A DIVERS
La Roche-Claire (sans date).
Mon cher Nys,
Je ne serai pas à Paris avant mercredi matin. D'ici là, vous aurez probablement vendu les trois dessins. — Je vous ai dit mon dernier prix : 125 francs les trois. « Pas un centime moins. » C’est un prix « plus » que bon marché et que je fais pour vous, spécialement. Donc, à mercredi. Je passerai la soirée à la maison. Si vous voulez venir après votre diner, vers 7 30, je serai libre.
Je vous serre affectueusement la main.
F. Rorps.
Mon cher Baujoin,
Je ne vous écrirai que trois lignes. Le roman me paraît, non pas « fort », mais « joli ». Vous voyez que je suis franc, brutalement franc. Dans un mois, je ferai donner les deux cahiers à Schnée avec deux petits dessins. Il acceptera, j'espère.
Je vous serre la main.
Félicien R.
Faites-moi donc quelque chose d’anodin pour le Musée des Familles, une petite nouvelle xix° siècle, avec quelques types bourgeois. — Cela réussit toujours. — Je ferai deux dessins pour cela.
Paris, 17, rue Drouot.
Mon cher Monsieur Monselet,
Notre ami Camuset vous dédie un aimable livre. Tant pis si je fais une indiscrétion, j'en suis obligé! Pour ce, il me demande de reproduire « sur l’airain des âges » un croquis de vous qu’il m'envoie et que je trouve grossier. — Je ne veux pas gâter votre physionomie plus olympique qu’olympienne. Je viens donc vous demander effrontément votre photographie et vous prier de me l’envoyer le plus vite possible, 17, rue Drouot.
Mais, attention ! Pas de coquetterie : je ne veux pas le Monselet qui faisait rêver les petites Nantaises, ni le Monselet coqueluche des grisettes de Bordeaux, ni même du Monselet dont les mots empéchaient le champagne de Dinochaux de mousser. Je veux le Monselet que nous abordons au boulevard avec toute la déférence que doivent avoir ceux qui aiment le vin de l’Esprit Gaulois, sans coupage, et qui saluent en vous son Château-Margaux !
Si vous avez plusieurs épreuves de la photographie demandée, je garderai votre portrait, sinon je vous le renverrai avec regret, mais avec loyauté !
Je vous serre la main bien amicalement mais bien respectueusement aussi, croyez-le, en bon buveur de vin dont je parlais ci-dessus.
Félicien Rops.
(Gallo-Romain. Belge libéré.)
À M. Degroux (Hôtel de l’Oratoire, rue Saint-Honoré).
29 août 1891.
I n’y avait besoin que de votre nom à vous, mon cher Monsieur, pour être reçu avec plaisir en mon grenier! Vous y ajoutez celui de votre père qui fut un grand artiste et l’un de mes plus regrettés compagnons de lutte, et celui d’Eugène Demolder : cela n’en vaut que mieux. Je serai chez moi aujourd’hui jeudi, de 2 à 5 heures, et demain vendredi, de 8 à 11, et à votre disposition.
Je vous serre affectueusement la main.
Félicien Rops, 1, place Boïeldieu.
N'oubliez pas surtout, mon cher Degroux, que, pour la rue Saint-Marc, je suis M. Brunel, ingénieur à Fontainebleau. N'oubliez pas. À vous bien. -— F. R.
LETTRES DE ROPS
Au même.
11 septembre 1891.
Je serai, le 14 septembre, à Paris, c’est-à-dire lundi prochain. Si vous pouvez venir dans l’après-midi, nous causerons tout à notre aise de ce qui vousintéresse. S'ils ne sont pas encore arrivés (je parle des ors belges), il serait, je crois, nécessaire de tâcher de hâter leur apparition par quelques lettres réchauffantes. Écrivez à Demolder, à Knocke; dites-leur que je vous ai fait part des bonnes intentions de vos amis, que vous comptez sur leur amitié dévouée et que, s'ils peuvent, vos dettes payées ici, vous assurer 200 francs par mois là-bas, vous travaillerez encore pendant un certain temps en Belgique, avant de revenir à Paris, pour y faire une Exposition sérieuse. Il est bon de ne pas laisser refroidir la bienveillance de vos amis. Je crois, mon cher Degroux, que ce parti est sage, même au point de vue de votre prochaine réussite ici. Songez que rien n’est plus fatal pour un peintre, à Paris, que de devoir tirer le diable par la queue, comme disaient nos ancêtres. La queue vous reste presque toujours dans les mains, et l’on tombe cul en terre. Un artiste est tout de suite « coté », et il lui faut des années alors pour se faire payer, de ses œuvres, un prix raisonnable. En Belgique, vous pouvez vendre le prix que vous voudrez, vous n’en souffrirez guère, plus tard ; mais à Paris, ce n’est pas la même chose et vous pâtiriez longtemps de la difficulté de vos débuts.
Donc, à bientôt, mon cher Degroux. Si vous aviez un bout de peinture disponible dans quelques jours, je connais un amateur qui vous en donnerait une centaine de francs. Ce n’est rien, mais il y a des heures dans la vie où un « rien » est énorme. J’ai passé par là.
Je vous serre très affectueusement la main.
Félicien Rops.
Au même.
14 octobre 1891.
Je serai, le mardi 20, à Paris. Je suis malade depuis mon retour et j’ai été repris d’une poussée de fièvre intermittente, mon reliquat de Laponie. Je n’ai pu
écrire à Bloy ; mais, « sans faute », je le ferai, aujourd’hui. En revanche, j'ai écrit à Destrée et à Demolder, à votre endroit.
Bon courage, mon cher Degroux ! « Ne vous mangez pas les sangs », comme on dit à la Villette, pour ou contre les questions étrangères à votre art. Les artistes qui n’ont pas encore fait leur œuvre, doivent porter le fruit de leur cerveau avec toute la sollicitude, le respect et la tendresse préventive qu'ont les mères en gestation pour le fruit de leurs entrailles.
Moi, je suis assez dégoûté de Paris. C’est pour cela que je vis dans les arbres, loin du reportage et des reporters. Et ainsi je peux, comme le recommande Ruysbroeck l’Admirable, «me réjouir au-dessus du temps, quoique le monde ait horreur de ma joie et que sa grossièreté ne sache plus ce que je veux dire! »
Croyez, si peu probante qu’elle ait pu être, à ma vive amitié : et si je vous en veux un peu, c’est de m'avoir fait sentir, ne pouvant vous venir en aide, le regret que l’on peut avoir de ne pas être riche, quelque fierté intime que je ressente de m'être gardé gueux en ces temps où les artistes patentés triquent à la toile, comme queues-rouges en foire.
A vous, de belle amitié.
Félicien Rops.
20 décembre 1892.
Mon cher Bailly CS
Enfin, me voilà débarrassé — ou à peu près — de tous mes ennuis, et je me sens bien portant. Savez-vous que voilà un an, — le 5 janvier, il y aura un an, — que jai été griffé par le Destin. Dites, s’il vous plaît, à M. Pierre Loys (sic), — que je n’ai plus vu depuis son départ de Londres, — que, fin courant, il tiendra son dessin, irrévocablement, et que je lui adresse pour tous ces retards mes plus humbles excuses.
(1) Éditeur des œuvres de Pierre Louÿs.
FROPS , del.