Cf. Bl., II, 13, 376, 396 ; V, 96 ; VII
5. Voir Bl., Il, 119, 151, 403, 404, 447, 460 ; III, 355 ; VI, 362 ; VII, 247. - Cf. Jean Lemaire, Temple de Venus ; Cl. Marot, Temple de Capido ; Saint-Gelais, éd. Bl., I, 239-40 ; Pontus de Tyard, 2" livre des Erreurs amoureuses, « Chant à son kut »,
DE L CEUVRE LYRIQUE DE RONSAHD 87
autre instrument à cordes, et plusieurs servaient de timbres à d'autres chansons ' ; ses Pseaumcs avaient été composés pour être chantés et leurs mélodies furent harmonisées « en forme de moletz » dès I54G 2. Mellin de Saiot-Gelais mettait en musique ses propres vers, les chantait et les jouait, étant « poëte, musicien, vocal et instrumental » ^. Enfin de nombreux recueils de chansons françaises avec musique polyphonique avaient été publiés depuis un demi-siècle et accueillis avec une prodigieuse faveur soit en France, soit à l'étranger *.
Aussi doit-on bien comprendre la déclaration suivante que Ronsard avait insérée en l.joO dans la préface des Odes : « Et ferai encores revenir (si je puis) l'usage de la lire,aujourdui resuscitée en Italie, laquelle lire seule doit et peut animer les vers, et leur donner le juste poix (sic) de leur gravité 5 ». Si dans ces lignes notre poète avait voulu, comme on l'a pensé '', donner au mot « lire » le sens général de musique chantée, ou même le sens plus restreint d'instrument à cordes quelconque, il se serait vanté ridiculement de faire revivre un usage qui était bien vivant. Non; il prenait le mot « lire » dans son sens primitif; il entendait par là l'instrument de forme très particulière, à deux branches recourbées, dont les lyriques grecs accompagnaient ou faisaient accompagner leurs vers chantés. Le contexte ne permet pas une interprétation différente, car on y voit que Ronsard rêvait alors de restau-
1. Voir Cl. Marot, éd. Jannet, I, 187 ; II, 183; IV, 65. - Cf. A. Leirane, Drrn. poés. deMarg. de A'auarre, p. 441.
2. Voir O. Douen, C/. ilarot et le Psautier huguenot, t. I, chap. x.\i, les Auteurs des mélodies du psautier ; t. Il, ch. i, les Harmonistes du psautier. Ccrton mit en musique polyph. 31 psaumes en 1546 ; Bourgeois, 24 ps. en 1547 ; Goudimel, Bps. en
3. V. le Quintil Horalian, dans l'éd. de la Deffence par H. Chamard, p. 227. Cf. Saint-Gelais, Œuvres, éd. Bl., I, Notice, et pp 69, 235, 240 ; Ronsard, Œuvres, éd. Bl , III, 355. — A Lyon. Pernette du Guillet, Louise Labé, Clémence de Bourges chantaient également leurs vers en s'accompagnant du luth.
4. A Paris, Pierre Attaingnaut publia une collection de Trente-cinq livres de chansons musicales de 1539 à 1549, sans parler des recueils précédents ; Nie. Duchemin, une collection de Huit livres de 1548 à 1550. A Venise, c'est A. Gardane. A Louvain, P. Phalèse. A Anvers, Tylraan Susato publia Onze livres de 1543 à 1550 ; la Bibl Nat. possède le Superius des livres II à X de cette collection (Rés. Vm ', 510) ; j'y ai relevé plus de 260 chansons françaises, n convenables tant à la voix comme aux instruments », et parmi les noms des musiciens, ceux de Josquin des Prés, Gombert, Manchicourt, Crecquillon, VulUart, Richafort, Claudin, Certon, Janequin.
Sur l'alliance de la poésie et de la musique, à une ou à plusieurs voix, en France avant 1550, v. encore Fétis, Biogr. univ. des Musiciens ; G. Paris et Gevaert, Chansons du XY' siècle; J. Tiersot, Hist. de la chanson populaire; R. Eitner. Bibliogr der Musik-Sammelwerke des XVI und XYII Jahrunderts, et Quellen- Lexicon ; Michel Brenet, Claude Goudimel, et Notes sur l Hist. du Luth en France.
