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sa môrl arrivée à Aix le 26 mars 1724. Sa femme était décédèe en 1708.
Six enfants leur survécurent : deux ûlles dont l'une fut relicjieuse à la Visitation d'Aix et l'autre mariée en 1 71 0 à Jean-François de Reboul de Lambert, conseiller au parlement. Elle fut la mère de M"^^ de Pizany de la Gaude dont le fils unique, dernier de sa famille, est mort en 1826, évêque de Namur, après avoir été longtemps conseiller à la cour des Comptes et évêque de Vence avant la Révolution ^'^
Des quatre fils, les deux aînés Surléon et Marc-Anloine vécurent sans alliance dans le monde. Leur père, comptant sur l'un d'eux pour continuer sa famille, avait fait entrer à Malle ses deux autres fils cadets, Pierre et Michel- Jules, nés en 1685 et 1687. Leur réception avait eu lieu en 1705.
Nous raconterons plus tard quelle importance et quels avantages le^ familles attachaient jadis à l'admission de leurs membres dans l'Ordre, de même que les formalités particulièrement exigées pour la réception des jeunes chevaliers, les présentations, les enquêtes préalables et autres détails aujourd'hui ignorés ou très sommairement connus même des personnes qui s'intéressent à ces souvenirs anciens ou ont eu des parents chevaliers de Malte.
(\) M. de Lambert avait un frère cadet, beaucoup plusjeuneqùelui, qui fut le dernier évêque de Saint-Paul-Trois-Châleaux. Nous parlerons de lui assez longuement dans nos additions, parce que sa mémoire est encore vénérée dans cet ancien diocèse, qui était le nôtre, et dont les habitants jouissent de nos jours encore aussi de bourses ecclésiastiques provenant de sa succession et de sa charité.
Lq clievalier de Grambois, qualité que portait le jeune chevalier Pierre, malade à la suite de ses caravanes, s'était retiré à Aix ; il y mourut le 25 août 1 730 dans une maison qu'il avait acquise, peu avant, au quartier d'Orbitelle. Il fut enterré, à l'instar des membres de l'Ordre qui décédaient dans cette ville, dans l'église du prieuré, aujourd'hui la paroisse de Saint-Jean-de-Malte.
Quant à son frère cadet il avait, sur les instances réitérées de son père et par suite du refus formel de ses frères aînés de se marier, quitté la croix et obtenu du Grand Maître et du Pape l'autorisation de rentrer dans le monde pour continuer la descendance de sa famille.
Michel-Jules de Ra/félis, qualifié de marquis de Roquesante, avait épousé en effet à Cavaillon, le 24 octobre 1723, Louise-Françoise de Barrier ^^\
C'est lui qui, en 1740, vendit à l'imprimeur Esprit David sa maison delà rue Pont-Moreau ; cette maison, depuis la mort de son père, n'était plus habitée par les Roquesante; elle avait été, voyons-nous dans une correspondance, louée durant quelques années à M"^® de Vibraye fille du comte de Grignan que l'on sait être venue à Aix pour suivre le procès qu'elle y avait contre M'"^ de Simiane sa sœur consanguine '^^K
Veuf en 1739, M. de Roquesante s'était remarié en 1752, âgé par conséquent de 65 ans à Marguerite de
(1) D'une famille de celle ville sur laquelle, grâce aux preuves de Malle faites en I77i par un chevalier de Fabry-Fabrègues, nous pourrons donner quelques détails généalogiques, ce qu'aucun généalogiste local n'a j'amais fait.
(2) Il est possible que l'acquéreur eut déjà, avant celte époque, installé, comme locataire, son malérieldimpiimcrie dans la maison V. note plus haut).
Salières de Fosseran, également de Gavaillon, et nièce germaine de Monseig. de Salières, évêque de Yaison. 11 mourut le 23 août 1767 laissant huit enfants, six de son premier mariage et deux du second.
Sur ses six du premier lit il y avait cinq filles dont trois étaient encore religieuses aux Ursulines de Cavaillon quand la Révolution vint les expulser de leur couvent. Des deux autres l'une avait épousé le marquis Le Camus de Peypin dont la fille unique s'était mariée à 1 7 ans enl 768 au président de Cabre de Roquevaire et celle-ci à son tour n'avait laissé qu'une fille devenue en 1788 la comtesse de Fortia de Pilles, dont le mari avait en survivance l'importante fonction de gouverneur de Marseille et en expectative aussi le litre de duc de Baumes, dont le Pape venait depuis peu d'honorer son grand-pére ^^K
La cadette des filles nidirlées, Julie- Vérane, épousait le 5 février 1751 , Joseph -Alexandre de Fabry-Fabrègues, frère du lieutenant-général des armées navales et cordon rouge ; leur descendance est représentée encore de nos jours en Provence ^^K
Le fils du premier mariage, Pierre-Joseph-Louis, qui fut le dernier seigneur de Grambois, était né dans le château de ce village le 28 mars 1 734, ayant eu pour parrain son grand oncle M. de Saint-Lambert. Après avoir achevé
(0 Nous parlerons dans notre volume de supplément de la descendance de Mesd. de Fortia de Pilles et de Fabry-Fabrègues amenée jusqu'à nos jours, de l'érection en duché, par le pape Pie Vi, de la baronnie de Baumes au Comtat pour ces mêmes Forlia qui occupaient à Marseille une situation très importante.
sou éducalion au collège des Jésuites de Lyon, il fut aduiis dans la marine et entra comme garde à Toulon en 1755. Successivement sous-brigadier puis brigadier du pavillon, enseigne, il était à la prise de Mahon sous les ordres de la Galissonnière en 1756 ; deux ans plus lard il fut fait prisonnier avec son vaisseau, l'escadre étant commandée par le marquis Du Quesne, à la suite du malheureux quoique brillant combat non loin de Cartbagéne et emmené en Angleterre.
