CHAPITRE XXIII
Le village de Grambois. — Jecui de Gautier un de ses seigneurs zélé chef royaliste en Provence. — Roqiiesanle rachète certaines portions de sa seigneurie jadis aliénées, — Ses difficultés avec ses vassaux pour le droit de chasse. — // fait reconstruire son château. — Sa mort. — Epitaphes. — Armoiries,
Le village de Graaibois à quelques kilomètres au N.-E. de Perluis, tout prés de La Tour-d'Aigues et de Mirabeau, et bâti sur une colline formant une sorte de promontoire» gouvernait, par sa situation, un des passages les plus fréquentés pour aller de Provence dans les Hautes-Alpes et de là en Italie. Aussi verrons -nous sa possession convoitée durant les guerres des XIV^ et XVI® siècles par les armées belligérantes et l'attention se porter spécialement sur lui ^^\
Nous réservons pour la seconde partie de notre travail l'histoire chronologique de ses nombreux seigneurs et avec elle la série de péripéties qu'eurent à subir ses habitants (- .
(I) La vue moderne que nous donnons ici de Grambois est prise au couciiani el du côlé de l'arrivée par la roule de La Tour-d'Aigues. Le châleau n'apparaît pas, il faisait face au levant visant les montagnes des Alpes.
(•2) M Garcin, que nous avons déjà cité, a écrit une intéressante monographie de Grambois qui a obtenu une médaille d'or au concours littéraire de Forcalquier en 1882. Ce travail est reste manuscrit, il nous a été permis de le consulter, nous lui emprunterons plus tard diverses citations.
Nous nous couleulerons de dire ici (juehjues mois de ceux d'^iilro eux qui furent les aïeux des Uoquesanle.
Dès la fin du Xll"^ siècle l'histoire de Provence mentionne le fief de Grambois comme faisant partie du comté de Forcalquier et relevant de la maison des Sabran. Dans les siècles suivants la seigneurie est possédée par une série de familles jusqu'à celle des d'Oraison. C'est d'un des membres de celle-ci qu'en loSi l'acquit Jean de Gautier, qui fut le bisaïeul de Madame de Roquesante.
Ce Jean de Gautier dont nous donnerons une biographie fut, au dire des historiens de Provence, un homme de grand mérite et appartenait par sa mère à la maison de Forbin. Nostradamus raconte longuement en quelle estime le tenaient le grand Prieur et le comte de Sommerive son fils, gouverneurs de Provence, et explique l'achat qu'il fit de sa seigneurie au prix élevé de douze mille livres ^^K
Le même historien nous donnera d'intéressants détails sur son élévation aux fonctions de premier consul et de gouverneur de la ville d'Aix en 1S86j de Viguier de Marseille en lo72;[et^àcellesjsur ses services, dans la première de ces villes, lorsque la peste en avait fait fuir la plupart des magistrats et des officiers royaux.
Papon relate aussi son zèle pour le parti royaliste à la tête duquel il se trouvait et met son éloge dans la bouche du duc d'Epernon ^"^l Mais Louvet nous le montre manquant d'énergie pour la défense de son propre château et de ses concitoyens lors des assauts que les Ligueurs, aidés
I NoslraUainus, Ili^l. de Provence, VU-' parlie, pages 834-851. •2) Papou, lome IV, p. 260-263.
des Savoyards, dunnérent contre Grambois, qui fut pris et pillé. Nous raconterons avec des détails inédits, puisés soit à nos archives, soit au travail de M. Garcin ou à d'autres sources telles que les Mémoires de Bézaudun et ï Histoire de Provence de Gauffridy, les événements et les incidents de la prise de ce pays^^'.
En 1599 il fut député de la Provence auprès du roi Henri IV qui l'honorera de certaines faveurs, lui confirmera les pensions accordées par son prédécesseur. Parmi ces faveurs figurait le droit de porter ou faire porter par son laquais une arquebuse ou un bâton à feu pour chasser, le port des armes était interdit avec sévérité.