6. J. Tiersot, Ronsard et la Musique de son temps (1903), tirage à part, pp. 6 à 8. Je le pensais moi-même autrefois (Rev. d'Hist. litt., de juin 1900, Ronsard et les Musiciens du XYI- s , p. 343).
88 GENÈSE ET ÉVOUTION
rer intégralement le lyrisme de Pindare '. Au surplus, ne savons-nous pas que Dorât assimilait son élève à Terpandre, qui passait pour l'inventeur de la lyre heptacorde^?
Dans ces conditions, il est certain que la musique purement vocale de ses collaborateurs de 1552 ne réalisait pas l'idéal qu'il avait conçu en 1550, même en admettant avec M. Tiersot qu'on ait pu détacher le superius de l'ensemble liarmonique et remplacer les autres parties par des accords de luth et de guitare 3. Ces instruments rappelaient la lyre grecque de façon très lointaine ; mais comme ils étaient bien français, plus commodes à tenir et d'une harmonie plus pleine et plus agréable, ils conservèrent la faveur publique, — et celle de Ronsard. Au reste, l'enthousiasme de notre poète pour les musiciens de son temps ne s'est pas un instant refroidi; la meilleure preuve, c'est que dès 1553 il continua à autoriser la reproduction de ses vers sous la musique des maîtres qui s'en inspiraient, et qu'en loCO il écrivit un éloge dithyrambique d'eux et de leurs savantes compositions *. Enfin le succès répondit aux espérances de Ronsard, car les musiciens, mis en goût, accordèrent à ses poésies une préférence tellement marquée qu'aucun poète français jusqu'au xix"^ siècle ne fut plus chanté que lui ^ ; le succès répondit aussi aux espérances de l'éditeur des Amours et du Cinquiesme livrr des Odes, puisqu'il dut rééditer ces deux recueils dès les mois de mai et aoûtl553, et fit réimprimer la musique de Cerlon, Goudimel, Jannequin et Muret à la suite des Arnoui-s ou séparément fi. Pourquoi donc A. de
1. V. la deuxième moitié de la p. 11, qu'il faut rapproehcr du passage en queslioii. Ailleurs Ronsard emploie le mot Ii/re comme synonyme de harpe ou de luth (111, 372; IV, 137, 148 ; V, 96 ; VI, 319 ; vil, 248).
2. V. ci-dessus, pp. 29 et 71. Les Amours de 1552 étaient précédées de cet autre distique de Dorât ;
TspTiavopoi; irplv ïxepit:'' à'vopaç (jlôvov, àXXi yovïTzz; NOv TÉpTrît, vyv à'p' TîpT:OY'Jvr,s £!jei:o(i.
3. Ronsard et la Musique de son temps, pp. 65-66. Cf. M. Brenet, Hist. du luth, p 17, note, et pp. 28-30.
4. V. Rev dHist. Un de juin 1900, art. cit., p. 350, note 1 ; 351 ; 352, note 2. Cf. éd. Bl, Vil, 337. et surtout Marty-Laveau.i, VI, 463. Le seul exemplaire connu de l'édition princeps du recueil de musique polyphonique préfacé par Ronsard est à Berlin. Collelet en signale un dans sa Vie de Ronsard, pp. 47 et 48 de la réimpr. Blanchemain.