En 1765 M. de Roquesante se mariait à Avignon avec Eugénie de Villardi de Quinson. Deux ans après, à la mort de son père, ayant quitté le service, il se retira à son château de Grambois.
La jeune marquise de Roquesante, si nous en croyons des souvenirs de famille et des extraits d'anciennes lettres, était une personne fort agréable, de beaucoup d'esprit et d'à-propos dans ses réparties ; d'une beauté plutôt mutine et attrayante que noble et régulière. La vivacité de son intelligence, les charmes et l'agrément de sa personne, les grâces de ses manières, excusaient ou atténuaient ce que ses allures, ses habitudes avaient d'exagération aristocratique et contribuèrent pendant de longues années à faire du petit château de Grambois le lieu de réunion des beaux esprits des environs et d'une société empressée d'accourir.
A son esprit aimable et naturel, M"^^ de Roquesante joignait un goût délicat pour les arts, notamment pour la peinture et la musique qu'elle cultivait avec succès. Elle avait reçu des dames Bénédictines de Montfleury, près de Grenoble, où elle avait été élevée, une instruction variée et solide, car la physique, la géométrie, l'histoire, voire même l'astro-
nomie lui étaient familières ; en onlre elle avait pour manier une plume une aisance, une facilité, dignes de la marquise deSévignéqui, en souvenir desavenue àGramboisetdeson amitié pour le grand Roquesante, était l'objet de son admiration. iMais à côté de ces qualités elle péchait par un certain usage de celte philosophie que Voltaire avait mis à la mode, défaut qu'elle sut reconnaître plus lard et dont elle eut le soin attentif de préserver ses filles.
Elle avait souvent auprès d'elle ses sœurs remplies d'esprit aussi ^^) et c'est mêmeàGrambois qu'eut lieu, en 1769, le mariage de l'une d'elles avec un des assidus du château le baron de Coriolis de Limaye. Certains détails des fêtes magnifiques qui furent données à cette occasion sont venus jusqu'à nous, on s'en souvint longtemps au village. C'est cette dame de Limaye qui est resiée célèbre en Provence par ses allures excentriques et sa grande amitié pour la marquise de Cabris, sœur de Mirabeau et dont il est parlé dans la correspondance de celui-ci.
Une très nombreuse société de parents et d'amis était bientôt accourue à Grambois. Nous avons entendu citer par notre aïeule une foule de noms, parmi lesquels ceux des Messieurs de Saqui-Sannes, de Viany, de Villeneuve d'Ansouis, de Mirabeau et de cette dame de Cabris, sont demeurés dans notre mémoire.
On sait que les détails les plus circonstanciés de la vie privée du grand Mirabeau sont, de nos jours, l'objet de
(I) M'ne de Roquesante avait un frère le marquis de Monilaur et quatre sœurs qui toutes se maricrent ; une d'entre elles avait épousé le comte de Ginestous. Voir nos notes aut additions.
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miniUieusGs recherches ; le public semble s'intéresser aux moindres faits se rattachant à son existence ^'^ A-t-on raison, ne s'exagère- t-on pas l'importance de la découverte de ces minimes détails de sa vie ? Quoi qu'il en soit, entraîné par ce courant qui sera notre excuse, nous allons raconter quelques historiettes inédiles qui ont trait aux visites faites par le futur grand orateur à Grambois.
Notre aïeule avait encore connu dans sa jeunesse le plus grand nombre des personnes qui fesaient partie de ces réunions intimes du château de Grambois Mesd. de Cabris et de Limaye notamment, elle nous dépeignait souvent les physionomies, les caractères des uns et des autres et se plaisait à nous raconter quelques-uns des incidents et des souvenirs qu'elle-niême avait, vingt fois pour une, entendus de la bouche même de Mad. de Roquesante. Or celle-ci, âgée, débutait toujours dans sa narration par la même phrase.
« ..,.. Toujours fort excentrique d'allures et de tenue môûie, mon cousin M. de Mirabeau ^^^ pendant son séjour dans notre voisinage venait très souvent nous voir à Grambois. » Avant même son entrée dans le village nous en-
(0 Après Timporlanl travail de M. Guibal, le savant doyen de la Faculté des lettres d'Aix^ sur Mirabeau, publié par l'Académie de cetle ville, un autre auteur provençal, M. Alexandre Moultet, nous promet sous le titre de « Autour de Mirabeau » une série d'intéressants documents inédits dont quelques-uns ont déjà paru et dans lesquels figureront à leur place plusieurs lettres de M"* de Roquesante ou de sa sœur M'^^ de Limaye à son héros ou à la marquise de Cabris.
(2) Les Mirabeau étaient cousins de M"» de Roquesante : l'aïeule de celle-ci était Thérèse-Delphine de Grille d'Estoublon qui avait pour mère Eugénie de Riqueti de Mirabeau, tante du marquis et du bailli son frère. Le grand Mirabeau était par conséquent cousin issu de germain avec le comte de Quinson, pèro de Mme de Roquesante.
tendions les cris que poussaient les gamins jouant sur la place et qui se portaient à son arrivée, répétant : « veici Moussu de Mirabeoù qu'arrivo. » C'est qu'il ne faisait pas comuie les autres cavaliers qui mettaient leur monture au pas au pied du coteau, c'était au galop et souvent à travers champs ou par des sentiers de piétons qu'il arrivait jusqu'à l'entrée du village et on le voyait avec sa large figure parlant avec le verbe très haut, tout haletant et en nage se présenter à la porte du château accompagné toujours par les enfants et leurs cris. Un jour il franchit à cheval une des fenêtres du rez-de-chaussée prenant jour sur la place du village et entra toujours en selle dans le salon, effrayant toutes les personnes qui y étaient réunies ^^^
« Une autre fois, racontait encore la marquise de Roquesaute, nous étions « en société » dans le salon vert, une des dames présentes tenait son nourrisson sur ses genoux , M . de Mirabeau prit l'enfant et après l'avoir embrassé et complimenté la mère sur ses qualités de nourrice, il appelle M. de Roquesantequi causait à l'autre bout du salon et lui lançant l'enfant lui crie « allons, le marin, rattrapez-le ; » heureu-
(1) M"»» de Roquesanle, nous a-l-il été raconté par notre grand-mère, appelait souvent dans la conversation Mirabeau Monsieur de Pierrebuffière, nom qu'il avait porté dans sa jeunesse el qu'il tenait de son aïeule Anne-Thcrésc de Ferrièrcs de Sauvebœuf, marquise de Vassan, héritière de la grande maison des Pierrebuffière, premiers barons du Limousin, lesquels comptaient parmi leurs aïeux César Borgia, duc du Valentinois (*). Aussi croyons-nous que c'est plutôt le nom de M. de Pierrebuffière que portait Mirabeau que celui tout court de Pierre Buffière comme on l'a écrit.
