IV.— Volupté. — Or, retournons en Grèce, où l’art des fau
LES SOURCES D'INSPIRATION DANS L'OEUVRE DE ROPS
nesses capricantes ne passa qu'après l’art des impassibles Vénus. Impassible vraiment et incontaminée encore, cette Volupté de pierre luttant contre un serpent de chair, dans une espèce de basrelief de marbre. Le corps nu de cette femme ou de cette déesse est musculeux, comme un corps athlétique ; et athlétique, le combat que ses deux bras nerveux livrent au monstre sibilant, en étreignant les reins lascifs de celui-ci qui se recourbe en mille plis et qui fouette, comme avec autant d’étrivières provocantes, les chairs divines de cette femme insaisissable, de cette impassible déesse. Femme ou déesse ? Sans doute les performances de ce corps, irritées sagement, sont dignes de représenter Vénus Pandémienne. Sans doute, les cheveux montant en casque, au sommet d’une tête vierge encore, rappellent l’elme d’or de l’inclyte Pallas. Mais trop d'inquiétude mortelle et de divine sérénité règne sur ce visage, pour qu'il ne soit que le visage d’une femme ou le visage d’une déesse. Femme et déesse en même temps, c’est la divinité qui se mortalise en cette Volupté. Sur ce bas-relief, sublime et froid comme l’art grec, vous croyez entendre la plainte douce des filles de Minos et de Pasiphaé:
Ariane, ma sœur, de quel amour blessée Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée.
Ou bien les queues inexorables qui cinglent cette femme sont déjà les lanières fouettant, comme autant d’Erinnyes, les chairs de cette sœur d’Oreste qui s’écrie, par la bouche de Phèdre:
C’est Vénus tout entière à sa proie attachée.
V.— La Colère. — Que s'est-il donc passé dans cet immuable pays de Zeus, dont un signe des cils fut le plus grand et le plus irrité des signes ? Quel coup de main nerveuse a cassé le froid bas-relief du Parthénon, où Phidias paralysait Vénus; et quel poing sacrilège a défait la chevelure au casque de la blonde Pallas ? Regardez-la ! Dépeignée, dévêtue, d’une main indignée, elle essaye de retenir sur son genou qui s’anudit aussi le classique manteau dont elle n’est déjà plus couverte. Regardez-la, hagarde et furibonde ; parce que ce n’est plus le temps des sentiments divins et des marbres glacés, et parce que c’est l’heure des passions humaines et des ruts délirants. O Pallas ! — toi, qui florissais étant déesse, et qui seras aussi flétrie parce que tu es femme, — clame, hurle, mais rends-toi à la commune loi de la Nature. Tu peux ouvrir tes flancs : Callimaque a entendu ta plainte, et prépare une feuille d’acanthe pour réparer ta robe et ta chair en lambeaux... Ici, l’art grec, pour conserver Vénus intacte, tente un dernier effort et n’a plus qu’à renverser les torches aux funérailles de la beauté plastique. L’incarnation de la déesse en femme est opérée. La Grèce et l’Olympe ont vécu.
En marge d’une épreuve, envoyée à un ami, l'artiste a écrit : « Ci en haut un croquis, La Colère, que j'ai fait au galop, d’après un modèle furieux de l’absence de feu dans mon atelier — en juillet ! — et qui ôtait ses bottines en jurant.
«Il faut savoir faire servir le vulgaire à l’expression du sublime ! » a dit un cuistre.
« Et il y a des nuits où je me trouve sublime ; — le jour, ça tombe !
« Vu Mendès, hier, je trouve qu’il ressemble...