5. V. Rei>. dliisl. litt., juin 1900, pp. 348-358 Cf. Tiersot, Ronsard et la Musique de son temps, pp. 11 et suiv.
6. Certains exemplaires de la 2« éd. des Amours contiennent le supplément musical de 1552 (Conservât, de musique de Paris ; Liceo musicale de Bologne ; Bibl. Viltorio Kmmanuele de Rome. Cf. éd. Bl, VllI, 77). D'autres ne le contiennent pas (Bibl. nation, de Paris ; Bibl. de Vendôme ; de Munich ; British Muséum Cf. Catal. de la biblioth. poét. Hei'pin, n» 112;. Aurait-il été réimprimé à part, puis relié après coup aux exemplaires du premier groupe? Ou bien fut-il arraché des exemplaires du second groupe ? En tout cas, il a été sûrement réimprimé, comme en témoigne le Supplément du Manuel de Brunet, p. 506 : ■■ Les Amours de 1553 contiennent également des airs notés, dont limpression diffère ». Voir encore une note du Catalogue de la libr. Mor-
DE L'riF.lVRE LYRIQUE DE RONSARD 89
la Porte n'a-t-il pas rempli la promesse contenue dans son Avertissement au lecteur, et pourquoi les œuvres postérieures ds Ronsard n'ont elles plus jamais comporté un supplément musical, tel que celui de 1552. pas même celles qu'édita encore la maison De la Porte les trois années suivantes ' ? Cela vient simplement de ce que les chanteurs trouvaient leur commodité, et le libraire son intérêt, dans l'impression séparée des difTérentes parties de chant; cela vient surtout de ce fait que les fameux Adrien Le Roy et Robert Ballard obtinrent en ces annéeslà de Henri II le privilège exclusif de l'impression musicale à Paris -.
Toujours est-il que Ronsard, en jouant son rôle, et un rôle important, en faveur de l'union de la musique et de la poésie, obéit à un goût très personnel, dont il nous a laissé maint témoignage •', et aussi, en dépit de sa poétique révolutionnaire, à un respect instinctif delà tradition nationale. C'est ce qui fil en partie le succès de son recueil de 1552. Mais ce succès, hâtons-nous de le dire, est dû plus encore à ses vers qu'à la musique dont ils étaient suivis. Sans parler des Amours, où Ronsard a décrit en traits ardents, mais souvent avec trop de rhétorique et de mythologie, toutes les phases de la passion que lui inspira Cassandre, le Cinquiesme livre des Odes, à lui tout seul, excita une vive admiration, surtout cette ode de plus de 800 vers .4 Michel de L'J/ospitiil, véritable hymne de gloire en l'honneur de la Poésie et de notre Poésie renaissante, dithyrambe sans précédent, que proclamèrent chef-d'œuvre, avec raison, les contemporains éblouis *.
Ce livre d'odes différait d'ailleurs sensiblement des Quatre previiers livres, non seulement par les caractères déjà signalés à propos du Tombeau de Marguerite de Valois, mais aussi par la place qu'y tient la personnalité de l'auteur. D'une part, le ton des éloges qu'il s'y décerne est bien plus discret, soit qu'il ait senti le ridicule des vanteries emphatiques de 1550 et tenu compte des ' protestations qu'elles suscitèrent, et qu'il avait d'ailleurs prévues '>, soit qu il ait jugé doré-
ganddedéc. 1903, p. 699. — En outre, certains exemplaires d'une éd. des Amours parue à Rouen en 1557 contienneul des airs notés i^sans doute ceux de 1552 , d'après le Manuel de Ijrunet, t. IV, p 1379.
1. Livret de Folastries (1553) ; Bocage (1554) ; Quatre premiers livres des Odes (1555).
2. V. Fétis, Biogr. univ. des Musiciens, t. V. p. 28U ; P. Lacroix, Les arts au Moyen Age et à la Renaissance (F. Didot.l877|, p. 532.
3. V. encore lîl.. H, 395-9(> : V, 96, 341 ; VII, 247 ; VIIl. 51 et mon édition de la Vie de Ronsard, Commentaire, aux mots " sans vie ».
4. On trouve un écho de cet enthousiasme à la Gn de la dédicace que Du Bellay adressa à Morel en tète de ses traductions (février 1552i. Selon Ménage, Passerat (d'autres disent Galland) eût donné pour cette ode l'' duché de Milan ; E. Pasquier la proclame u divine ■> [Reclierclies de la France, liv. VII, chap. ix) ; en 1604 le commentateur Uichelct l'appelle encore « un chef-d'œuvre de poésie ». Cf. Colletet, Vie de Ronsard; Du Tillet, le Parnasse francois. p. 150.