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ARTISTE GRAVEUR A PONT-DE-VALVIN, PRÈS FONTAINEBLEAU

(Timbre de la poste, 27 octobre 1880.)

Mon cher Prunaire,

Je vous envoie le Méphistophélès dont nous avons parlé hier. J’y joins, dans le cas où ils plairaient à votre amateur, d’autres dessins que je laisserais à 100 francs « pièce », comme disent les gens qui sont dans la quincaille, Je ferai reprendre ces dessins vers la fin de la semaine, s’ils ne sont pas vendus.

Comme je vous l’ai dit hier, mon cher ami, la maison me plaît, malgré son éloignement de Paris. Consultez M"®° Prunaire et donnez-moi une réponse d'ici à une huitaine de jours, afin que je puisse avoir le temps de chercher ailleurs, avant l'été.

Dans le cahier, vous trouverez une épreuve du Diable dupé, pour vous, et une épreuve des Rimes de Joie. Je vous préparerai, un de ces jours, une petite collection de mes dernières raretés.

Si l’amateur achète les frontispices, je veux les retoucher (affaire d’une matinée). Il y a des détails à finir etc., etc., et le frontispice des Rimes de Joie a besoin (le dessin) d’être terminé. — J’ai aussi le frontispice du Diable dupé (le dessin), maïs je ne l’ai pas sous la main. Je vous l’enverrai demain pour le joindre à la collection. Il est très joli et très agréable à voir.

Bien à vous, mon cher Monsieur. Présentez mes compliments à M°”° Prunaire, je vous prie, et à bientôt.

Félicien Rops.

Ci-joint la dimension sur laquelle je pars. Si vous aviez des objections, mon cher ami, je suis chez moi tous les jours de la semaine, rue Richelieu, 76, jusqu’à midi. Je ferai reprendre vendredi le petit portefeuille.

Au même.

Mon cher vieux copain,

Il faut absolument alléger la tête du Monsieur ci-joint. C’est gravé « trop noir » tout cela! ! et trop de gravure! La robe de la femme, par exemple, et le jupon viennent à l’appui de ce que me disait Wilson. Tout en étant dessinées sur le dessin et même plus poussées que cela, les ombres ne seraient pas gravées sur ce qu’ils appellent « la matrice », c’est-à-dire le trait de la première planche, lequel est toujours ou du moins le plus souvent tiré en bistre clair. Pas toujours, car certaines parties même ne sont pas tirées sur cette première planche du trait. Ce qui fait que « toujours », ce que tu fais en couleur a l’air d’un « dessin à la plume enluminé », c’est tout ce travail de la première planche! ! Il y en a dix fois trop, et « trop peu » sur les autres. Les autres planches, ne portant que des teintes et de la gravure de teintes presque toutes « à plat » n’ayant plus d’indication de plis et de modelés, donnent fatalement l’aspect « enluminure », tandis que les Anglais ont l’aspect peinture. Chez les Anglais, il n’y a, pour ainsi dire, « rien » sur la première planche et ils ont un noir « couleur » qu’ils mélent à beaucoup de tons et qui leur donne la vigueur. Toute la différence est là et n’est que là. Et la preuve, c’est que les modèles de Craene sont faits à l’aquarelle « pure ».

Il est impossible qu’une planche, « aussi gravée » sur la première planche que cette planche du Piano, donne autre chose que l’aspect « enluminure ».

LETTRES DE ROPS

Les signes du paletot, les dessins et les ombres, les tailles du piano, les bons hommes du vase, etc., etc., tout cela est « inutile » sur la première planche et même « nuisible », si on veut obtenir l’aspect « peinture ».

Voilà le vrai, « quand le diable y serait! » D’autant plus que « tout ce travail », n’étant pas tiré dans le ton de l’objet, « fausse le ton » et transpose brutalement : d’où l’aspect imagerie. Suppose, par exemple, le paletot et le pantalon de notre bonhomme ci-joint : le contour tiré en bistre clair, les bruns du paletot venant recouvrir même ce trait, comme ils le font « exprès » (ils, les Anglais), dans Greenaway ; les ombres et les raies en brun, tu auras de la peinture. Si je mets un noir « couleur » sur la cravate, j’aurai de la peinture ; sinon, non! J'aurai Épinal. Impossible de faire quelque chose « sans noir couleur », d’abord et avant tout : voilà l’opinion de mon ami Wilson qui a travaillé la « partie ».

Jamais « l’encre d’imprimerie » ne donne le « noir couleur ». On fait, pour le noir couleur, un noir « chaud » qui se mêle à toutes les couleurs et donne des vigueurs superbes avec les verts, les rouges et les bleus. L’encre d'imprimerie salit,

Nous ferons un essai, à nous deux. Je te donnerai un premier bois, tu le graveras ; puis je dessinerai sur des transports de ce premier bois, et je dessinerai et je modélerai chaque chose dans un ton. Il n’y a pas d’autre système possible, du moment où on ne veut pas faire les frais de photographier le.dessin « autant de fois qu’il y a de couleurs, d’après un dessin très fait ».

Rien ne peut me faire démordre de cela, mon vieux complice. Je suis dans le vrai, et j’ai mis le doigt sur ta plaie.

A toi, à vous, au galop.

FÉLy.

P.-S. — Si moi, je faisais de la chromo-gravure, j’emploierais un noir, mais j'aurais un « blanc couleur » qui arriverait à plat sur les teintes, comme un rehaut dans le ton. Mes premières couleurs seraient le noir et le blanc, et le bon Wilson est de mon avis. Alors, on picturerait et l’on sortirait de l’enluminure.

Au même.

Je suis tout à toi, à partir de vendredi prochain. Veux-tu venir, vendredi prochain, tout au matin, rue Drouot, 17°? Et rapporte-moi la dimension exacte

du Carnet Mondain. Tu sais que je fais M"° Vigée-Lebrun. Ne l’oublie pas dans la liste. N°y a-t-il pas une dame aimable, comme Jeanne Hachette, aussi à faire ? À bientôt. J’ai rapporté de Belgique quelques frontispices aimables. Amitiés à toi et beaux compliments à M'° Prunaire. FÉLy.

Il fait froid — il fait gris, mais je reste ici parce qu’il n’y a que les champs qui me guérissent du spleen terrible que m’apporte toujours le mois de janvier — sans raison. — C’est un mystère de ma nature, une « idiosyncrasie ». Je crois que les médecins appellent comme cela tout ce qu’ils ne comprennent pas.

LETTRES DE ROPS

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