[*) Voir les indications à ce sujet données dans la préface de « la vie de Mme de la Tour Ncuvillars, » par le marquis Anatole de Bremond d'Ars-Migré, en 1S89.
sèment que mon mari fut assez heureux et adroit pour recueillir dans ses bras sans le laisser tomber ce jouet d'une espèce nouvelle et le rapporta, au milieu des cris et récriminations de toute l'assemblée, à la mère à moitié évanouie d'effroi.
« Un jour une partie de billard était engagée, M. de Mirabeau jouait avec le conseiller de Viany qui fut plus tard guillotiné ^', quand tout à coup il donna un violent coup de queue à M. de Roquesanle placé derrière lui et qui en eut la lèvre supérieure fendue et plusieurs dents cassées. »
Notre aïeule nous racontait bien d'autres historiettes sur Mirabeau et M'^° de Cabris, malheureusement nous ne portions qu'une attention médiocre à sa narration et la plupart de ces anecdotes ne sont pas resté gravées dans noire mémoire. Cependant nous l'entendons encore nous rappeler ce qu'elle avait ouï dire des fêles, des promenades dans le petit parc, des parties de plaisir dans les environs de Grambois, des conversations pleines de rires et d'animation, des assauts de jeux d'esprit entre les convives et dans lesquels brillaient toujours Mesd. de Roquesante et de Limaye avec MM. de xMirabeau. Le M'^ de Roquesante composait des quatrains, un peu légers quelquefois, que l'on lisait ^'^^ ; sa femme très adulée de tous, ne se départissait pas facilement de ses allures un peu trop aristocratiques, disions-nous, aimant à se faire servir, recevant au lit parée
H) Laurent de Viany, conseillera la cour des Comptes de Provence, marié à Madi'e d'Anjou, de la Tour-d'Aygues, qui n'a laissé que deux filles, Mesd. Sermel deTournefort et de Lubières.
(2) Nous possédons un petit recueil de vers rimes par lui, dont quelquesuns émaillés de grivellories selon la mode à la fin du XVlIle siècle.
et poudrée sous le plus léger prétexte de malaise, se donnant enfin des habitudes grandioses qui faisaient dire à son neveu le comte Eugène de Ginestous , « ma tante de Roquesante est si pompeuse, qu'elle trouvera le moyen de se faire conduire au ciel en carrosse. »
Mais il arriva qu'à ces fêtes, à ces parties de plaisir, M. de Roquesante, obligé déjà d'aliéner une partie delà fortune de sa femme — ses capitaux personnels n'ayant pas été suffisants pour payer à ses frère et sœur consanguins les cent mille livres que lui imposait le testament de son père — dissipa une grande partie de sa fortune.
En 1776 nous le voyons prêter hommage pour ses fiefs de Grambois et de Saint-Lambert entre les mains du président à la cour des Comptes, M. de Mazenod ^'l
En 1 787 il avait été appelé à faire ses preuves de noblesse pour pouvoir, en qualité de gentilhomme possédant fief, entrer avec voix délibérative dans l'assemblée de la noblesse de Provence et voter pour l'envoi de députés à la grande réunion des Etats-généraux de France qui allait se tenir. Mais une lettre de lui à M"^° de Roquesante, alors à Montpellier, nous apprend qu'il n'assista pas aux réunions qui se tinrent à Aix et dont il semble faire peu de cas.
La Révolution cependant arrivait à grands pas ; on en riait au début à Grambois au milieu des fêtes et des divertissements qui s'y donnaient comme partout d'ailleurs et avec une sorte de frénésie pour les plaisirs telle qu'on n'avait vu
(I) Jadis dans ces sortes de cérémonies le seigneur qui prélait hommage se mettait à genoux ; mais depuis plusieurs années il se tenait seulement debout les mains jointes, tête nue, sans gants ni épée.
depuis plusieurs années, détails que nous avons, encore nous-mêmes, ouï raconter par des témoins. De bien mauvais jours se préparaient pour l'ancienne société, soit dans les villes soit dans les villages où ses membres devenaient l'objet de vexations haineuses et mesquines de la part des nouvelles municipalités composées souvent de sectaires et d'énerguménes.
Quoique d'un caractère assez raide et aigri, auquel il joignait ce ton et cette fermeté que l'on retrouve souvent chez les hommes qui ont été habitués au commandement, M. de Roquesanle était cependant bon, serviable et aimé de ses vassaux. Il subit, sans trop d'animositôs de leur part, le changement si radical de situation que les circonstances amenèrent, changement auquel son épouse eut plus de peine à se plier. A force de concessions à son amourpropre telle, comme nous l'indiquions plus haut, que la question du remboursement des amendes de chasse, ou bien encore de dons patriotiques de toutes sortes « le citoyen Raffélis, agriculteur, » ainsi était-il qualiflé, pût passer avec une tranquillité relative dans son château de Grambois les mauvais jours de la Terreur, sans avoir été obligé d'émigrer.
