‹ Roquesante, 1619-1707Chapitre 31 sur 40 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

La marquise de Sévigné et son amitié pour Roquesante, d'après sa correspondance avec M^^ de Grignan. — Le président de Réauville. — If™® de Sévigné vient en Provence ; sa visite à Grambois. — Roquesante obtient des lettres de conseiller honoraire du parlement.

Nous allons maintenant reproduire toutes les citations que nous retrouvons dans les lettres de M™^ de Sévigné ayant trait à Roquesante. On y verra à quel degré s'élevait l'amitié de la marquise pour notre Provençal et la reconnaissance qu'elle lui témoignait pour son exemple en faveur du Surintendant. Ces citations constituent certainement de nos jours la plus belle page de l'histoire de ce magistrat et lui font le plus grand honneur. Quoique déjà connues, car nous les lirons simplement de la dernière édition des lettres publiées par M. Régnier, nous les considérons comme les lignes les plus intéressantes de notre travail. Elles consacrent et affirment celte amitié que leur auteur accorda toute sa vie à notre héros, amitié dont le souvenir sera rappelé autant que vivront les lettres de cette admirable écrivain.

A la suite du décès de sa femme, Roquesante, plongé dans le deuil, la douleur et les affaires embarrassées de sa seigneurie, s'était retiré dans son château de Grambois. Ce n'avait été qu'au commencement de l'année 1672 qu'il

était revenu à Aix, et M™° de Grignan n'avait pas tardé en effet de parler de lui à sa mère. Celle-ci dés le mois de mars répondait ainsi à sa fille au sujet d'une recommandation sollicitée à Paris par son ami :

« Vous savez ce que m'est le nom de Roquesante

« et quelle vénération j'ai pour sa vertu ; vous pouvez a croire que sa recommandation et la vôtre me sont fort « considérables ; mais mon crédit ne répond pas à mes « bonnes intentions. Vous m'avez dit tant de bien du pré- « sident dont il est question, qu'on se ferait honneur de « le servir si on avait quelque voix au chapitre ; j'en par- « lerai au hasard, mais en vérité tout est si caché à Ver- « sailles qu'il faut attendre en paix les oracles qui en sor- « tent. Pour M. de Roquesante, si vous ne lui faites pas « mes compliments en particulier, vous êtes brouillée avec « moi'^*\ » (Lettre du 30 mars 1672).

Nous avions longtemps cherché de quel président il pouvait être question dans cette réponse de M"^® de Sévigné, lorsqu'un mot d'une ancienne correspondance nous a fait découvrir qu'il s'agissait du président de Réauville ^^^ qui venait d'épouser Gabrielle de Raffélis de Tertule, cousine

(0 M. Régnier, dans son excellente édition de M-^e de Sévigné, consacre, à propos de ce passage, une longue note pleine d'intérêts à M de Roquesante. Mais il commet à son sujet quelques petites erreurs, lui donnant les prénoms de M -J. au lieu de celui de Pierre, le gratiûant aussi du titre de marquis que ce magistrat ne prit jamais. Nous signalerons quelques autres minimes inexactitudes dans notre travail sur les Rippert et les Grignan et quelques lacunes dans les notes de cet auteur en d'autres endroits. C'est le travail des élèves qui arrivent après les maîtres de compléter les notes de ces derniers pour faire ressortir l'importance de leurs œuvres.

(2) Claude des Rollands de Réauville, soigneur de Cabannes, etc. , président aux Comptes. Il eut trois fils qui ajoutèrent à leurs noms ceux de Raffélis de

de Roquesaole et sœur du marquis de La Roque dont nous avons parlé plus haut et qu'il était question d'une faveur à la Cour que sollicitait M. de Réauville pour un de ses frères, capitaine de cavalerie.

Mais M"^° de Sévigné ne devait pas larder à venir ellemême en Provence, son cœur de mère ne pouvait supporter une plus longue séparation. Elle avait aussi à voir ce jeune Dauphin, son pelit-fils, qui faisait son admiration et que les Etals de la province avaient voulu tenir eux-mêmes sur les fonts baptismaux et appeler Provence.

La marquise eut bien souvent l'occasion, pendant les quinze mois qu'elle demeura dans le midi, de voir son ami Roquesante. Nous savons par tradition qu'elle accompagna un jour d'automne son gendre et sa fille dans une visite au château de la Tour-d'Ai^ues, d'où le lendemain elle fut avec eux à Grambois et qu'elle demeura longtemps sur la terrasse du château, malgré quelques gouttes de pluie, en admiration devant la magnifique perspective dont on y jouit de ce point, donnant sur les montagnes abruptes du Luberon et celles des Alpes au levant et au nord-est. M"^^ de Grignan répétait sans cesse, parait-il, qu'elle retrouvait dans ce paysage les panoramas de son beau château du Bas-Dauphiné.

