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90 GENÈSE ET ÉVOLUTrON
navant inutile d'exalter lui-même ses qualités naturelles et acquises, d'autres s'en chargeant au mieux et la victoire de l'esthétique nouvelle étant désormais assurée. D'autre part, bien qu'il imite toujours ses chers anciens, Homère, Hésiode, Pindare, Platon, Callimaque, dans l'ode 8, Horace tout seul dans les odes 2, 9 et 10, il semble que ce recueil soit moins livresque ; on y sent plus de vie et de sincérité, le poète l'ayant rempli, ainsi que celui des Amours, de détails intimes et actuels, qui nous font connaître ses rancunes et ses affections, ses espoirs et ses craintes, ses ennuis et ses joies. Le style mis à part, c'était, après une crise de pindarisme, c'est-à-dire de lyrisme impersonnel, un retour plus ou moins conscient au lyrisme médiéval et moderne, aux Troubadours, à Charles d'Orléans, à Villon, à Marot.
On a pu faire des remarques analogues au sujet du recueil que Du Bellay publia en lo.")2, et constater chez lui à cette date un véritable revirement*. C'est que, après avoir été étroitement unis pour l'attaque, ils sont également d'accord pour cesser les hostilités et faire des concessions. Ayant ensemble dépassé les bornes, ils rétrogradent ensemble, sacriliant quelques-uns de leurs principes pour revenir, jusqu'à un certain point, à des traditions naguère abandonnées. Et puis, quoi qu'ils en aient dit, ils se sont préoccupés de l'opinion publique et ont écouté ses avertissements, chacun dans la mesure que lui permettait son tempérament ou sa fierté d'artiste. Ils ont particulièrement subi l'influence de ce milieu éclectique et modéré de magistrats et de diplomates, qui fréquentaient cliez Morel et dont Michel de L'Hospital est le type le plus parfait ; nous avons vu Du Bellay faire la paix, par l'entremise de l'un d'eux, avec Sibilet, le principal champion de l'ancienne école après Saint-Gelais; nous allons voir Ronsard, grâce à eux encore, tendre une main sincère à Saint-Gelais lui-même.
Le!" décembre 1552, Michel de L'Hospital écrivait de Fontainebleau à son ami Morel une lettre latine que P. deNolhac a publiée et analysée '. 11 me suffira de la traduire pour faire goûter ce « petit chef-d'œuvre d'amitié ingénieuse et de diplomatie littéraire ».
« Nos courtisans, qui mettent en branle éclairs et tonnerre et font ainsi trembler les hommes, redoutent étrangement les vers de notre
1. Voir H. Ctiamard, thèse fr., pp. 164, 252,254.258à 261, 264, 266; ci-dessus Inirod., p. xxviii. note 1.