‹ Roquesante, 1619-1707Chapitre 15 sur 40 · GI · texte numérisé non relu

GI

Voici comment s'exprime cet auteur ^^^ : « Comme

« la Chambre des enquêtes est plus nombreuse que les « autres, elle était aussi fortement cabalée et dés lors je « me joignis avec Messieurs d'Oppéde '^^K de Roquesante et « autres de la chambre que je jugeay les plus habiles et

« les plus considérables » Après avoir fait l'éloge de

l'amitié avec les auteurs anciens, il ajoute :

« Je nomme particulièrement ces deux personnes

« parce qu'il en sera parlé beaucoup dans la suite

« Je travaillais doncques en sorte que la Chambre des « enquestes se rendît la plus considérable du Palais, parce « que l'intrigue ayant partagé les autres dans les dififé- « rentes inclinations ou inlérest des particuliers, celle-cy « estoit unie et la voix de l'un estoit celle de toute la « chambre, parce que nous estions toujours dans les cham- « bres assemblées d'un mesme advis. Nous avions pour « objet de ne nous partialiser point dans les intrigues de « M. d'Angoulesme ny de M. Du Bernet ^^'^ mais de nous « déclarer pour celuy qui nous paroitrait plus advantageux « pour la dignité de la compagnie et pour le bien de la (' province

« En cet estât nous avions aydé à traverser

« l'exécution de Tédict des experts jurés, mais parce que « la nouvelle proposition de l'édict de la Chambre des re- « questes me paroissoit plus préjudiciable et d'une plus

(1) Page 16 des mêmes mémoires.

(2) Le président de Régusse comme le premier président Forbin d'Oppède n'élaienl encore que simples conseillers.

3) Le gouverneur et le premier président étaient en hostilité violente.

« fascheuse conséquence, je résolus avec mes amis de nous « y opposer de toutes nos forces. »

Quelques lignes plus bas le président de Régusse parle encore de l'opposition que ses amis et lui voulaient donner à l'enregistrement de l'édit mentionné ci-dessus et que le gouverneur avait su faire entériner par violence ; il dit que cette opposition fut rendue difficile par « l'absence du premier président, la timidité des présidents à mortier et le désir que certains conseillers avaient d'obliger M. d'Angoulesme. »

En 1643 le conseiller de Régusse fut nommé président. Nous savons que Roquesante fesait encore partie de la Chambre des enquêtes lors de l'événement arrivé deux ans après à Saint-Sauveur. Nous allons retrouver les deux amis et M. d'Oppède compromis ensemble dans une manifestation un peu vive de leur hostilité contre les conseillers des requêtes.

Voici, en efïel, comment s'expriment encore les mêmes mémoires :

« II arriva que Messieurs du Parlement ayant

voulu le jour de la Feste-Dieu troubler les officiers des requestes à Saint-Sauveur, lorsqu'ils y venaient prendre place selon leurs rangs, bien que la contention ne fust qu'entre les conseillers aux enquestes et les dits officiers, je ne laissai pas d'être compris dans l'interdiction ordonnée par arrêt du conseil »

On remarquera l'intention formelle de l'auteur de ne point donner la qualité de conseillers au Parlement aux officiers des requêtes, et on reconnaîtra combien il devait être réputé l'âme de toutes ces querelles, puisque survenues,

semble-t-il dire,. en dehors de sa participalion, il n'est pas moins au nombre des accusés.

Que sétait-il donc passé dans la cathédrale de Saint- Sauveur? Une page du livre de raison du premier président de Forbin d'Oppéde, compromis aussi en cette circonstance, citée par M. l'abbé Rance dans les notes sur la vie de ce magistrat ^^ et les termes de l'arrêt du conseil du roi

qui intervint, nous disent : « Une contention pour

raison de chères dans le chœur de l'église, avec blasphèmes, excès, insultes, voies de fait même contre les conseillers des requêtes de Trimond et de Gauthier ^^^ »

Le président de Gauffridy à son tour, dans ses mémoires sur la Fronde en Provence ^^^ après avoir rappelé que plusieurs magistrats, notamment l'avocat général de Cormis elle conseiller de Guérin, avaient déjà été l'objet d'une enquête de la part du roi, probablement à cause de leur hostilité contre lui, s'exprime ainsi, p. 162, au sujet de cette affaire de Saint-Sauveur :

« 1 ®^ juillet 1 645 : arrêt du conseil du roi portant

citation personnelle de Messieurs le président de Régusse,

(1) Voira la fin du chapitre XVHI une noie sur cet ouvrage de M l'abbô Rance.

