CHAPITRE V
Le Parlement semestre. — Continuation de la guerre civile en Provence. — Le premier président de Forbin d'Oppcde. — La journée de la Saint- Valentin. — Rôle de Roquesante.
Au milieu des événements plus considérables qui marquaient presque chaque jour l'hoslililé entre le parlement et les officiers de la chambre des requêtes, l'incident de Saint- Sauveur, bien que rinlerdiction qui en avait été la suite pour plusieurs membres de la compagnie ait subsisté pendant prés de vingt mois, avait passé comme inaperçu.
« Us ne se contentaient pas de s'en prendre à nos
« charges, dit le président de Gauffridy en parlant des « officiers du parlement ^'^ ils ont attaqué nos personnes « et dans les lieux les plus saints, ils nous ont chargé d'in- « jures et de coups. Il y a 4 ans et plus que nous étions « dans cette persécution, les troubles augmentaient tous les a jours par de nouvelles contentions. On nous avait mis « dans un état déplorable d'être exclus de toutes les céré- « monies publiques et particulières, d'être privés de toutes « les compagnies ; il nous fallait vivre dans Aix comme
« des analhémes Le conseil du roy était lassé de mes
« lettres et de mes plaintes continuelles que j'étais con-
(1) Mémoires, cliap. XI, p. 236.
M trains de lui porter... je me résolus de consentir au « semestre. »
Desoncôléle président de Régusse de dire (Mém., pages 25, 26.)
« En ce lemps-là, 1647, les contentions d'entre le
« parlement et les officiers des requêtes avaient lassé le M conseil du roy par les continuels arrêts '^^ qu'il avait esté « obligé de donner pour maintenir les dits officiers aux a droits de leurs charges. M. le duc d'Angoulesme engagé « fortement dans la protection desdits officiers et cher- « chant un moyen pour finir lesdits contentions, presla « l'oreille à des propositions pour un semestre, soit que « celte proposition vint de la Cour, qui voyait par là encore (' le moyen de tirer des sommes considérables, soit qu'elle « vint de l'ambilion du sieur de Gauffridy, soit enfin de « l'aversion que M. de Champigny, l'intendant, avait pour « le Parlement. »
L'autorité royale pour en finir créa donc le semestre (janvier I6i8). C'était un nouveau parlement composé, comme l'ancien de chambres, de gens du roi, qui devait, pendant un semestre de l'année, remplir les fonctions judiciaires, ce qui permettait à l'autorité royale de faire pendant ce temps enregistrer parles nouveaux conseillers, entièrement à sa dévotion, tous les édits qui lui plaisaient, sans craindre la moindre opposition. Les officiers de la chambre des requêtes eurent les places d'honneur dans ce nouveau parlement qui comprit trois présidents, trente conseillers, un procureur-
(1) Le conseil du roi avait rendu jusqu'à vingt arrôls qui n'avaient abouti à rien.
général et deux avocats-généraux. Au siècle suivant le chancelier iMaupeou avait mieux fait encore, puisqu'il avait cassé et exilé les officiers de tous les parlements pour les remplacer par d'autres magistrats dévoués et obéissants.
On comprendra avec l'orgueil et la puissance du corps parlementaire quel incendie alluma cet événement. Les avocats, les procureurs, les huissiers refusèrent leurs services.
L'irritation et la fureur furent à leur comble quelques mois après quand on vit prorogés, au-delà de six mois, les nouveaux magistrats dans l'exercice de leurs charges. Les barricades se levèrent dans les rues d'Aix et de nouveau le pillage, l'assassinat, la guerre civile furent en permanence. La Cour y répondit en exilant encore hors de Provence un grand nombre de magistrats.
Mais ce coup d'autorité ne fit qu'accroître la fureur de l'ancien parlement qui se voyait dépossédé : en quelques jours il mit sur pied de petites troupes qu'il entretint ; on vit ses membres à cheval ou la pique à la main prendre le commandement des régiments ou des compagnies.
