‹ Roquesante, 1619-1707Chapitre 29 sur 40 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Eoquesante rentre d'exil. — Sa maladie à Paris. — So7i portrait et celui de sa femme, par Guy Patin.

Nous avons laissé Roquesante en exil à Quimper-Corentin. Aucun détail sur son séjour de deux ans dans celle ville ne nous est connu ; mais Guy Patin et d'Ormesson nous raconteront son retour à Paris '^^K

L'accueil que lui fait ce grave magistrat, son ancien collègue à la Chambre de justice, la manière dont Guy Patin parle de lui, prouvent qu'il ne passait pas aux yeux de l'un et de l'autre, ni du public dont ce dernier se faisait, disionsnous, toujours l'écho, pour un magistrat déshonoré.

Voici en effet ce que nous trouvons à la date du ]^^ juillet 1667 dans le journal de d'Ormesson :

« Ce mesme jour je fus voir M. de Roquesante, revenu « depuis quelque temps de Quimper-Corentin, malade. Je « le trouvais très faible, avec Madame sa femme qui est « bien faite et de bonnes grâces. Il tesmoigna une grande « joie de me voir et commença à me parler du procès de « M. Fouquet, dont il a encore l'esprit bien plein. Il « m'avoua queNoguèz '-^ lui avait dit, sur le fait des récu-

(1) M. Gauguet, conservateur de la bibliothèque de cette ville, a, en vain, recherché pour nous, dans les dossiers confif^s ù sa garde et au\ archives départementales, la trace du passage à Quimper de l'exilé provençal.

[i] M. de Noguès, le conseiller du parlement de Pau et qui avait volé pour la mort, avons-nous vu.

« salions *\ qu'il fallait se relascher en ce point pour se « réserver sur le jugement, parcequ'il ne croyait pas pouce voir eslre de Tadvis de la mort ; que Foucault l'avait « sollicité de se rendre sçavant dans ce procès pour me court tredire et iuy avait dit que l'on ne faisait pas fort sur les « pensions ny sur le pi^ojet ^-^ Qu'en outre on lui avait « proposé de le mettre rapporteur, au lieu de M. de « Sainte-Hellène, pour prendre l'avis contraire au mien, « et enfin qu'il avait vu tant d'infamies dans la conduite « de cette affaire qu'il en avait eu horreur ; qu'enfin aussi « Berryer lui avait dit qu'il le verrait un jour grand sei- « gneur, s'il le voulait croire. »

Plus bas le même auteur ajoute : « le mercredi 13 juillet, je fus voir encore M. de Roquesante. »

Les détails que donne Guy Patin offrent un intérêt plus saisissant encore :

« J'ai une nouvelle à vous dire qui me réjouit ^^^ c'est « que quelques semaines après le jugement de M. Fouquet, « un des juges de la Chambre de justice, nommé M. de « Roquesante, conseiller au parlement de Provence, fut « exilé et envoyé en Basse-Bretagne où il a demeuré jus-

(1) Dans le cours du procès, Fouquet avait demandé la récusation des deux commissaires, Voisin 3l Pussort. Plusieurs juges avaient volé contre cette demande persuadés que ces deux magistrats auraient assez de dignité pour se retirer d'eux-mêmes une fois que la Chambre aurait prononcé en leur faveur ; mais ils ne le firent pas, dit d'Ormesson.

(•2] Ciiefs d'accusation contre le Surintendant, énumérés dans les détails de son procès et expliqués par les divers auteurs qui ont parlé de cette cause.

(3) Lettre du 8 mars 1667 à son ami Falconnet, docteur en médecine de Lyon.

« qu'à présent. Sa femme est venue soliciter sa délivrance

« et l'a enfin obtenue, si bien qu'il a permission de s'en

<t retourner en sa maison. C'est une grâce que le roi lui a

« faite dont je suis aise ; car, quoique, je ne l'aie jamais

« vu, je l'honore sur ce que j'apprens qu'i7 est fort homme

« de bien, grand esprit et très sçavant ; mais, comme beau-

« coup d'autres, malheureux. On dit qu'il n'est pas riche,

« ce qu'il a de commun avec quantités d'honnêles gens.

« Abdolominus, roi des Tyriens, était fort homme de bien,

« mais il était pauvre et la cause de sa pauvreté était aussi

« sa grande probité. »

Quelques semaines plus tard, à la date du 3 mai, Guy Patin donne encore à son ami les nouveaux et intéressants détails suivants :

« M. de Roquesante, conseiller au parlement de Pro- (( vence et à la Chambre de justice qui parla si forte- « ment et si heureusement pour M. Fouquet est ici de « retour de Bretagne, où il a été exilé quelque temps ; « il est malade, j'y ay esté appelé en consultation ; j'espère u qu'il guérira ; je le trouve fort habile homme et plus que « ne sont ordinairement les provençaux, car ces gens-là « pipent (*^ plus en esprit ou en fourberie qu'en science ; « ils sont trop glorieux pour apprendre avec peine et par « élude ; celui-cy passe tous ceux que j'ai connus. Je l'ay (' un peu entretenu en secret et en particulier, je le trouve « fort résolu et fort savant, c'est ce qui m'en a bien plû

[\) Piper, ancien terme fort en usage jadis qui signifiait tromper, leurrer. Pascal a écrit : le présent ne nous satisfait jamais, l'espérance nous pipe et nous mène jusqu'à la mort.

« et qui m'a fait refuser son argent, bien que sa femnae

« m'en ail fort pressée et qu'elle ait fait tout ce qu'elle a pu

« pour m'en faire prendre. Mais je lui ai dit que la vertu

0 de son mari que j'honore fort m'empêcherait de faire

(( celte faute.

« Celle dame provençale a fort bonne grâce et parle fort

« agréablement et en vérité elle est digne de louanges pour

« le soin qu'elle a eu et pour la peine qu'elle a prise de sol-

« liciter la liberté de son mari, à présenter des requêtes

« au Roy et à luy parler si sagement et si pathétiquement

« comme l'on dit qu'elle a fait : Vivent les gens de bien qui

« ont du courage et de l'esprit, il y en a bien qui n'ont ni

« l'un ni l'autre 1 »

Comme on vient de le lire cet éloge de Roquesante dans la plume de Guy Palin qui, fin appréciateur, fait plus souvent la critique que l'éloge des personnes dont il parle, suffirait seul à donner un certain relief au nom du conseiller du parlement d'Aix. Quant à l'appréciation émise sur les provençaux, inutile d'en souligner l'exagération, rappelant cette sorte de réputation qui, de nos jours, s'attache à la qualité de marseillais ou de gascons pour certains parisiens.

Nous verrons plus tard dans quels termes M"® de Sévigné parlera de M. de Roquesante dans ses lettres à sa fille, vivant au milieu des Provençaux, dont elle se moquera quelques fois aussi.

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