Terlule. L'aîné lui succéda daus sa charge et ses nombreux litres, les deux autres furent chevaliers de Malte.

Son pelil-Ols mourut sans postérité mâle de son mariage avec M"e de Marignane en 1752. Un des oncles de celui-ci voyant sa postérité s'éteindre, quitta la Religion et épousa M"» de Monlvallon, mais il ne fut pas plus heureux que son neveu. Nous le trouvons mourir à Carpentras en i78i. et ce sont après lui les Venlo qui prennent les noms et titres de Raffélis Tertule, marquis de Cabanes, etc., comme nous disions plus haut.

Nous savons encore par la tradition de notre aïeule que le comte et la comtesse de Grignan vinrent plusieurs autres fois visiter leur ami de Grambois. Malheureusement aucune des lettres conservées de la comtesse ni les réponses de la mère ne font mention de ces voyages ^'^

On sait que M"^® de Sévigné visita toute la Provence, qui l'intéressa si fortement, Marseille qui l'étonna et fit son admiration, Grignan avec sa splendeur et le malheureux luxe et grand étal de maison qu'elle y constata. Elle rentra à Paris pleine de ces souvenirs et se hâta de reprendre sa correspondance avec sa fille. Elle se souvient de tout ce qu'elle a vu et admiré dans son voyage, de son vieil ami entre autres, ses lettres nous l'indiquent : aussi dans celle du 20 novembre 1673 elle ne peut s'empêcher de dire à sa fille :

« Je vous demande une amitié pour le grand et

« divin Roquesante, qu'il se souvienne qu'il m'a promis « de ne pas m'oublier. »

M'"^ de Sévigné appelle son ami « le grand et divin. » Ces qualifications, qui sortent de son cœur, dénotent l'estime qu'elle avait pour lui et resteront un souvenir glorieux dans la famille de ce Roquesante dont les membres n'appelleront plus cet aïeul que le grand Roquesante.

On ne peut pousser plus loin l'admiration et l'amitié. « Il m'a promis de ne pas m'oublier, » ajoute-t-elle ; Roquesante avait probablement fait promesse à la marquise

[i] Au commencement de ce siècle des objets de literie portaient encore, au château de Grambois, l'étiquette de Chambre de Grignan ; un portrait de la comtesse s'y trouvait aussi.

(le lui écrire. — Nous verrons plus tard qu'en effet il lui avait écrit et qu'elle avoue même qu'elle est en relard pour lui répondre. Il y avait donc eu assurément un commerce de lettres entre eux, mais entièrement perdu de nos jours.

Depuis le mois d'octobre 1673 M™® de Grignan avait rejoint sa mère à Paris, lui amenant le jeune marquis son pelit-fils qui grandissait et dont l'éducation faisait déjà l'objet de l'attention de la grand'mère ; M. de Grignan, à la suite de son triomphe au siège d'Orange, avait été recevoir à la Cour les félicitations qui lui étaient dues. Ce n'avait été qu'en mai 1675 que la comtesse était revenue à Aix rejoindre ses amis de Provence.

C'est dans cet intervalle que Roquesante avait reçu du Roi des lettres de conseiller honoraire le réhabilitant entièrement de la défaveur qu'il avait encourue de sa part. Il est probable que ce fut M™® de Sévigné ou M. de Grignan qui avaient obtenu de la Cour cette faveur pour leur ami resté en Provence ^'^

Un fait néanmoins que nous n'avons pu nous expliquer entièrement c'est que, avant même l'obtention de ces lettres d'honneur, Roquesante demeura toujours qualifié après son retour de Quimper et même dans les actes officiels qu'il eut à passer, tel que sa reconnaissance féodale devant la Cour des Comptes de la seigneurie de Grambois, du titre de conseiller au parlement.

H) Nous donnerons aux pièces jusliGcatives la copie de ces lettres d'honneur.

CHAPITRK XX.

Voyage de Roquesante à Rome en 1675. — M"^^ de Sévigné continue à lui exprimer, dans sa correspondance, des témoignages du souvenir le plus amical et le plus flatteur ; elle le plaisante sur sa dévotion. — M"^^ de Beaumont et les religieuses de la Celle à Aix. — Prêt de dix mille l. au comte de Grignan, etc.