La journée de la Saint- Sébastien, 20 janvier 1649, restée célèbre dans les fastes de l'histoire d'Aix, sembla un moment donner la victoire aux parlementaires : le comte d'Alais, leur ennemi, était battu et même prisonnier, et momentanément leurs partisans reprirent leurs fondions et eurent pour premier soin de casser les arrêts qui avaient été promulgués contre eux. Mais le prince, vindicatif comme un Valois, disait-il lui-même ^*\ furieux plus que jamais de l'opposition et des insultes graves dont il était l'objet, s'as-
1) Le comle d'Alais clail le pelll-Uls naluiel du lui Charles IX.
sura, une fois rendu à la liberté, le concours d'une pariio de la noblesse do Provence, jalouse du parlement, fit venir des troupes du Languedoc et recommença la lutte en s'emparant des divers villages ou châteaux des environs d'Aix appartenant à ses ennemis, et il finit môme par se rendre maître de cette ville.
Le cardinal Bichi ^^\ l'archevêque d'Arles Adhémar de Grignan, le comte de Carces, grand sénéchal, avaient vainement cherché à mettre leur bienfaisante intervention au service des beliigéranls ; ils n'avaient obtenu qu'une paix momentanée, car une nouvelle levée de boucliers eut bientôt lieu, soutenue en grande partie par l'argent du président de Régusse qui mit sur pied et entretint de nouvelles compagnies en armes à Riez et à Moustiers.
La lutte des partis, favorisée par la faiblesse du pouvoir royal engagé dans ses malheureuses guerres de la Fronde, se maintenait depuis plusieurs années avec des phases diverses pour les uns et les aulres et menaçait de s'éterniser. L'animosilé des deux côtés se montrait si vive qu'aucun ordre supérieur, aucun conseil n'étaient plus écoutés et que les armes ne pouvaient s'abaisser. Enfin la Cour eut l'heureuse idée d'envoyer le comte de Saint-Aignan ^^^ premier
(1) Alexandre Bichi, évêque de Carponiras, d'une grande famille italienne, fils d'une Picolomini ; d'abord nonce auprès de Louis Xllf, le pape lui avait donné on 1 630 révêché de celte ville qu'il occupa jusqu'en t657. Ce fut un prélat grand seigneur ; il fil bâtir le palais épiscopal qui, aujourd'hui palais de justice, fait encore l'admiration des étrangers dans cette ancienne capitale du Coratal et sur la façade duquel on lit son nom respecté par les révolutions.
(2) François de Beauvillers, comte puis duc de Saint-Aignan, lieutenantgénéral, personnage fort important doué d'un grand tact et autorité. 11 fut |)lus tard le prolecleur de l'Académie d'Arles.
gentilhomme de la chambre de S. M., homme d'un caractère des plus fermes et énergiques, il parla avec l'autorité dont il était investi, menaçant le comte d'Alais de la colère du roi et de celle du cardinal, et parvint à calmer ce prince et à faire cesser cette guerre qui depuis trop longtemps ruinait le pays et l'inondait de sang. Le semestre fut supprimé et le parlement rentra momentanément dans la paix.
Nous n'avons rien trouvé de particulier sur Roquesante dans les mémoires du temps relatant les événements de ces guerres ; il dut aider le président de Régusse dans les agissements de leur parti et le soutien de leur cause ^^^. Nous savons que leur amitié ne se démentit jamais, tandis qu'en bien des circonstances le président dOppéde, qui avait pris le parti des frondeurs contre la Cour, se trouva en opposition avec eux.
Au premier président Bernet avait, en 1G44, succédé à la tête du parlement, et comme nous le disions plus haut, le champenois Jean de Mesgrigny marquis de Vandœuvres, favori du comte d'Alais. Abreuvé d'ennuis à son tour, depuis plusieurs années, celui-ci parlait hautement de sa résolution de se retirer.