H fut emporté par une attaque d'apoplexie le 23 messidor an YI (1 1 juillet 1798) et enterré dans le cimetière du village, d'où plus tard son corps avec les restes de plusieurs autres de ses parents, fut transporté par les soins de ses filles, dans un tombeau creusé dans le parc du château.
CIIAPITKK XXV.
Les d'Olivari. — Le dernier Roquesanle, général de la République. — Ses campagnes à l'armée du Rhin. — Ses services en Espagne. — Sa disgrâce. — Les Cornarel, héritiers du château de Grambois.
Nous avons indiqué que iVlichel Jules de Roquesanle, remarié en 1752 à Marguerite de Salières de Fosseran, avait eu deux enfants de ce second mariage : un fils le général de Roquesanle, dont nous allons parler, et une fille Marie-Pauline- C/insh"/2e, née à Cavaillon le 15 juin 1753, qui épousa à Aix, le 9 juillet 1771 , Henri Honoré marquis d'Olivari (•).
M"^" d'Olivari , sous le nom de Christine d'O. . . , est Tauleur de pièces de théâtres, de plusieurs romans dont quelques-uns ont été imprimés, et qui, après avoir eu quelques lecteurs à la fin du siècle dernier ou au commencement du XIX^, sont tout à fait ignorés de nos jours. Elle est morte à Aix le 20 mai 1 839 ne laissant qu'un fils unique Gaston- Marius Ovide marquis d'Olivari, né en 1774, officier de marine sous Louis XVI, capitaine de frégate honoraire et chevalier de Saint-Louis sous la Restauration, mort en 18G5 le dernier représentant d'une des plus anciennes
(I) Né en I7U, veuf de Marie-Anne (le Levôque et fils de Charles d'Olivari sieur de Campredon et d'Elisabeili de Griinaldi-Cagnes, de la famille princière de Monaco.
familles parlementaires de la capitale de la Provence qui avait donné aussi plusieurs commandeurs et un grand prieur à l'Ordre de Malte.
De son mariage, contracté en 1796, avec Horlensede Boyer de Fonscolombe, le marquis d'Olivari n'avait eu que deux filles : Olympe, l'aînée, qui avait épousé le comte Félix Reynardi de Belvédère de Sainte-Marguerite ^^^ ; Alhénais, la cadette, religieuse Carmélite, qui pendant un demi-siécle, a édifié ses compagnes et les nombreux parents et amis qu'elle avait laissés dans le monde par l'exemple de toutes les vertus chrétiennes, de même que par la supériorité de son intelligence et la droiture de son jugement ^^^
(1) M. le marquis de Saporta, dans son intéressante histoire de M^e de Sôvigné et des Grignan en Provence, citée plusieurs fois déjà, a donné des détails sur celte ancienne famille du comté de Nice, à propos de sa liaison avec le chevalier de Perrin et d'un grand portrait de la comtesse de Grignan qu'elle possédait.
(2) M^e d'Olivari la carmélite est morte au couvent d'Aix le 19 mars 1881 ; sur la demande expresse de Mgr Forcade, qui l'avait en grande estime, sa vie a élé écrite et imprimée. 11 est aussi longuement question d'elle dans la « vie et la correspondance » de Mgr de Prilly, évoque de Ciiàlons, récemment publiées,
Mme d'Olivari née Fonscolombe de même que ses deux filles précitées sont toutes trois auteurs d'un grand nombre d'ouvrages qui ont été imprimés aussi : contes religieux, manuels de piété et autres à l'usage des couvents et des personnes pieuses du monde.
M""» de Sainte-Marguerite n'avait eu que deux fllles : M"* Félicle, l'aînée, morte sans alliance le 10 juillet 18S9 qui, durant sa vie, a personnifié dans la ville d'Aix l'humilité, la douceur et la charité , et la comtesse Edmond de Chénerilles seule représentant aujourd'hui les anciennes familles d'Olivari, Boquesante et Reynardi disparues toutes trois (*).
(*) M»* de Chénerilles possède un certain nombre d'anciens et beaux portraits de ces difi'érentes familles dont plusieurs en pied et qui sont l'œuvre des premiers artistes de Provence aux siècles derniers tels que Finsonius, Palme, Mignard, Vanloo, Arnulphi.Fauchier et autres et quelques toiles de maître provenant de la collection d'un de ses grands oncles d'Olivari grand prieur de Toulouse,
Le général de Uoquesanle était né à Cavaillon le 20 septembre 1 756 : à 1 2 ans il entrait comme page du prince de Bourbon-Conti et quatre ans après il était nommé souslieutenant au régiment de cavalerie de ce nom. C'est dans ce même régiment — ayant successivement porté les noms de ses divers colonels Boufflers et autres et qui s'appelait en 1789 régiment (/es chasseurs à cheval d'Alsace — qu'il se trouvait comme capitaine et sous les ordres du comte de JNoailles au moment de la Révolution.
Nous retrouvons deux ans plus lard à Paris Michel Etienne de Raffélis, sous le nom decomtede Roquesante, faisant partie, avec une foule d'officiers de ses camarades et de nombreux gentilshommes accourus de divers points de la France, d'un cercle de la rue Royale dont les membres figurèrent tous à la journée des Tuileries du 10 août 1792 ^*'. Il fut blessé d'une balle dans la poitrine au moment où le roi sortait dans le jardin pour se rendre à l'assemblée.
Roquesante se voyant plus tard l'objet de certaines dénonciations jugea prudent de se faire réintégrer dans un régiment. Le général Lacuée ^"-' lequel lui portait de l'intérêt et qui était alors chef du personnel à la guerre le fît attacher à l'armée du Rhin, que commandait Biron, en qualité d'abord d'adjoint aux adjudants-généraux, puis d'adjudant-général lui-même. C'est avec ce grade d'officier
(i; M. l'abbé de Broves, dans son travail sur les Rafélis de Provence que nous citions plus haut, donne sur cette journée d'intéressants détails ; plusieurs de ses parents provençaux y figurèrent avec honneur et son bisaïeul le vieux colonel comte de Rafélis de Broves y périt noblement.
