoir fait efTort pour se rapprocher d'eux et concilier les croyances modernes avec les traditions antiques -^
Au reste, il ne transigea pas sur les ornements de détail; les allusions aux légendes de l'antiquité païenne demeui ant pour lui inséparables du vrai style poétique, il ne consentit pas encore à être compris de tout le monde ; c'était trop lui demander d'un coup. Aussi Denisot crut-il devoir expliquer en marge ces réminiscences trop érudites qui s'entêtaient dans une dédaigneuse obscurité''. Notons — le fait en vaut la peine — que de toutes les poésies du Tombeau de Marguerite de Valois, celles de Ronsard sont les seules à être accompagnées d'un commen-