‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 91 sur 509 · Sonnt-l final, anonyme · texte numérisé non relu

Sonnt-l final, anonyme

3. Par exemple L Hospital, Jean Morcl, Denisol, G. des Autels.

4. H. Chamard a fait la même rcmarqne pour Du iiella}' de 1550 à 1552 ^thèse fr,, pp. 260-621.

5. D .\pollonius de Hhodes, de l'indare, d llonièri-, de Platon.

taire. Voici en quels termes Denisot l'aQuouçait au-dessous du litre de la première ode : « Le Conte d'Alsinois au Lecteur. Amy lecteur, je t'ay bien voulu faire quelques petites annotations sur les Odes de Ronsard, le promettant continuera l'avenir sur toutes ses œuvres, affîn de lesoulagier de peine : j'entens à toi qui n'as encor long temps versé à la leçon des Poëtes ». Etait-ce faire œuvre de partisan maladroit, comme Jean .Martin dans sa Z?ïTt'e e.r/JosùioM, ou bien donner habilement au chef de la Brigade une leçon qui pouvait devenir salutaire? On ne saurait le dire ; mais ce qui est sûr, c'est que le camp adverse trouvait là de nouvelles armes, que les éclaircissements de l'ami Denisot disparurent pour toujours dès la réédition des odes susdites, et que Ronsard ne le laissa pas éclairer le reste de ses œuvres.

L'année suivante, le l""" octobre ioo'l, parut la première édition des Amours de P. de Ronsard Vandomoi/s, ensembli' le cinquiesme Jicre] de ses Odes '. Après les 183 sonnets des Amovrs, imités la plupart de Pétrarque et de Bembo, quelques-uns de l'Arioste et d'autres poètes italiens moins connus-, étaient imprimées deuxpièces lyriques, imitées la première de Pétrarque et de l'Arioste, l'autre de Jean Second :

1. — Chanson. Lcis ! je n'eusse jamais pensé {B\., 1, 81. — M.-L., I, 70).

2. — .\moiuktte. Pelile Nymphe folastre [B\., 1, 377. — M.-L., I, 354).

Le poète avait trouvé bon de les intituler chmison et amourette, bien qu'elles ne différassent point des odes légères de 1350, ni par le sujet ni par le rythme. Il se modelait encore en ceci sur les Italiens, dont les recueils de sonnets amoureux contenaient des cartzone; il avait aussi l'exemple de Pontus de Tyard •*. Mais il ne les disséminera comme eux parmi les sonnets qu'à partir de la deuxième édition des Amours. Sans mytiiologie, d'un style clair, d'un ton ordinaire, quoique très différent de l'une à l'autre, ces pièces auraient pu être signées d'un Marotique

1. Chez la V's M. de la Porte. Le privil. est du G, l'achevé d'imprimer du 30 septemhre. On trouve ce volume rarissime à la Bibl. d'Orléans Ji. 1505 et au Hritish Muséum.

2. Capilupi, Rinieri. — l'n autre -.Ha' Bel-Accueil, tiré du Roman de la Rose, a sa place toute naturelle au milieu de ces imitations pétrarquesques

3. Les deux premiers livres des Erreurs amoureuses sont de 1549 et 15.51. Le premier contenait, entre autres pièces, des sonnets et chants mélangés ; le second, des sonnets et ckançons mélangés. lionsard fit un grand éloge de Tyard dans le sonnet de 1552 : Pour célébrer des astres deveslus, dans celui de 1553 : De tes erreurs l'erreur industrieuse, et dans l'épilre de la même année à J. de la Péruse : Encore Dieu, dit Arate (Bl., I, 50 et 421 ; VI. 14,.

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pur ; il est certain que Ronsard en les publiant fit un pas de plus vers l'école rivale, ne tenant qu'un médiocre compte du fameux chapitre de la Deffence q^ui confondait les chansons dans la même condamnation que les rondeaux, les ballades « et autres telles episseries » '. Au reste il est impossible de préciser la date de leur composition, car elles n'ofl'rent aucun point de repère ; je crois cependant que si Ronsard les avait écrites avant looO, illes aurait jointes à ses Quatre 'premiers livres di's Odes : mais rien ne m'autorise à l'aftirmer, ni leur adresse qui est anonyme, ni leur forme métrique, ni leur source littéraire -.