(2) Le comte Lacuée de Ceesac qui fut plus tord ministre de la guerre.
supérieur d'élat-major qu'il fit les campagnes de 1792 et 1793, non sans quelque gloire ayant attiré Taltenlion sur lui dans l'affaire d^Hernolsheim dont il fut le héros le 27 juillet 1793, lors de la retraite de l'armée au départ de Strasbourg. Il put en cette circonstance par son coup d'œil et d'heureuses dispositions stratégiques sauver une partie de l'armée française ^^K
Mais il ne tarda pas à être destitué de ses fonctions par les Représentants du peuple, attachés aux armées et cela, à l'exemple de ses chefs et comme eux accusé de faux dévouement au régime nouveau ; moins en vue seulement que les généraux Biron et Cusline il put sauver sa tête de l'échafaud tandis que ceux-ci payèrent de leur vie leurs insuccès militaires.
Roquesante dut aussi cet avantage à sa liaison avec le célèbre conventionnel Barras, son ancien camarade et provençal comme lui. C'est à la remorque de cet ami, homme de triste mémoire, pouvons-nous dire, qui un jour volait la mort du roi, le lendemain favorisait ses partisans, professant en un mot toutes les opinions extrêmes, que le dernier descendant de notre famille parlementaire se lança dans une vie de plaisirs sans borne, de liberté dans les mœurs et de cette indifférence en tout, en politique comme en religion et en morale, que venait de mettre à la mode la célèbre Madame Tallien.
(I) Nous devons une partie des détails que nous donnons ici aux bienveillantes communications de M. Paul Arbaud dont les archives sont inépuisables, et allié par sa femme aux Roquesante (V. aux additions )
La belle preslance, le physique agréable, les manières distinguées et l'esprit si attrayant du citoyen Roquesante, firent de lui un des lions de cette société de la jeunesse dorée qui brilla plusieurs mois à Paris au sortir de la Terreur et dont parle M. Tliiers dans son histoire du Directoire.
Logé au palais même du Luxembourg auprès de Barras, devenu un des Cinq membres du nouveau Directoire, nous le trouvons menant joyeusement son existence et achever de gaspiller sa modeste fortune. « Il était devenu la coqueluche de certaines femmes à la mode, ayant grand état de maison, vaisselle d'argent, » nous racontait, il n'y a que quelques années, un de ses compatriotes de Cavaillon qui avait vécu avec ses contemporains et plusieurs de ses amis d'enfance '^
En 1 795 Roquesante fut attaché quelques mois à l'armée de l'intérieur en qualité d'officier d'ordonnance de son ami Barras qui s'en était nommé général en chef. Il fut ensuite envoyé à l'armée du nord, campée alors en Hollande sous les ordres de Pichegru, et attaché au corps d'armée de Moreau en sa qualité d'adjudanl-généraL
Peu après, objet de nouvelles méfiances au sujet de la politique, il était dirigé à l'armée des Pyrénées-Orientales dans laquelle le gouvernement tenait, comme en rélégation, tous les officiers dont les vertus républicaines lui offraient quelques doutes. Celte armée occupait la Catalogne qu'elle
(I) M. Valère Martin, érudit, qui nous avait aussi communiqué certains ranseignemenls sur le général de Roquesante et que sou mariage avec M'i^ de Soissan rattachait à la famille des Raffélis
avait glorieusement conquise à la suite de plusieurs victoires au prix malheureusement de la vie de son ancien chef le général Dugommier ; mais malgré les prises récentes des ville et citadelle de Figuiére et de Roses elle était immobilisée et ne pouvait franchir les lignes de la Fluvia.
Le général Pérignon ^'^ commandait alors en chef cette armée et Roquesante remplit auprès de lui les fonctions importantes d'adjudant-général chef de brigade. Peu après son arrivée il fut chargé d'aller à Gérone et à Figuiére s'entretenir, avec les généraux Espagnols , des préliminaires de paix et d'un premier armistice qu'il signa au nom de la France. Quelques mois ensuite, août 1796, avait lieu la fin des hostilités qui, sous le nom de quadruple alliance, comprenait dans la paix avec les deux puissances belligérantes, la Turquie et la République de Venise.
Le rétablissement du commerce français fut de suite celle des principales questions qui attira l'attention du gouvernement. Les négociants français avaient beaucoup à souffrir, et depuis trop longtemps, de la fermeture des ports de ce royaume, tant sur la Méditerranée et l'Océan que sur de nombreux points du globe, de même que des croisières de ses vaisseaux de guerre.
Lacroix, nouveau ministre des relations extérieures ^^\
(1) Le marquis de Pérignon fut plus lard, en 1804, maréchal de France. Le dictionnaire de Douillet le fait naître, par inadvertance, à Grenoble, tandis que c'est à Grenade (Haute-Garonne) qu'il faut lire.
(2) Charles Lacroix de Constant, régicide, membre du conseil des Cinq Cents, qui fut eu 1800 préfet des Bouches-du-Rhéne.
étudiant la solution de cette situation, avait pris connaissance des rapports adressés à son département, quelques mois auparavant, par l'adjudant-général Roquesante, chargé alors, comme nous venons de le dire, des préliminaires de la paix et qui traitaient de celte situation politique et commerciale de l'Espagne ; il manda auprès de lui cet officier et ils eurent ensemble plusieurs conférences. Roquesante à ce moment recevait le brevet de général de brigade, le ministre lui proposa d'aller à Madrid remplir les fonctions d'ambassadeur et d'envoyé extraordinaire. Ce choix fut même le lendemain signalé par le moniteur de l'époque et plusieurs feuilles publiques. Mais prévoyant de grandes difficultés dans l'exercice de sa nouvelle position, il refusa de l'accepter, préférant suivre la carrière des armes, et demanda à rejoindre l'armée du Nord.