(2) Nous avions en vain fait rechercher dans les dépôts publics à Paris la correspondance de l'intendant Champigny qui est indiquée plus bas comme ayant adressé à la Cour un rapport sur cet incident arrivé à Saint-Sauveur, lorsque nous avons trouvé dans le3 notes de M. l'abbé Rance, dans le môme travail sur le premier président d'Oppéde, que celte correspondance était aujourd'hui aux archives de Saint-Pétersbourg.

(3) Ces mémoires sont imprimés dans le môme volume et à la suite de ceux de M. de Résusse.

d'Oppéde, de Saint-Marc, Sinnier (Segnier), Raphélis^'^ »

Il ajoute ensuite :

« Le nouvel archevêque d'Aix ^^Mntercède pour

ces interdits auprès de la reine-mère et de son frère le cardinal M. Thomassin, député du Parlement à la Cour,

l'écrit de la sorte aux dits interdits et les exhorte à rendre

de grands honneurs à l'archevêque venant à Aix A la

nouvelle de l'arrivée de l'archevêque, M. de Régusse et les autres interdits vont à Avignon »

Et plus bas :

« Janvier 1646 : départ de M. de Régusse pour

satisfaire à l'arrêt de citation. Tous les autres interdits avaient pris la résolution de partir aussi, mais n'ayant point eu d'argent du Parlement, s'arrestérent »

Le président de Régusse raconte précisément dans ses mémoires, p. 22, que, muni de bonnes recommandations, il fut à Paris où, dés le lendemain de son arrivée, il reçut avis de son rétablissement dans sa charge.

Le 1 ®^ juillet 1 645 le conseil du roi avait, en effet, rendu un arrêt que visent les notes citées plus haut du président de Gauffridy et que nous rapporterons m extenso dans notre volume de supplément et pièces justificatives.

Cet arrêt ordonne à l'intendant de Provence, Champigny, d'informer contre les excès, blasphèmes, voies defaitaux-

[\) Le nom de Raphélis est estropié dans le texte et remplacé par celui de Rapsadhy. Nous regrettons que lors de l'impression le correcteur des mémoires ait laissé ainsi ce nom dont l'étrangelé aurait au moins dû attirer son attention.

(2) Michel Mazarin, auquel son frère le cardinal-ministre venait de faire donner l'archevêché d'Aix.

quels MM. de Régusse, Roquesante, d'Oppéde et autres se sont portés contre les conseillers aux requêtes notamment MM. de Trimond et Gautier. Il rappelle que ces magistrats doivent être regardés comme membres du Parlement et que c'est pour ne pas avoir été considérés coinme tels par leurs collègues, que S. Majesté a cassé l'arrêt de réception de M. de Régusse comme président. Il ajoute que les accusés seront interdits de leurs fondions jusqu'à nouvel ordre et devront venir se justifler en personne à Paris des plaintes portées contre eux.

A la suite de cet arrêt qui fut signifié aux intéressés, voici en quels termes les archives du Parlement enregistrent la suspension de ses officiers ^'^ :

« Sont venus dans la Chambre MM. deGrimaud,

président, Segnier, Meynier ^'■^\ Saint-Marc et Raphélis, conseillers, qui ont dit que leur ayant été signifié un arrêt du roi d'ajournement personnel à la requête des officiers aux requêtes portant interdiction, ils avaient cru être obligé de le faire savoir à la chambre afin qu'elle ne leur imputât s'ils ne continuaient pas le service dans ce mois, leur dessein étant de partir au plutôt pour satisfaire à ladite assignation. ))

Ce ne fut que l'année suivante que M. de Roquesante et ses collègues interdits comme lui, obtinrent leur grâce.

'r Archives du Parlement; délibérations, années 1645,46 à la Méjanes, vol 952.

(2) Le M>* d'Oppède est ici appeié du nom de sa bisaïeule Anne de Meynier auquel il avait été substitué, il était fils d'Anne Vincent de Forbin-Meynier baron d'Oppède, qui avait été premier président de 1621 à ^GM et de son second mariage avec Aimare de Castellane de la Verdière.

Page 1