Jean de Gautier mourut en 1623. Il avait épousé en 1 oo8 Madeleine de Ricci dont le nom rappelle le premier chef qu'eut le parlement de Provence à sa création par Louis XII en 1501 . En 1595 il se remariait à Marguerite de Joannis, fille du seigneur de la Brillane ; mais ce fut de son premier mariage qu'il avait eu ses deux fils Claude et Denis.
Denis sieur de Mille établit sa descendance à Apt par son mariage avec Madeleine du Bois de Saint- Vincent. Celte descendance, comme nous le dirons plus longuement ailleurs, a subsisté avec une certaine illustration dans cette ville jusqu'au commencement du XIX® siècle.
Claude de Gautier, l'aîné des fils, reçut de son père, lors de son mariage en 1595 avec Honorée de Piolenc, la seigneurie de Grambois. En 1622 nous le retrouvons pre-
({) Nous rectifierons aussi quelques petites erreurs couimibcs par M. Garcin ayant trait à certains événements de ce siège.
inier consul d'Aix, charge atlribuée aux seuls geulilslioinmes possédant fiefs et honorant toujours celui qui en était revêtu.
En 1627 il contracta un second mariage avec Sibille du Puget et vint habiter Marseille. Les dépenses que lui occasionnèrent ce nouveau mariage et son séjour dans cette ville, jointes au peu tV économies de sa nouvelle épouse, lisons-nous dans un ancien mémoire, le mirent dans la nécessité d'aliéner au profit d'un gentilhomme dudit xMarseille, Jean de Bérenger, une partie de sa seigneurie de Grambois, et ce malgré une donation qu'il en avait précédemment faite à sa fille Marguerite.
C'est cette fille, unique rejeton de Claude de Gautier, qui avait été mariée, le 8 juin 1625, à Esprit de Cardebat de Bot S''' d'Auribeau. Celui-ci , héritier de sa femme, avait à son tour, en 1669, donné la terre de Grambois à sa fille aînée, Mad. de Roquesante. Nous avons indiqué déjà qu'à la mort de celte dernière, en 1672, notre conseiller en était devenu le maître.
Un des premiers soins du nouveau seigneur avait été de reconstituer en un seul corps, et comme elle était jadis dans tous ses droits et son importance, la seigneurie de Grambois. Dés cette même année 1672 nous voyons en effet Roquesante transiger avec M. de la Beaume, fils et héritier de Jean-François de Béranger, et, moyennant l'abandon d'une somme de 4,000 livres, obtenir de lui la remise pure et simple de tous ses prétendus droits sur elle, mettant fin par ce moyen à des procès qui duraient depuis près de vingt ans.
TABLEAU DE LA GÉIALOGIË DES DERMERS UAUTIEIt S'" DE GltAMBOIS,
Jean de Gautier, chef royaliste à Tépoque de la Ligue, viguicr de Marseille, gouverneur d'Aix 1586, acquit la seigneurie de Grambois en 1584 du marquis d'Oraison pour 12,000 livres. Marié: 4° en 1558 à Madeleine de Ricci, 2° en 1595 à Marguerite de Joannis.
Claude de G..
seigneur de Grambois,
marié :
1 " en 1 595 à Honorade de Piolenc
2° en \ 627 à Sibile du Puget.
Mort le 3 mars 1655.
Denis de G., capitaine,
sieur de Mille, se fixa à Apt.
Marié en 1 6 1 8 à Madeleine
du Bois de Saint-Vincent.
Marguerite de Gautier,
dame de Grambois,
mariée en 1 625
à Esprit de Gardebat de Bot co s^ d'Auribeau et de Seignon,
Jean-Baptiste de G.
sieur de Mille, appelé aussi M. de Grambois.
Marié : 1° à Hélène d'Autric de Vinlimille ; 2" en 1 649 à sa nièce Madeleine de Gautier, co-dame d'Auribeau. Vend en 1656 son hôtel d'Aix à son b.-fr. Roquesanle. Sa descendance mâle s'est continuée à Apt jusqu'au commencement du XIX' siècle.
Madeleine HÉLÈ^E
dame de Grambois co-dame d Auri- variée en 1647 à beau, mariée à son Pierre de Raffélis
oncle J.-B. de Gau- ^^ Roquesante, conseiller au par-
tier,sieurdeMille. lement d'Aix, devenu après elle, m 1672. seiiiiieur dudit Grambois.