Le Directoire tenant beaucoup cependant à utiliser la profonde connaissance des questions espagnoles que possédait Roquesante, insista à son tour auprès de lui et l'envoya dans ce royaume avec la charge spéciale de commissaire général des relations commerciales de la République Française en Andalousie.
Cadix, importante ville d'Espagne, et son premier port peut-être pour son commerce maritime, était alors gouverné parle général Foncedevilla, tout dévoué à l'Angleterre et qui ne cessait de molester les nombreux commerçants français que les articles de la paix récente autorisaient à rentrer dans la ville et la province. Le Directoire avait compris qu'il fallait mettre en face de ce général espagnol un officier énergique, protégeant nos nationaux et qui put contrebalancer son influence.
Voilà pourquoi le gouvernement fit choix du général de Roquesante. Arrivé à Cadix , celui-ci eut de suite à résoudre une foule de questions relevant de ses nouvelles fonctions administratives et consulaires. H aida les négociants français à rentrer en possession de leurs anciennes factoreries dont le plus grand nombre avaient été confisquées et sut leur faire attribuer des adjudications et consignations des prises maritimes dont on affectait de les éloigner ; plusieurs émigrés mêmes vinrent se mettre sous sa protection.
D'autre part l'escadre du contre-amiral Richery était mouillée en rade de Cadix depuis dix mois, ses équipages révoltés en partie et manquant de tout. L'argent provenant de leurs bénéfices sur mer si rudement gagné, au lieu de leur être remis selon leur droit, servait à l'entretien des armées d'Italie et le restant suffisait à peine pour nourrir pauvrement les matelots et payer les tables de leurs officiers. On accusait sourdement le consul anglais et le général Foncedevilla surtout d'entretenir les révoltes des marins français.
Roquesante se mit de suite en relation avec Richery et le ministre de la marine Truguet ; il porta tous ses efforts à remettre l'ordre et la tranquillité dans les équipages, leur fit distribuer le montant de certains crédits et parvint enfin à ravitailler la flotte et à lui permettre, quelques mois après de sortir du port et de tenir la haute mer pour gagner l'Amérique du nord, escortée, plusieurs jours durant, par les vaisseaux espagnols dont il avait été lui-même solliciter
l'appui et la protection à Madrid et que commandaient les amiraux F^angara et Solano *^
Deux ans plus lard notre provençal rendra de semblables services pour le ravitaillement des nombreux bâtiments de l'escadre de Tamiral Bruix, arrêtée aussi à Cadix, ne plaignant ni ses avances ni son crédit et celui de son beaupére, dont la situation commerciale importante dans cette ville augmentait l'autorité du consulat français auprès des Espagnols méfiants.
En avril 1799 l'Angleterre étant en guerre avec l'Espagne, Cadix avait subi le siège et le bombardement de l'amiral Gervis ; les Français eurent beaucoup à souffrir en cette circonstance et Roquesante, après s'être brillamment conduit comme général, dût s'occuper des indemnités à faire accorder à ses nationaux par le gouvernement espagnol.
C'est pendant son séjour à Cadix qu'il avait épousé le 2i novembre 1 797 une andalouse renommée par sa beauté, Anna-Margarita Valverda, fille de dom Augustin, riche armateur de cette ville, et d'une mère irlandaise, Catherine Conan ^^\
(Il Nos noies s'accordent ici avec les documents que vient de publier sur l'amiral de Richery, l'Académie d'Aix dans le dernier volume de ses mémoires et d'après le manuscrit laissé par le regretté M. de Séranon, un de ses parents.
(2) Nous tenons à remercier ici M. de Leygue, ancien consul de France à Cadix, des renseignements qu'il a bien voulu nous envoyer en 1890, tirés des archives de la chancellerie de ce consulat, sur le général de Roquesante. M. de Leygue se montra d'autant plus empressé à nous être agréable que son père, nous écrivait-il, avait été jadis un des assidus du salon de M"* Zélia de Roquesante, ûlle du général.
Après le 18 brumaire le général de Roquesanle, connu du premier consul qui l'avait jadis rencontré dans certains salons de Paris et le délestait comme son prolecteur et ami Barras, fut noirci aux yeux de Bonaparte et rappelé de ses fonctions par le ministre Talleyrand sous prétexte de concussion et d'abus d'autorité ^^K Rentré à Paris, il fut mis en demi-solde, puis en réforme comme général de brigade et tenu en suspicion politique tout le temps de l'empire. D'autre part, joueur, libertin, ayant maison et table ouvertes, il dévora en quelques années la fortune de sa femme, quoique considérable, et n'eut plus pour vivre que la maigre retraite de 2,000 livres qu'en 1811 le gouvernement lui avait fait liquider.
La Restauration, sur laquelle il comptait, lui accorda simplement, comme à tout officier de l'ancien régime ayant au moins six années de service militaire avant la Révolution , la croix de chevalier de Saint-Louis et la reconnaissance de son grade de maréchal de camp. Il ne put même pas parvenir à faire réviser sa pension de retraite ^^^ ni à rentrer dans certains reliquats d'intérêls et d'émoluments dont le Directoire était resté son débiteur pour avoir crédité la France de plusieurs millions durant les années de son consulat à Cadix.
{{) On accusa notamment Roquesante d'avoir disirait de certaines prises des marbres et statues antiques dont il voulait orner l'hôtel du consulat et d'avoir abusé de son autorité en détenant plusieurs mois aux fers un capitaine marchand qui, pris de boisson, l'avait publiquement injurié. On fit beaucoup de bruit autour de ces deux affaires qui furent grossies et dénaturées et servirent de prétexte à sa disgrâce.
(2) Sa pension avait été réglée au minimum d'années de service, 30 ans, tandis qu'il en comptait 37.