La compétition qui, faisant suite à leur amitié, régnait entre les présidents de Forbin d'Oppéde et de Grimaldi- Régusse, pour la première présidence, n'était un secret
(I) Certains manuscrits, cités par M. Albert Savine dans son volume « le Semestre et le sabre en Provence, » à propos du coinbal de Vais, qui fut la principale roucunlro de ces guerres civiles, signalent /e sieu»- tie Grambois commandant une des compagnies de carabins entretenus par le Parlement. Roquesante ne possédait pas encore la seigneurie de ce nom ; on peut cependant admettre cjue c'est tle lui dont il s'i<git de préférence à M. de Gautier, alors âgé.
pour personne. Aux yeux du public ce dernier semblait assuré d'obtenir du roi la préférence , appuyé par le duc de Mercœur ; il avait aussi chaudement tenu en Provence la cause royale lors de la Fronde, et à son grand mérite il joignait encore son ancienneté sur son concurrent. Tandis que M. d'Oppéde, bien que fort distingué par sa grande naissance et ses hautes qualités personnelles, par le souvenir de ses aïeux, s'était si carrément prononcé pour le parti des princes contre le roi et le cardinal-ministre, que personne ne doutait du choix qui serait fait de son compétiteur. Mais plus insinuant et moins confiant en lui-même, d'Oppéde avait été à Paris et avait mis tout en œuvre pour réussir, faisant à Mazarin une cour des plus assidues ; il avait su largement aussi user de la clef d'or autour de ce ministre tout puissant ; il s'entendit discrètement avec le premier président de Mesgrigny, alors à la Cour, et lui offrit au-delà des 175 mille livres que lui donnait de sa charge M. de Régusse^^l Le marché conclu, il s'assura de l'agréement du cardinal, et supplanta ainsi son compétiteur qui, au fond de la Provence, comptait sur son seul mérite. Le 23 septembre 1655^^^ il écrivait au parlement d'Aix la lettre suivante annonçant sa nomination :
« Messeigneurs ,
« L'honneur que je viens de recevoir d'être nommé et « pourvu par le roy de la charge de premier président de
(i) On croit que M. d'Oppéde paya 200 mille francs sa charge ; les mémoires de ce masistral disent seulement 180 mille, nous dit M. l'abbé Ranco.
(2) Uegislrc des délibérations du parlement, année 1655.
« la compagnie m'esl un nouveau lien à voire service qui
« me sera toujours plus cher que toutes les choses du
« monde. Je vous supplie, Messeigneurs, d'agréer ces pre-
« raiers respects en attendant que je me puisse rendre prés
« de vous et par mes actions vous donner des preuves de
« mon zélé ; je souhaiterois avoir en moy tout ce qui serait
« nécessaire pour l'importance de celte charge ; mais
« comme les plus grands hommes du royaume composent
« votre illustre compagnie, je n'auray qu'à suivre vos
« exemples et vous présenter pour toute excuse les trois
« des miens qui ont rempli cette même place et vous faire
c souvenir qu'en toutes rencontres j'ay eu passion de vous
« servir. Je le vous continueray toute ma vie et feray gloire
« pour le service du roy et le vôtre en occupant tous les
(c moments que je sacrifieray avec joye pour ce sujet et
« avec les mêmes sentiments que je suis, Messeigneurs,
« vôtre ,etc.
« Signé : Oppède.
« De Paris, le 23 septembre 1655. Mss. 954. »
Le 25 novembre suivant d'Oppéde faisait son entrée solennelle dans Aix au milieu des acclamations de la ville et du peuple charmés de voir, comme autrefois, un de ses compatriotes et membre de son parlement élevé à la première présidence ^^^ Presque en même temps que lui arrivait aussi à Aix le cardinal Grimaldi qui venait prendre pos-
(I) En même temps le nouveau premier président recevail du roi le brevet d'une pension de 3,200 livres « en considération des bons services qu'il avait rendus au feu roi et pour qu'il oit plus de moyens de s'entretenir selon la 'Ji^rnilo de son nouvel office. »
session du trône archiépiscopal laissé vacant, depuis sept ans, par la mort du cardinal Michel Mazarin.