Claire
co-dame de Seignon, mariée à M.
de Vidal de Lirac.
Quelques années après il terminera avec l'iiôpilal d'Aix de graves difficultés encore au sujet d'une portion du territoire de sa terre appelée l'arrière- fief de Saint- Lambert, dont Lazare de La Croix, un de ses prédécesseurs comme seigneur de Grambois, avait, en loi 8, aliéné les revenus féodaux et la juridiction. II aura aussi à racheter des familles de Coriolis etBertet, celle-ci une des plus importantes du village, des censives féodales et allodiales vendues jadis aussi par Claude de Gantier ^' .
Dans les dernières années du siècle, presque à la fin de sa vie, Roquesante eut à lutter contre ses propres vassaux au sujet du droit de chasse dont ceux-ci prétendaient avoir la jouissance dans l'étendue de leur commune. Ils se prévalaient de certaines autorisations, jadis accordées par leurs anciens seigneurs dans le courant des XIV® et XV*' siècles ; Roquesanle leur répondait que le fait seul du renouvellement des permissions marquait la nullité de ces prétentions. Longtemps assoupie par l'interdiction du port des armes à feu en Provence, pour qui que ce fut, cette question de droit de chasse s'était de nouveau réveillée par la révocation de cette défense donnée en 1700 par Sa Majesté.
La lutte entre les seigneurs et leurs vassaux sur ce sujet ne fut pas d'ailleurs spéciale aux habitants de Grambois et à Roquesante : on la retrouve à ce moment dans plusieurs pays, notamment de la haute Provence où le voisinage du
I i) Nous donneron?, dans notre supplément, avec de plus longs détails sur les soins qu'employa Roquesante à la réussite de ses affaires, des renseignemonts inédits ou intéressants sur Gran)bois, ses familles, etc.
CoQilé Venaissin, avec la liberté dont jouissaient les sujets du pape, rendait les habitants plus exigeants. En effet dans cette petite mais heureuse province, chacun pouvait, en dehors des temps prohibés, non-seulement se livrer aux plaisirs de la chasse mais aucun seigneur n'avait le droit de l'empêcher même dans l'étendue de sa juridiction seigneuriale ^'^
Roquesanle eut pour son compte une lutte très vive à soutenir qui lui aliéna l'amitié et le respect de quelques-uns de ses vassaux. Une correspondance de son ûls à celte époque nous le montre en butte à certains ennuis : quelques habitants de Grambois le narguaient en affectant notamment de passer et repasser sous la terrasse de son château l'arquebuse sur l'épaule, comme pour aller à la chasse, et ce, malgré ses défenses et les criées de son procureur juridictionnel.
Après avoir envain cherché à résoudre à l'amiable la question, au moyen de l'intervention officieuse et directe du
(0 Nous avons vu un grand nombre de rescrils des vice-légals ou gouverneurs du Corntat, opposant les anciennes franchises accordées aux sujets de Sa Sainteté à certains seigneurs tels que le marquis de Cambis-Velleron, le baron de Sérignan lui-môme, prince et duc français, lesquels voulaient user privalivement de ce droit dans leurs terres. Une seule exception avait été faite en faveur du marquis de Caumonl ; elle devait être regardée comme fort rare, car, lorsqu'en 1789, le pape érigea cette terre en duché il fut indiqué dans la bulle, pour faire ressortir l'importance de la maison de Seytres, qu'elle avait obtenu en 1732 et en dérogation spéciale aux statuts du Comtat. le droit privé de pêche et de chasse dans l'étendue de sa seigneurie. A cette faveur importante pour les sujets de S. S. si vous joignez l'absence complète de tout impôt régalien, de tout service militaire, on aura peut-être l'origine de ce vieux dicton « qu'il fesait bon de vivre sous l'autorité de la crosse. »
M. de Ribbe nous a assuré avoir acquis la certitude, à la suite de ses nombreuses lectures de documents originaux anciens, qu'à l'extrême moyen-âge la liberté de la chasse existait en Provence pour tous ses habitants.
comte dedrignan, il fut obligé d'avoir recours à la justice qui rendit en faveur de son droit les jugements les plus sévères contre ses vassaux.