Le souvenir ilc son remplacement en Andalousie et des accusations dont il avait été victime, joints à la médiocrité de fortune et de situation dans laquelle il était tombé et au peu d'harmonie qui existait entre lui et sa famille, avaient contribué à lui rendre le caractère morose. D'autre part, n'ayant conservé que de rares relations avec ses compatriotes et même ses parents de Provence, il avait fini par être comme oublié d'eux, lorsque la mort le surprit le 22 novembre 1822 dans son appartement à Paris, boulevard Poissonnière, 56, âgé de soixante et six ans.
Il laissait dans une situation très gênée sa veuve et sa fille unique, née à Cadix le 15 mai 1799, Zélia-Calherine du Saint-Esprit. Plus tard, M*^^ Zélia de Roquesante se trouva même, à la mort de sa mère, réduite à demander à son crayon et à son pinceau une partie de ses moyens d'existence. Mais bon nombre d'amis de choix qui, du vivant de la mère, remplissaient le salon de la belle espagnole — ainsi appelait-on la comtesse de Roquesante — n'en continuèrent pas moins à se presser dans celui de sa fille, attirés par l'agrément de son esprit et la rare distinction de ses manières. M"® Zélia de Roquesante est morte à Paris, rue Gaudot de Mauroy, 35, le 3 février 1854, laissant la majeure partie de sa fortune à l'abbé Deguerry, curé de la Madeleine, pour être distribuée aux pauvres et aux orphelins. Elle fut la dernière à porter le nom de Roquesante ^^l
Dans son Icstamenl elle laissait quelques souvenirs de famille à son cousin germain le marquis d'Olivari, à Aix, notamment le portrait de son père en costume de généra] du Directoire défendant la ville de Cadix contre les attaques de l'amiral anglais Gervis. C'est ce portrait en pied reproduit ici en busie.
Nous avons indiqué que le marquis de Roquesanle, dernier seigneur de Grambois, était mort dans son château en 1798. Il ne laissait que deux filles : Catherine-Delphine dite Je/27? î/, l'aînée, qui en 1794 avait épousé M . Félix Jouvenne, de Pertuis, ancien avocat au parlement, qui n'eut aussi que deux filles, Âménaïde et Adéline, mortes jeunes , et la cadette Françoise-Gabrielle-Augustine dite Lesbie, née à Grambois le 23 mars 1776, laquelle se maria le 21 septembre 1799 à M. Joseph- An toi ne -Gaspard/ Cornarel, chef d'une ancienne et riche famille également de Pertuis ^'^.
(0 Né en 1770 fils de Jean-Joseph, qualifié d'avocal au parlement, el de Marie-Antoinetle Eraérigon (*), de Marseille. M. Gaspard Cornarel était veuf de Pauline Gérard-Gourel dont il avait eu une fille, Oertrude, née en 1794, que sa marâlre et M"»e de Roquesanle surtout prirent en vive alTection comme leur propre enfant. Elle épousa en 1813, à Carpentras, Joseph-Marie-Genél-Pierre Morel, notre aïeul maternel, pour lors substitut du procureur impérial, plus lard vice-président du tribunal Ce cette ville — M. Alexandre Gueydon, dans son almanach de Provence, année 1870, a consacré un intéressant article nécrologique à M. le président Worel — C'est de Mad. Morel, notre très regrettée aïeule maternelle, femme aussi modeste qu'intelligente el instruite, que nous tenons, avons-nous déjà indiqué, une partie des renseignements que nous venons de donner sur les Roquesanle.
(*) La seconde partie de noire travail contiendra des renseignements sur la branche de celte maison fixée à Marseille el des notes sur les familles du Rourci, Court de Fontmichel el autres qui lui étaient aussi alliées.
Depuis le XV'' siècle, en effet, les Cornarel, originaires du Berry, avaient occupé dans celte petite ville une situation marquante grandissant sans cesse et qui, à la veille de la Révolution, s'attestait par la possession de capitaux considérables et d'un bien très imporlant au soleil, de naème que par un état de maison à l'instar de celui des familles aristocratiques de la Provence. Les fonctions consulaires et administratives, les charges, les grades de docteur en droits et en médecine dont leurs membres, depuis près de 300 ans, n'avaient cessé d'être revêtus avaient donné aux Cornarel telle situation qui avait fait prendre au public l'habitude de les ranger dans la catégorie des nobles et de les regarder depuis longues années comme la première maison du pays ^^\
A l'appui de ce que nous disons ici les archives municipales de Pertuis témoignent que , dès le milieu du XVI'' siècle, Jean Cornarel dit Bourguignon était docteur en droits et qu'il fut envoyé en 1 554 devant le grand Conseil du roi à Paris pour défendre les intérêts de son pays contre certaines prétentions de l'abbé de Montmajor, riche censiviste du lieu ^^K
(1) Nous possédons une foule de pièces, lettres, etc., où en cfTel la particule et le litre d'écuyer sont attribués, dès le milieu du XVlIe siècle, à plusieurs membres de la famille Cornarel ; ces qualités leur étaient plutôt imposées par leurs amis et le public qu'acceptées par eux. En 1696, Joseph Cornarel, docteur en médecine, bisaïeul de Gaspard précité, fil enregistrer au grand armoriai ses armoiries : d'azur au chevron d'or accompagné en chef de 2 étoiles d'argent et en pointe d'une rose du même. (Rég. Provence, tom. \, p. 513, no 683, et tom. 2, n» 1135.)
Au mitîeu du siècle suivant un autre Jean Cornarel prenait aussi ses degrés de docteur en droits à l'Université d'Aix, pendant que son frère cadet se faisait recevoir docteur en médecine. Nous trouvons leurs descendants successifs qualifiés jusqu'à la Révolution d'avocats au parlement, et si ceux-ci, ne quittant pas leur pays, ne remplirent jamais devant la Cour leurs fonctions purement honorifiques, couronnement de leurs études, ils surent toujours mettre au profit de leurs concitoyens leur savoir et leur connaissance des affaires publiques. Aussi la famille Cornarel ne fut nullement molestée durant les mauvais jours de la Terreur et demeura très populaire à Pertuis, y jouissant d'un respect et d'une considération exceptionnels.