Quant au Cin^i'iiesme livre des Odes, il contenait onze pièces, dont six nouvelles. Les n°" 1 et 4 à 7 avaient déjà paru, savoir: l'Ode de la Pai.r, Au Roi, et les quatre odes du Tombeau de Marguerite de Valois, dont nous avons parlé. Les autres étaient rangées dans l'ordre suivant :

1. (2) — A LCY MESMES, SUR SES ORDONNAN'CES FAICTES l'aN (1550. Et quelles

louenges esgcdes (El., II, 295. — M.-L., II, 371). 2 (3) — .\ Madame Margleritte. Vierge, dont la vertu redore |B1., II, 299; YIII. 136. —M.-L., II, 375 .

3. (8) — A Michel de lHospital, Chancelier de Madame Margleritte /:iTa;i/

parles champs de la Grâce (Bl., II, 68. — M -L.. II, 119i.

4. (9) — Coxtr'Estrene. Au Seignecr Robert DE LA Haye. CenZ.r 7111 sPHioye/i/

par sus le dos (Bl., II. 332. —M.-L., II, 413).

5. dû) — A Claude de Lig.nehi Qui pur gloyre et par niauraislié [lil., 11.335.

— M.-L., II, 416 6 (11) — Au Conte dWlsinois, Nicolas Denisot du Mans. Bien que le replij de Sarte (Bl., II, .338. — M.-L., II, 420).

A la suite, mais en dehors de ce livre d'Odes, se déroulait une longue pièce strophique intitulée : Les Bacchanales, ou le folastrissime voyage [i'Hercueil, PRES Paris, dédié a la joyeuse trouppe de ses compaignons. I'ait l'a.x 1549. Amis, avant que l'Aurore (Bl., VI, 3.58. — M -L., V, 213 et46i)''. Cette ode quasi bachique aune importance capitale, puisqu'elle nous fait connaître quelques-uns des condisciples de Ronsard au Collège de Coqueret en juillet 1349, et les ébats auxquels ils se livraient dans la banlieue parisienne, notamment à .\rcueil *. Mais nous

1. ^'. ci-dessus, IiUrod.. pp. xliv et siiiv , texte et noies.

2. Ronsard avait imité le Roland furieux avant 1550, témoin la 2^ ode du livre 11 lil. II, 13() ; et nous avons vu p. 44, que ses imitations de J. Second peuvent remonter

à 1545. — D'autre part, dans la première de ces chansons, il pétrartjuise comme il ne l'a guère fait qu après 155U.

3. Tel est le titre exact dans l'édition princeps. A partir de 1553 la date de la composition disparaît.

4. V. ci-dessus, p 49. H. Chamard a donné de cette pièce une agréable analyse dans sa tliëse fr., pp. 82 et 83 ; mais à la p. 48 il cite parmi les compagnons de Housard dans

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ne saurions dire à coup sûr pourquoi Ronsard attendit trois ans pour la publier.

L'ode 2 fait des allusions très précises et directes aux Ordonnances royales de novembre 1349, de mai et juin 1350, sur le logement des gens de guerre, la réformation des vêtements, la monnaie rognée et les abus commis dans l'impétration des bénétices ' ; il est donc presque certain qu'elle fut adressée manuscrite dès le milieu de 1330 à Henri II, que Ronsard chercliait alors à séduire ; mais le poète, une fois son but atteint, jugea bon, pour ud motif qui nous échappe, d'en ajourner l'impression, sans craindre de lui faire perdre son intérêt d'actualité auprès du grand public ; à ce moment-là l'opinion delà Cour lui importait seule, vraisemblablement; et il est remarquable que cette ode horatienne, arrivant au roi après l'ode pindarique sur la paix, ne laissait pas la moindre prise aux critiques de Saint-Gelais : preuve nouvelle que la scène de la médisance, où le chef des poètes marotiques railla devant le roi et son entourage les vers pindariques de Ronsard, eut lieu aux environs du 1^'' juin 1530.

Les odes 3 et 8, qui, avec leur total de 1136 vers, contiennent l'écho retentissant de cette scène et des Uiscussions qu'elle provoqua, circulèrent également sous le manteau bien avant leur publication -. A mon avis, Ronsard les écrivit en 1330 et les commença dès le mois de juin. En effet, il dut avoir à cœur de remercier au plus vite les personnages qui l'avaient sauvé dans l'opinion du roi et des courtisans. Celui qui joua le premier rôle dans cette afTaire fut incontestablement Michel de l'Hospital, qui depuis le mois d'avril était chancelier de Madame Marguerite, devenue duchesse de Berry 3. H avait connu Ronsard chez Jean de Morel, dont la maison hospitalière « était le rendez-vous de tous les amis des lettres et comme le temple des Muses » *; c'est dans une

les Bacibaiiales Guy Pacate et Abel de la Hurteloire, au lieu de Julien Pcccate et Jean de la Harteloire. Abel, qui est seul désij^né par uu prénom, et cela trois fois, me semble être simplement le portier du Collège, d'autant plus que Ronsard remplaça plus tard son nom par celui de Cor\'don.