Les habitants de Grambois ne lui pardonnèrent jamais, ni à ses descendants, la condamnation qu'ils avaient dû subir. Lorsque la Révolution arrivera, le souvenir de ce fait n'était pas oublié et fut un des premiers griefs qu'ils invoquèrent contre leur seigneur. Pour apaiser ses anciens vassaux le marquis de Roqnesante en 1 790 n'aura rien de plus pressé que de faire rechercher dans les archives du greffedesa juridiction, les diverses amendes ou condamnations appliquées contre eux pour le fait de chasse depuis un siècle, et d'en rembourser le montant aux délinquants ou même à leurs héritiers.
En 1GG9, avons-nous dit, Esprit d'Auribeau avait fait donation à sa fille de son château de Grambois ; la mêm.e année M. de Roquesante entreprenait sa reconstruction. Déjà une première fois, Jean de Gautier avait abandonné, après le siège des Savoyards, l'ancien donjon féodal et seigneurial, une des douze forteresses de Provence au XVl° siècle, nous dit M. Garcin, et trop central au milieu du village ne dominant pas assez ses abords. Il l'avait déplacé et porté plus au levant contre les remparts et adossé à l'église, dont le clocher lui servait de vigie, l'avait flanqué de quatre grosses tours en vue de sa défense et du haut desquelles le regard, pour sa protection et celle du pays, s'étendait très au loin dans la direction des chemins venant des Alpes.
C'est ce nouveau château, incommode encore et trop féodal d'apparence, que Roqnesante avait fait à son tour
démolir en partie pour le remplacer par une habitation aux larges ouvertures et dans le goût du temps. Une seule tour, pour lui continuer son aspect seigneurial, fut conservée sur la place du village. Au levant les murs crénelés avaient été remplacés par une grande terrasse sur laquelle on accédait du rez-de-chaussée du nouveau château offrant, avec lo plus beau panorama, un lieu de réunion pour les soirées d'été ; c'est là que nous avons vu venir M™® de Sévigné et sa fillo. Un ameublement nouveau remplaça celui assez primitif que nous retrouvons dressé à la mort de Jean de Gautier. Un inventaire de 1766 nous indiquera sa nouvelle composition : on y voit abonder avec des tapisseries de haute lice et aulres, de nombreux tableaux, portraits, lits à baldaquins, meubles divers, faïences de toutes sortes, argenterie, etc. ^'-.
Roquesanie, après avoir prêté hommage au roi en 1673 pour sa seigneurie dans les mains du président de la cour des Comptes, avait été appelé à en donner le dénombrement. Cette pièce nous indique qu'il possédait à Grambois, en dehors de ses droits féodaux de haute, moyenne et basse justice d'un revenu absolument nul, une maison seigneuriale, un pigeonnier féodal avec plus de cent paires de pigeons, soixante charges de terre non encadastrées ou soumises à la taille, en outre la forêt du Deffant avec ses droits féodaux. Mais il faisait remarquer que ses terres étaient grevées d'une censé de neuf charges de blé en faveur des religieuses de Sainle-Claire d'Aix et qu'il était tenu à aider
[i] Une copie de cel invenlaire se trouve, nous ne savons pourquoi, dans les archives municipales de Toulon où ii nous a été donné de le copier.
la comaïune, pour un huitième de feu, dans ses impôts régaliens.