« Vous ne me dites plus rien de Roquesante et du bon « cardinal ? o » écrivait le 30 août 1673 de sa solitude des Rochers M'"^ de Sévigné à sa fille, quelques mois après son retour en Provence.

Mais c'est que notre conseiller n'était plus à Aix ni même en France. Sa grande piété l'avait engagé à faire un voyage à Rome. Nous n'avons aucun détail sur ce voyage de Roquesante que nous ne connaissons que par une mention succincte qu'il en a laissé dans son livre de raison et parce que nous en déduisons des lettres de M™« de Sévigné.

A la suite de la réflexion interrogative de celle-ci « vous ne me dites rien de Roquesante ? » M°^« de Grignan avait

W L'archevêque d'Aix le cardinal Jérôme Grimaldi, dont il est souvent fait menlion dans la correspondance de M- de Sévigné et qui ne mourut qu'en «685 âgé de 90 ans, semblant mettre à proOt les souhaits de longue vie que la marquise lui faisait souvent parvenir par M»» de Grignan.

appris à sa mère l'absence de son ami et son voyage à Rome. Aussi quelques jours plus lard écrivant de nouveau à sa fille la marquise n'avait pu s'empêcher de lui dire :

« Boquesante reviendra bien chargé d'indulgences »

et elle ajoute ensuite a ce que vous lui proposerez pour les rendre utiles est bien plaisant ; le Père Brocard en entendra encore parler ^'^ »

Qu'avait donc M"^® de Grignan de si original à proposer à Roquesante à son retour futur de Rome, qui divertissait tant sa mère? Ne pourrait-on s'arrêter à la supposition, qu'en manière de plaisanterie, elle se disposait à l'engager à se faire religieux ou ermite à l'instar d'un aixois bien connu, M. de Chasleuil, lequel, fils d'un ancien procureur général des Comptes, s'était retiré au mont Liban et faisait parler de la sainteté de sa vie ? Roquesante était veuf et libre de se faire religieux.

(I Le Père Brocard en entendra encore parler ». ...était-ce son confesseur ou quelque ami commun auquel la comtesse avait fait part de ses propositions ? Nous ne pouvons faire encore ici, que des suppositions sans portée, comme les réflexions de M""® de Sévigné d'ailleurs.

Roquesante est enfin de retour de Rome, M'"^ de Grignan en a donné la nouvelle à sa mère qui le 1 5 décembre suivant lui répondait des Rochers : « Je suis ravie que vous « ayez Boquesante, cesl sans offenser tout le reste le plus « honnête homme de Provence et dont l'esprit et le cœur « sont les plus dignes de votre amitié. Vous ni avez fort

(0 Lettre du 43 novembre 167.5.

« obligée de lui faire mes compliments sans attendre trois « semaines, il y a des choses sur quoi on peut répondre « aisément. »

\lrae (Jq Grignan n'avait pas attendu que sa mére eut connaissance du retour de leur ami et l'eut chargée, à cette nouvelle, de ses souvenirs pour lui ; elle avait pris sur elle, avant même la réception de la réponse de sa mére à sa lettre où elle annonçait le retour de Rome, de faire au voyageur les compliments de M™° de Sévigné, et celle-ci l'en remerciait.

La bonne amitié de la marquise ne se refroidissait pas plus que son admiration pour lui. Après l'avoir appelé le grand et le divin elle le déclare ici le plus honnête homme de Provence. Ces citations des lettres, en esquissant quelques traits de la vie et du caractère de Roquesante, nous le dépeignent toujours sous les couleurs les plus flatteuses. Quelques jours après il est encore question de lui : la marquise après avoir donné le conseil à sa fille de ne pas affronter en plein mois de décembre la bise et le bac de la Durance pour aller à Grignan lui demande si, à l'instar de M"^® de Beaumont ^^\ Roquesante a toujours beaucoup d'esprit. C'est assurément le sens du membre de phrase de

sa lettre « M^^ de Beaumont a-t-elle toujours beau-

coup d'esprit et Roquesante ? ... » pour et Roquesante lui

{\) Les commentateurs des lettres n'ayant mis aucune note à côté du nom de cette dame de Beaumont, nous avions longtemps et vainement recherché, avec le concours même de plusieurs de nos amis versés dans les questions de généalogies et d'histoire locales, de quelle dame de ce nom parlait M"»* de Sévigné. Nous avons fini par le découvrir et nous nous étendrons sur ce point à notre volume supplémentaire.

aussi ; elle continue et ajoute» jeûnent-ils toujours

tous deux au pain et à l'eau ? Pourquoi tant de pénitences, puisqu'il a rapporté tant d'indulgences plénières. Encore faut-il les appuyer sur quelque chose ^'l »

M™*' de Sévigné tourne ici un peu en ridicule les pénitences et mortifications de son ami ; mais on sait qu'elle était foncièrement très religieuse et ces petites critiques et réflexions n'avaient probablement pour but que de donner un certain sel à sa lettre. Elle savait aussi que M-^^ de Grignan ne manquait jamais de faire à ses intimes la lecture de sa correspondance '^^.