Des difficultés ne tardèrent pas à assaillir le nouveau chef du parlement, ourdies clandestinement par son compétiteur malheureux. Celui-ci, en effet, réussit d'abord à brouiller le cardinal-archevêque avec le premier président ; profitant ensuite de l'hostilité qui régnait entre le marquis de Cordes, grand sénéchal de Provence, héritier du comte de Carces son oncle, et les Forbin d'Oppède, il parvint à soulever contre son chef une partie du peuple et de la noblesse et certains membres même du parlement. Le président de Bras ^^^ devint la tête avérée de cette opposition, et à côté de lui marchaient les conseillers de Leydet de Sigoyer ^^\ de Barreme ^^\ et autres.
On accusa, à propos des élections consulaires à Marseille et à Draguignan, les partisans de M. de Régusse de chercher des occasions de révolte : Mazarin, soutenant chaudement M. d'Oppéde, sévit avec vigueur. Régusse, le marquis de Cordes et bon nombre de leurs amis du parlement furent exilés. Mais dans le peuple les mutins ne cherchaient qu'une occasion de faire du bruit et de prendre au besoin les armes ; cette occasion se présenta bientôt.
Un jour de février 1G59 les cadets d'Estienne et de Mouriés, gentilshommes d'Aix^'-\ à la suite d'une rixe plus
(0 Voir au supplément des noies sur ces personnages, notamment sur le conseiller de Barreme.
(2) Nous aurions lieu de croire qu'il s'agit ici dun Honoré d'Estienne du Bourguet, fils du greffier Jean, et de son cousin, un Clieylan sieur de Muuriès, fils du Toi, et de Jeannette d'Estienne.
ou moins clierchcc, blessèrent gravement de trois coups de feu à Bouc, sur la roule de Marseille, le lieutenant du prévôt de la maréchaussée le sieur de Barate , un des cabaleurs les plus violents contre le premier président. La nouvelle de ce crime n'eut pas plus tôt été portée à Aix par le prieur de Lenfant qui revenait de Marseille, que les amis du dit Barate en prirent sur le champ prétexte de se soulever contre M. dOppède, alléguant que les assassins, ses partisans et amis, demeuraient impunis.
Un grand nombre de jeunes gens de la ville, formant la coterie des inant eaux gris , se mettant aussitôt à en parcourir certains quartiers, font mutiner la populace. Des groupes nombreux et en armes se forment de tous côtés, criant à la trahison et se portent à l'hôtel du premier président ^^\ Instruit que cette multitude le demandait pour victime, ce magistrat, au lieu de fuir, trouva au contraire son salut dans son énergie et son courage : faisant approcher son carrosse, disent les historiens de Provence et du parlement auxquels nous empruntons ces détails, il se rend au palais ^^\ affectant de traverser lentement cette foule tumultueuse. Saisis par la majesté de ses insignes, le calme de son maintien, la dignité de sa personne et l'affabilité de ses manières, les émeutiers suspendent tout à coup leur fureur et n'osent se livrer au moindre acte contre sa noble personne.
Arrivé au palais, les magistrats accourent s'assembler
(i) Aujourd'hui l'hôlel de la FacuUé des Lettres presqu'en face de la cathédrale.