La surveillance de ses affaires domestiques, l'amélioration, l'administration de ses terres et domaines par des achats ou des échanges, le soin donné à la conduite et à la tenue dans le monde de ses enfants et petits-enfants, joints à l'exercice d'une grande piété nous paraissent, si nous suivons le livre d'affaires de notre conseiller, constituer les seules occupations auxquelles l'ancien ami de M™^ de Sévigné se livra à Grambois, une fois délivré du souci de ses procès et difficultés '^l
Roquesante mourut dans son château le 1 4 septembre 1707, âgé par conséquent de 88 ans 7 mois et demi ^^i II n'y a que quelques années que l'on voyait encore le lit sur lequel il s'éteignit ; dans sa chambre tout avait été respecté, les tapisseries à personnages des murs, son lit à baldaquins
{<) Un accord parfait ne semble pas avoir toujours régné entre Roquesante et M. de Grambois son fils, si nous en jugeons par quelques restes de correspondance Si d'une part le père semble être, par suite de son âge, d'une humeur difficile la conduite de son fils donne lieu à une certaine critique. Nous trouvons en effet dans une lettre de < 698 du père à son fils les lignes suivantes... « Si je suis insensible aux mauvais trailemenls dont votre femme m 'abreuve depuis quinze ans, je ne le suis pas en vérité au scandale que vous donnez l'un et l'autre à toute la ville d'Aix et à la province par votre manière de vivre ridicule, hautaine, vaine, présomptueuse et nullement chrétienne. Dieu veuille changer vos cœurs et vous faire connaître le malheureux état dans lequel vous êtes et pour le salut de vos âmes et pour le repos de vos corps. . »
(2) M. Garcin le fait mourir le 27 septembre 4706 et lui donne 90 ans. C'est une petite erreur de son travail que nous relevons ici. Bien que. par suite des lacunes et du désordre qui existent dans les anciens registres des archives de Grambois, nous n'ayons pas pu vérifier cette date, d'autres documents très précis nous ont permis de contrôler que celle que nous donnons est
la bonne.
aux grands pompons de plumes et de drap, l'ancien mobilier, etc. Sur la cheminée en bois sculptée, se trouvait son portrait en robe rouge attribué à Fauchier ^^l Cette pièce est aujourd'hui une salle de café et le lieu de réunion d'une chambrée du village !
Le corps du défunt fut déposé dans le tombeau de la chapelle du Saint-Rosaire, qui avait été construite, nous avons dit, à la suite du décès de Mad. de Roquesante et où celle-ci reposait déjà.
Il y a quelques années, nous raconte M. Garcin, on a retrouvé les deux épitaphes qui ornaient cette chapelle et que de pieuses mains avaient pu enlever et cacher dans une cave, pour les soustraire à la destruction ou à une profanation, au moment de la Révolution,
L'une a trait à Roquesante et à sa femme :
Hic expectant misericordiam dei Petrus et Helena hujus ecclesi^ benefact0res hujus patri/e non tam domini
QUAM PARENTES. JeSU FILIl DeI MISERERE EIS.
L'autre s'applique à Marguerite de Gautier, aïeule de Mad. de Roquesante :
(1) Nous possédons ce portrait où Roquesante est plus âgé et a les traits plus sévères que dans celui que nous donnons en tête de ce volume. L'original de celui-ci fait partie de la collection de M^e la comtesse Edmond de Chénerilles dernière représentante à Aix de la famille de Roquesante et pourrait bien venir de l'ancienne galerie des portraits des conseillers qui était dans la grande Chambre du conseil du parlement et dont parle M. l'abbé Rance dans son histoire des anciens portraits du premier président Henri de Forbin d'Oppède.
Pi;e et ^tern.^^. memorl^ nobilissime femine Margarita DE Grambois, hujus castri domin.î:, matris amantis-
SIM.^, HeLEN.^ d'AuRIBEAU FILIiE DULCISSIME PONI VO- LUIT. JeSU FILII MaRLE VIRGINIS iMISERERE eis.
Au-dessus de celte dernière un cœur enflammé, emblème héraldique des Gautier en même temps, peut-être, que de l'amour filial.
Nous raconterons au chapitre XXVI l'arrivée à Grambois d'une estafette apportant à Roquesante un tableau précieux que la famille de Fouquet lui envoya.
ARMOIRI ES
Au bas du portrait du conseiller de Roquesante, que nous donnons en tète de ce volume, figurent ses armoiries telles qu'il les portait avec sa devise, dans son sceau en argent que nous possédons encore.