Quelque temps après. M"^^ de Sévigné est un peu en retard pour répondre à sa fille, ou du moins les routes sont mauvaises, la distance longue et le courrier si impatiemment attendu par M«^^ de Grignan n'arrive plus. Celle-ci qui a souvent son ami chez elle, lui fait part de l'impatience que lui occasionne ce retard, elle sait, d'un autre côté, sa mère en mauvais état de santé et Roquesante qui s'intéresse à la maladie de son amie s'associe à cette inquiétude ; ce relard fait l'objet continuel de leur conversation. Impatientée, M"»^ de Grignan écrit de nouveau à sa mère et lui

i\) Lettre du 22 décembre 1675.

(2) on sait, qu'à cette époque les nouvelles de Paris et de la Cour étaient loin d'arriver tous les jours en Provence. Les nouvelles à la mam n étaient pa. non plus encore en usage. (0 La petite cour de la f-™%^" ^.^y;,^^ devait entendre avec plaisir ce que M- de Sévigné racontait du Roi. de la capitale et de Versailles ; on savait quelle était en général sa parfaite exactilude.

(.) On appelait ainsi celles, qu'au siècle suivant, certains spéculateurs rasaient distribuer à des abonnés au moyen de copies rapidement Iranien es par des scribes ad hoc, dès qu'une lettre à nouvelles leur arrivait d une sorte d'agence spéciale à Paris.

raconlo que Rocjuesanle est, com[ne elle, possédé du désir de voir bientôt le courrier arriver ; aussi dans la réponse que la marquise est obligée de dicter à son fils, car elle ne peut écrire elle-même, ayant le bras droit pris par un rhumatisme, elle dit à sa fille :

« Je vois avec combien d'impatience vous avez attendu « mes secondes lettres et je suis trop obligé à M. de Roque- « santé d'avoir bien voulu partager vos ennuis en les « attendant. Il y a des héros d'amitié dont je fais grand « cas 'l »

Et dans la lettre suivante du 19 du même mois parlant encore de lui :

« Je vous envoie une douzaine de souvenirs à distribuer « comme il vous plaira ; mais il y en a un pour Roque- « santé, qui ne doit jamais être confondu. »

Tout est ici du plus fin esprit et on ne peut plus flatteur encore pour notre héros dans les dernières expressions de M™'' de Sévigné. Au lieu de nommer les amis les plus intimes de la comtesse , qui , sans aucun doute se souviennent d'avoir vu sa mère lors de sa visite en Provence, elle laisse à sa fille le soin de les choisir, personne n'est nommé et tous sont indiqués et visés ; on ne peut exprimer avec plus d'originalité la péroraison toujours banale d'une lettre : elle envoie à M"^® de Grignan une douzaine de souvenirs à distribuer, elle ne nomme qu'une seule personne de ses amis, Roquesante, qui ne doit jamais être confondu ! ^^^

[\) Lettre du 9 février 1676.

(2) D'après M. Roux- Alphéran la comtesse de Grignan faisait sa résidence avec le gouverneur dans une aile de l'ancien palais des comtes de Provence,

Vers celle époque, Roquesanle, nous l'avons déjà indiqué, avait eu l'occasion de rendre au comle de Grignan un service d'argent. Voici en quelles circonslances : Le chevalier de Grignan, frère cadet du lieutenant-gouverneur, avait reçu dans le testament de son père ^'^ un legs de 100,000 livres représentant sa légitime dans ses biens paternels et maternels ^"^ . De ce legs il avait retiré de son frère la majeure partie, payée avec l'argent dotal de ses diverses femmes, mais il avait encore à toucher 10,000 livres.

Le 22 mars 1675, par devant Bellanger et R..., notaires au Châtolet de Paris, « haut et puissant seigneur Joseph de Castellane-Adhémar, chevalier de Grignan, meslre de camp d'un régiment de cavalerie entretenu pour le service du Roi » ayant besoin de l'argent qui lui était encore dû par son frère « pour remonter ses équipages de guerre et sa maison » donnait procuration à Jean de Rippert d'Alauzier alors à Paris et son ami, capitaine des gardes du comte de Grignan, son frère, pour percevoir de son dit frère cette somme de 10,000 livres.