(2) Le Parlement siégeait dans une des ailes du palais des anciens comtes de Provence.
autour de leur chef. Mais le peuple, revenu de son élonnement, reprend bientôt son délire, demandant à grands cris que le premier président, qu'il appelle traître et voleur, lui soit livré. Les consuls ^^^ accourus veulent entrer dans le palais, témoigner au chef de la Cour de leur dévouement personnel ; ils n'arrivent qu'avec peine à franchir la multitude et encore au milieu des insultes et au péril même de leurs jours. En vain, à la demande des magistrats, essayent-ils de calmer la populace en délire ; en vain, à bout d'espoir, espèrent-ils encore y parvenir en lui députant le président d'Escalis de Bras, les conseillers de Roquesante et d'Agut, auxquels s'adjoignit l'avocat général de Galaup de Chasteuil, « qu'ils savent être les chefs des factions du parlement hostiles au président d'Oppede et parce que les liens qui les unissent aux chefs de la cabale inspirent plus de confiance par leur crédit auprès de ceux-ci, » dit l'historien du parlement ; mais, continue aussi M. Cabasse, le peuple dans sa fureur les repousse eux-mêmes et les rejette en les suivant jusques dans la salle des séances du palais dont les portes viennent d'être brisées.
La présence des sénateurs dignes et calmes, rangés sur leurs sièges, arrête de nouveau ces forcenés ; mus par une sorte de respect, ils sortent, il est vrai, du palais, mais pour courir de nouveau à l'hôtel d'Oppéde dans l'espoir d'en faire le pillage. Comme pour s'autoriser dans leur rébellion, ils laissent marcher avec eux les consuls et les magistrats Roquesante et autres qui, continuant à chercher
[\) Les consuls pour celte année étaienlJAndré d'Aube de Roquemarline, Jean Peyssonel, Alexandre de Michaëlis et Joseph Redortier.
à les calmer cl à les empocher de commettre quelque crime, s'étaient mis à les accompagner à travers les rues de la ville. Les gens de l'hôtel d'Oppède, mis en défense, voyant arriver cette foule ayant à sa tète les magistrats qu'ils savent être les ennemis de leur maître, font feu sur elle et la repoussent énergiquement ^^^
Les émeutiers redescendent de nouveau au palais, réclament toujours leur victime avec de sinistres hurlements. La situation devenait de plus en plus difficile : les amis du premier président l'engagent à fuir par une porte dérobée, mais lui de leur répondre « quil restera jusqu'au bout au poste que le roi lui a confié. » Son air imposant glace encore les séditieux qui hésitent à franchir le seuil de la salle où étaient réunis les magistrats.
Le cardinal Griraaldi cependant, averti de ce qui se passait, bien qu'en froid avec le marquis d'Oppéde, n'avait pas hésité un instant de monter en carrosse et d'accourir auprès de lui. Fendant la foule, qui s'écarte devant sa dignité et le respect qu'inspire sa personne sacrée et sa robe, il arrive droit au premier président, le prend par la main et, lui jetant son manteau sur les épaules, le conduit à son carrosse à travers la foule, escortés tous deux de nombreux magistrats, et l'emmène de là à son palais. La populace les suit en hurlant, frappant même à coups de
[i) On nous a fait remarquer avec raison que ces détails sont partout imprimés et connus de tous les lecteurs ; nous sommes de cet avis, mais nous estimons que, soit par l'intérêt qu'ils offrent, soit parce que le nom de notre conseiller s'y trouve quelques fois môle, nous ne pouvions pas les passer sous silence, car enfin l'histoire de Roquesante est un peu celle du parlement pendant les années où il on a fait partie.
poignards le derrière du carrosse et arrive avec eux à l'archevêché ; là encore le cardinal, par son énergie, fait de nouveau reculer les émeuliers.
La vie du premier président est hors de danger, mais le peuple se répand dans les rues ; de tous côtés on entend sonner le tocsin , et les amis de M. d'Oppéde effrayés , croient prudent pour leur vie de sortir de la ville. L'archevêché, d'autre part, est gardé à vue nuit et jour par les factieux, et le premier président y est considéré comme prisonnier pendant que ses partisans n'osent s'aventurer dans les rues, encore moins le délivrer. Enfin les consuls, Roquesante et d'autres conseillers demeurés dans la ville haranguent le peuple et parviennent à le faire rentrer dans le calme et la tranquillité.