Aux armoiries proprement dites des Rafïélis deCarpen- Iras, qui ne comprenaient qu'une croix recroisetée d'azur sur champ d'or, Roquesante avait ajouté : au premier quartier un roc d'échiquier d'argent sur fond de gueules, par allusion à son nom ; au second quartier le blason des Cardebat : d'or à 3 chevrons d'azur ; au troisième quartier celui des Bot : de gueules au château à 3 tours d'ar-
gent ; au quatrième enfin les armoiries des Grignan de Carpentras dont son aïeule paternelle avait été la dernière de sa branche : d'or au chevron d'azur accompagné en chef de deux croix pâtées d'argent cantonnées de 4 billettes de même et en pointe d'une rose d'or.
Sa devise était : Cruœ cœlum rupes soliim firmat, par allusion à la croix de ses armoiries et à son nom de Roquesante.
Son fils, le conseiller de Grambois, supprima de son blason personnel les armoiries d'alliance , ne conservant que la croix et le roc d'échiquier qu'il écartelait.
Ses descendants, nous ne savons pour quelle raison, renonçant au roc d'échiquier qui rappelait cependant l'illuslralion de leur nom et distinguait leur branche des autres Raffélis de Carpentras, n'ont plus porté dans leurs armoiries que la simple croix recroisetée, comme nous retrouvons dans les sceaux des deux derniers chefs de la famille où sont accouplées les armes des Barrier et celles des Villardy de Quinson de Monllaur.
CHAPITIlIi XXIV.
Les fils du « grand Roquesanie » et leurs descendants. — Eugénie de Villardi de Quinson marquise de Roquesanté. — Mirabeau au château de Grambois. — La Révolution.
Outre son fils Honoré, que nous avons déjà cité et qui, sous le nom de M. de Grambois, fut comme son père conseiller au parlement de Provence, le graiid et divin Roquesanté, l'ami de M'"® deSévigné, avait eu /lew/'autres enfants, parmi lesquels six filles. Quatre d'entre elles avaient pris le voile à Âix ou à Apt, une vécut dans le monde sans alliance, la plus jeune, enfin, Madeleine, avait épousé un neveu du président de Régusse, Pierre de Gaillard, seigneur de Moissac, capitaine des galères, d'une famille provençale dont la descendance existe de nos jours encore ^^\
Les trois autres fils étaient :
1° Charles, l'aîné de tous, qui ne se maria pas ; il était né à Aix en 1652. Nous ne savons guère de lui qu'une chose, c'est que tout jeune encore il avait accompagné le comte de Grignan au siège d'Orange et que c'était un homme de beaucoup d'esprit et d'agréments. Etant en 1702 un
(i) Nous nommerons ailleurs ces diverses filles et les couveuls djl^elle: passèrent leur vie.
des consuls d'Aix, l'assemblée des Etats de Provence le députa auprès du jeune roi d'Espagne, Philippe V, petit-fils de Louis XIV qui, incognito, débarquait à Antibes ^*\
II eut l'honneur d'accompagner ce prince avec une foule d'autres gentilshommes accourus pour lui faire escorte et de recevoir de lui un souvenir gracieux dont nous avons parlé plus haut. Ce roi fit son entrée à Aix le vendredi 1^^ décembre suivant, venant de Marseille ; il était à peine âgé de 1 9 ans et revenait du Milanais où il avait glorieusement rétabli ses affaires contre les Impériaux et aidé du duc de Vendôme remporté les victoires de Santa-Vitloria et de Luzzara ^-^ Charles de Roquesante mourut le 27 avril 1720 à Aix et fut enterré dans le tombeau de sa famille à l'Oratoire.
2° Jean, né à Aix en 1656, prêtre de l'Oratoire, chanoine de la cathédrale d'Agde. Il fut plusieurs fois Visiteur général de sa congrégation et son député de sa province lors de l'assemblée générale de 1714. Il était aussi prieur commandataire des prieurés de Goult et des Beaumettes dans
(i; Nous devons encore celle communicalion à M, de Ganlelmi d'IIIa, dont un des aïeux, consul à la même époque, eul aussi l'honneur d'ôlrc présenté à S. M. Catholique.
Le mol incognito ne doit pas être pris dans le sens strict de sa valeur et comme nous le comprendrions aujourd'hui. 11 veut dire seulement que ce prince voyageait sans sa qualité offlcielle afin d'éviter la pompe, les cérémonies auxquelles lui donnaient droit sa qualilé de roi et de petit-fils de France. Aussi à Aix aucun des corps conslilués ne lui rendit-il les hommages accoutumés.