Revenu en Provence, M. d'Alauzier eut recours à M. de

aujourd'hui malheureusement démoli et sur remplacement duquel on avait dès la fin du siècle dernier, commencé à construire le palais actuel et les prisons plus lard. Or l'hôtel du conseiller de Roquesante était comme nous l'avons indiqué, à quelques pas de là seulement Le parlement siégeait dans une autre aile du même palais.

(i) Ecrivant Denanes. notaire du comté de Grignan, le 3i août 1661.

(2) Louis Gaucher de Castellane-Àdhémar, comte de Grignan, maréchal de camp qui avait épousé le 20 mai 1628 Marguerite d'Ornano, fille aînée d'Alphjnse, colonel général de Corses^ seigneur de Mazargues, etc.

Roquesaole qui, par acte du 29 mars I67G, se subrogea aux droits du chevalier de Grignan '*K

Trente ans plus tard nous retrouvons celle créance servant de titre clérical à un des fils de Roquesante, chanoine d'Agde ; les intérêts en étaient payés par le fermier de la terre de Mazargues, qui était venue au comte de Grignan par les d'Ornano. C'est dans celte terre, dans le voisinage de Marseille, que se trouvait le châleau de Bélombre où mourut M™® de Grignan, croyons-nous, et où M"^^ de Simiane passait l'été.

A la mort de M . de Grignan en 1714 celle créance n'avait pas été remboursée. On la voit figurer dans la liste qu'en donne M. le marquis de Saporta dans son histoire déjà citée des Grignan en Provence.

Une lettre de nos archives de celte époque indique qu'à la mort du gouverneur, ses créanciers syndiqués signèrent une convention pour faire à frais communs les dépenses nécessaires à la poursuite de la restitution de leurs créances

(4) En 4675, en effet, le chevalier de Grignan était parti pour l'armée et s'était trouvé et distingué la même année au combat d'Allenheim où le grand Turenne avait été tué. il y commandait une compagnie de chevaux-légers; mais auparavant, en t67l, il avait été à la tète du régiment de Grignan II avait débuté par servir aux gardes-françaises, où, en 1C6I, son père lui avait acheté une lieulenance au prix de 24,000 livres, (tandis qu'à la même époque un môme gradd dans un régiment de cavalerie ne valait que 2,000 livres.; En 4688 le roi le nomma maréchal de camp. — M»* de Sévigné faisait le plus grand cas de son amitié et de ses conseils. — Saint-Simon dit de lui... « c'était un homme fort sage, de beaucoup d'amis, d'esprit et de savoir, très considéré. Une goutte presque sans relâches lui fît abandonner le service, où il s'était distingué et la Cour où il aurait figuré même sans place; il était menin du Dauphin et des premiers qui furent créés. » — Après la mort de son neveu Louis Provence, et dans l'espoir de continuer sa famille, il épousa M"« d'Oraison, une provençale, mais il n'eut pas d'enfants et mourut le 45 octobre 4713.

devant toutes les juridictions de Provence et de Paris et que MM. de Roquesante ^^^ et Bérage, marchand d'Aix, (celui-ci indiqué dans cet inventaire comme créancier de 6,000 livres pour fourniture du deuil des héritiers de M. de Grignan) furent choisis pour syndics. Il y est dit ensuite que les créanciers nommèrent plus tard un troisième syndic représenté par deux personnes le président de Tourves ^^' et le commandeur d'Auribeau, celui-ci chargé des intérêts de l'Ordre de Malte.

Nous ferons remarquer que dans la liste des créanciers donnée par M. de Saporta sur des documents fournis, dit cet auteur, par M. le comte Luc de Clap iers, on ne voit pas flgurer l'ordre de Malte. Un jeune frère du comte de Grignan, dont M*"® de Sévigné parle quelquefois, était mort en 1672 chevalier de l'Ordre : quelque règlement d'affaires à son sujet, non achevé encore à la mort de M. de Grignan, aurait-il déterminé la présence dans ce syndicat du commandeur d'Auribeau?

En 1745, dans un inventaire des biens du petit-fils du grand Roquesante cette créance n'est plus mentionnée. On peut croire qu'elle avait été remboursée en 1732 lors de la vente par M^^ de Simiane des biens de sa maison.

(i) Il s'agit d'Honoré de Raffélis, fils de M. de Roquesante, aussi conseiller au parlement et qui du vivant de son père portail le nom de monsieur de Grambois.

(2) M. de Valbelle, marquis de Tourves, créancier pour 16,000 livres.

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