î. \'oir Fonlanon, Edits et ordonn. des rois de France, revus et augmentés par G. Michel, Paris, 1611 articles : gens de guerre, babillemenls. monnaies, bénéfices ; Isambert. Recueil des anc. lois fr.. t. Xlll ; Quicherat. Hist du costume en France, p. 381.

2. Du lîellay nous dit que ses propres poésies circulaient manuscrites et qu'on en faisait <t une infinité de copies 7) préf. du recueil del552).

3. Ronsard rappelle cette nomination dans la strophe xxiv de son ode A iHospital. Pour la date, voir Dùpré-Lasale, Michel de l'Hospital avant son élévation au poste de Chancelier de France :t. I, ch. vin, p. 158..

4. Sur ce personnage et son salon littéraire, v. la (/lése />. de H. Chamard, pp. 390-92. Ce gentilhomme d Embrun avait été le compagnon de Langey du Rellay en Piémont et le précepteur de Jérôme de la Rovère. Sur ce dernier point, v. RI., III, 412. Le Tombeau de Marguerite de Yrdois contient de lui trois sonnets et une épigramme en vers français, et de sa femme. Dam. .A. D. L. f.Xntoinette de Loynes , la traduction en vers français de 16 distiques latins et un sonnet.

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de ces réunions, où venaient les principaux membres de la Brigade, ijue L'IIospital promit à Ronsard de le recommander efficacement à la sœur du roi et de contrebalancer de tout son poids l'influence funeste de Saint-Gelais. Jean de Morel, qui était alors maréchal des logis de la reine et maître d'hôlel de Henri II, promit également son concours *. Tous deux agirent sans retard, sachant que l'antidote ne doit pas se faire attendre quand les oreilles d'un roi sont empoisonnées ^. Guettèrent-ils et surprirent-ils Saint-Gelais dans sa vilaine besogne, ou bien demandèrent-ils à Madame Marguerite de le surprendre elle-même et d'intervenir sur-le-cliamp ? La seconde hypothèse est plus probable d'après celte strophe de l'ode 3 :

X'est-ce pas toi, vierge très bonne, Qui ne peult souffrir que personne Devant tes yeux soit méprisé Et qui tant me fus favorable Quand par l'envieux misérable Mon œuvre fut Mellinisé '■' 1

En tout cas la protestation orale de la princesse fut immédiatement suivie d'une protestation écrite, où L'Hospital racontait la scène de la médisance avec la précision d'un témoin oculaire : pénétrante élégie en vers latins, où Ronsard en personne est censé présenter sa défense et accabler ses adversaires des traits d'une ironie indignée *.

Aussitôt prévenu de ce qui s'était passé, Ronsard se mit tout de suite (le contraire nous étonnerait) à chanter ses bienfaiteurs, à leur exprimer sa reconnaissance et à plaider pro domo en maudissant son

1. MM. Cliamard [thèse fr.) et R. Peyre {lue Princesse de la Renaissance, p. 22) ont dit d après P. de Nolliac [Lettres de J. du Bellay, p. 7) que Morel était « inaréclial des logis deMad. Marguerite ». Mais P. de Nolhae s'est lui-même rectifié {Rev. d'Hist. litt., 1899, pp. 351, 355, 358 . Dupré-Lasale le qualifie seulement " gentilhomme de la reine, inaitre d'hôtel du roi ». En 1556, Konsard dédie la Soiwelle Continiiulion des .-Inioiir.s à .1. de Morel, " mareschal ordinaii-e des logis de la Royne »; en 1560, son 4- liv. desPoëines «Au Seigneur J. de Morel, gentilhomme Ambrunois, de la maison de la Hoyne mère du Hoy ». — Morel devint gouverneur de Henri d*Angouléme, bâtard de Henri II.

2. On trouve un écho de ce sentiment dans la str. xxn de l'Ode à M. de L'Hospital : « Mais les vers que la chienne Envie ] En se rongeant l'ait avorter | Jamais ne pourront supporter | Deu.v soleils sans perdre la vie ».

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