(2' Nous possédons une inléressanto description de l'entrée de Philipe V à Aix, rédigée jadis par M. de Mayol, conseiller aux Comptes, plus détaillée que celleflue donne l'historien de Haiize. Celui-ci en outre commet une petite erreuPen fixant au second décembre le jour de l'entrée à Aix, c'est le premier du moi:- quelle cul lieu.
le diocèse de Cavaillon et nous le trouvons encore qualifié d'abbé deSénanque.
C'est de lai dont parlent les annales du collège Bourbon d'Aix, récemment publiées ^''\ quand elles relaient le fait suivant :
« En ce temps, 1670, le fils de M. le conseiller
de Roquesanle s'en estant fui de sa maison pour aller au Noviciat, après avoir été reçu par leR. P. Provincial, son père fit beaucoup de bruit pour ravoir son fils qui lui fut rendu et un mois après, l'ayant éprouvé, il connut que sa dévotion était fort bonne et le renvoya au lieu d'où il l'avait tiré.... » Mais nous venons de voir que le jeune Jean ne resta pas dans la société de Jésus.
Achard, dans son « Dictionnaire des grands hommes de Provence, » consacre un long et intéressant article, dû au Père Bicaïs, à ce Roquesante. Le savant Oratorien moderne le Péreingokl, nous faisait, il y a quelques mois, l'honneur de nous écrire à son sujet, que le nécrologe de l'Oratoire, toujours très sobre d'éloges, quand il s'agissait de ses membres défunts, n'avait pu s'empêcher de mentionner jadis à propos du décès du Père de Roquesanle « qu'il avait édifié par sa grande piété, son travail, sa patience, la population de la grande ville de Toulouse où sa mémoire fut longtemps en grande vénération. »
C'est dans cette ville, en efïet, qu'il mourut, âgé de 91 ans, le 19 avril 1747, ayant été plusieurs fois réélu supé-
(1} Histoire du collège Bourbon, par M. l'abbé Méchin, 2 vol. g' in-8, Aix Makairc, 1891, ouvrage rempli de noies intéressâmes.
rieur de l'imporlanle maison de son Ordre qui y desservait la paroisse de la Dalbade ^*K
Ce Père de Roquesante avait été durant sa vie fort lié avec un des fils du surintendant Fouquet, Oralorien comme lui. Celui-ci étant mort avait laissé à son ami un beau Christ en ivoire monté sur une croix d'ébéne qui avait longtemps appartenu à son oncle l'évêque d'Agde. Ce Christ fut à son tour légué par le Père de Roquesante à la maison de l'Oratoire d'Aix et c'est le même qui fait aujourd'hui encore Vornement du maitre-autel de la cathédi^ale de cette ville '-K
3° Pierre, le plus jeune des fils s'appelait M. de Saint- Lambert du nom de larrière-fief dont nous avons parlé. Il mourut sans alliance à Grambois en 1636 ou en 1637.
Honoré dit M. de Grambois, qui, de ces quatres frères, continuera seul la descendance de sa famille, était né à Aix le 22 février 1 658. Il avait ensuite, à l'instar de ses ascendants, pris ses degrés de docteur en droits et comme son père et son aïeul figuré dans les listes des avocats au parlement. En 1682 il avait épousé Gabrielle d'Albertas fille de Surléon, seigneur de Jouques et de Roquefort, premier président de la cour des Comptes et de Françoise du Mas de Castellane. En 1685 il faisait l'acquisition de la charge de conseiller au parlement, fonctions qu'il remplit jusqu'à
(1) La seconde partie de noire travail contiendra des notes plus détaillées sur le Père de Roquesante avec l'intéressant article qu'écrivit sur^lui le P. Bicaï.s tiré d'Acliard.
(2) Voir à ce sujet ce que dit aussi M. Roux-Alphéran au tome 2, p C05 de ses Rues d Aix.
Cs3 H
OS
en E^ Q
-si
ce
gww
oT
tn