Le duc de Mercœur ^^\ gouverneur de la Provence, était durant cette émeute à Toulon où son service l'avait appelé ; averti, il se rapprocha à la hâte de sa capitale, levant sur son chemin des troupes, et vint avec elles s'installer au château de Saint-Marc ^^\ Mais ayant appris que les mutins s'étaient calmés, que M. d'Oppéde, après dix jours de séquestration, était rentré dans son hôtel, il se rendit à Lambesc où il fit assembler les communautés en même temps qu'il levait les milices. Il y fut rejoint par le premier président, et tous deux, quelques jours après et au milieu
(1) Louis de Vendôme duc de Mercœur et d'Etampes, petil-fils naturel d'Henri IV (voir plus bas une noie qui le concerne).
(2) Le même qui appartient de nos jours au baron Philippe de Fonscolombe, substitué par adoption aux biens et noms de son parent, le baron de Meyronnel de Saint-Marc.
d'un appareil militaire imposant, faisaient en vainqueurs leur rentrée dans la ville d'Aix.
C'est celte émeute du i 4 février 1 659 qu'on a appelé dans l'histoire de Provence h journée de la Saint-Valentin.
Les principaux auteurs de ces événements ne tardèrent pas à être arrêtés, quelques-uns, de basse extraction, eurent à subir la roue ou les galères ; les présidents de Bras et de Cormis et avec eux les conseillers de Barreme, de Leydet et autres furent saisis et enfermés ensuite au château de Pierre-Encize, à Lyon ^'l Quant au président de Régusse, il était déjà depuis plusieurs mois interné à Issoudun, mais ses fils et bon nombre de jeunes cadets d'Aix de leurs amis et partisans furent aussi arrêtés.
Il ressort de ces faits, sur lesquels nous nous sommes un peu étendus au-delà de ce que comporterait notre sujet, que le conseiller de Roquesanle y joua un rôle assez important, rôle de conciliation qui prouvait le cas que ses collègues, malgré ses opinions connues, faisaient de son caractère. On a vu qu'il ne fut pas compris dans les poursuites dirigées contre ses amis, ce qui indiquerait que, tout en conservant ses sentiments d'hostilité, il avait su aussi garder dans ses actes une modération qui lui faisait honneur et qui dut contribuer à la réputation qu'il s'acquit auprès même de ses collègues ^^K
(1) M. Ravaisson au 1. 1 , p. 32, de son histoire des archives de la Bastille donne in extenso les lettres-royaux adressées au duc de Mercœur pour procéder à l'arrestation et au transfert à Lyon des magistrats inculpés.
(2) Notre appréciation sur Roquesante s'est trouvée parfaitement corroborer avec une note que nous a fait l'amitié de nous communiquer M. de Rlbbe, extraite des « Documents secrets sur le personnel du parlement de Provence
Quelques mois après ces événements, en janvier 1660, le roi Louis XIV, le cardinal Mazarin et toute la Cour vinrent à Aix, ce dernier logea à l'hôtel d'Oppéde : une amnistie s'ensuivit, les magistrats en disgrâce reprirent leurs fonctions, à l'exception des présidents de Bras et de l'avocat général de Galaup dont les charges restèrent con- Gsquées.
envoyés au Roi sur sa demande en 1663 par l'intendant. » — Voir Correspondance administrative scus Louis XIV, p. 33, tome II, ainsi conçue : Uaffélis de Roquesante passe pour un des plus forts du Parlement ; n'a jamais été l'ami du premier président ; mais n'a jamais été pour cela compromis dans aucune des procédures qui ont été faites. Il faut noter que l'intendant de Provence était pour lors le premier président de Furbin d'Oppède lui-même qui remplissait ces fonctions depuis i66I.