D'autre part, ses alliances contractées directement avec les familles de Lortemar, Danjou, de Bonadona, d'Orgon de Puymichel et autres qui les apparentaient avec un grand nombre de maisons de l'aristocratie du pays ou de la Provence, lémoignaient aussi de leur rang social et permettaient à la fille de l'ancien seigneur de Grambois de trouver dans sa nouvelle famille des habitudes, un confort, enfin une manière de vivre et de penser à peu prés dignes de son nom et de sa personne.
La sœur de Mirabeau, la marquise de Cabris, nous a, dans une lettre, donné le portrait de Lesbie de Roquesante, devenue Madame Cornarel.
« ..... Grande et belle personne avec beaucoup de race et de physionomie, au cœur sensible et même tendre, dénuée d'artifices, ni usée, ni blasée par l'usage des affections vives. Son imagination est ardente et prompte, ajoutaitelle ; elle a une portée de vue et d'activité peu communes,
el j'ai rencontré peu de femmes plus intelligenles et ayant reru de la nature de plus grandes dispositions, en même temps ayant aussi peu participé qu'elle à la corruption générale »
Au mois d'avrd 1822 mourut octogénaire au château de Grambois la marquise de Roquesanle, laissant la réputation d'une femme 1res supérieure, mais dont les événements et sa situation amoindrie avaient largement aigri le caractère. Après elle, ses filles continuèrent à habiter le château de leurs pères ; Mad. Cornarel se plaisait toujours à en faire les honneurs avec un charme et des manières que chacun aimait à reconnaître et dont le souvenir n'est pas totalement oublié encore dans fa contrée.
Veuve depuis 1 834, Lesbie de Roquesante mourait à son tour le 6 août 1845 laissant deux enfants, un fils el une fille Caroline qui a passé sa vie à faire des bonnes œuvres et à donner l'exemple de la plus grande humilité et de la plus haute dévotion. Une partie de son avoir a été le patrimoine des pauvres, des œuvres pies et des écoles religieuses de Grambois et de Pertuis, où sa mémoire est encore en bénédiction.
A l'ordre, cà la sagesse, à l'économie qui, durant les quatre siècles antérieurs, avaient créé puis maintenu la maison des Cornarel dans un rang d'abord aisé, relevé et supérieur ensuite, succédèrent, en la personne du fils unique issu du mariage de M"® de Roquesante, l'insouciance, l'oubli le plus complet des devoirs et des obligations qu'impose une situation sociale. Du jour en outre où, par une coupable indifférence, une sorte de rationalisme à la mode remplaça chez M. Eugène Cornarel la foi religieuse des
ancêtres, il sembla que Dieu eût condamné à disparaître celle famille et cela au moment où elle pouvait se promettre encore de nombreuses générations.
L'héritier des Roquesanle et du château de Grambois, bien qu'élevé par une mère de la plus haute piété, aux idées nobles et relevées, à l'esprit orné, femme en un mot du plus grand tact et du plus grand mérite, ayant fait ses études chez les Pérès de la Foi à Forcalquier, intelligent, bien doué lui-même, entouré des bons exemples des siens, crut devoir abandonner les vieilles et nobles traditions de ses pères : il préparait à bref délai la ruine de sa maison. Il est mort à Pertuis le 1 3 août 1 868, âgé de 62 ans.
« A ceux qui marchent dans la voie de leurs
devanciers et qui font honneur au sang de leurs ancêtres le Créateur accorde une postérité qui se propage » vient d'écrire avec beaucoup de jugement M. l'abbé de Broves, dans son histoire des « Rafélis en Provence » que nous cilions plus haut et commentant le verset du Magnificat « et misericordia ejus a progenie in progenies. » D'un mariage contracté en dessous de sa condition, M. Eugène Cornarel avait eu deux enfants : une fille xMarie qui mourut à la fleur de l'âge et un fils Auguste qui voulut dans le monde joindre à son nom celui des Roquesanle et auquel il était réservé de terminer la longue série de générations dont nous venons de parler et d'achever avant sa mort la ruine de sa famille.
Ce jeune prodigue, le type de la paresse et de l'indolence, pouvons-nous dire, d'un caractère doux et bon, mais élevé en enfant gâté, foulant aux pieds tous les devoirs qu'im-
posent la morale, la religion et le rang social auquel il appartenait, sans ordre dans ses affaires, n'écoulant que ses passions basses ou vulgaires, dissipa en quelques années un bien considérable. On le vit, à peine émancipé, aliéner successivement ses domaines de Grambois, son château dont l'antique et curieux mobilier rappelait de si nobles aïeux et de nombreuses générations ; le petit parc en étages et aux arbres plusieurs fois séculaires, qui faisait en même temps que l'admiration des touristes, comme l'orgueil du pays et qui fut morcelé, défriché et dont il ne resta plus traces. Les vieillards du village avaient les larmes aux yeux devant ce vandalisme et regardaient d'un air de pitié ce malheureux dissipateur qui foulait ainsi ses souvenirs les plus sacrés pour lesquels eux-mêmes étaient pleins d'une sorte de respect.
Les biens de Perluis furent vendus à leur tour^^^ L'ancienne maison paternelle où tout aussi rappelait la sagesse dans le passage de douze générations antérieures et un domaine, qui depuis plus de deux siècles et demi portait le nom de sa famille, restaient seuls, bien que déjà hypothéqués ou même saisis et allaient être expropriés à leur tour, lorsque la mort vint enlever dans une chambre d'auberge, à Aix, en février 1880 et à peine âgé de trente ans, le
[i] Une partie des biens de la famille des Cornarel, ceux affectés en 1813 à la dot de notre aïeule M""> Morel, qui sont de nos jours la propriété d'un de nos frères, restent les seules épaves aux noains de leurs descendants. C'est parmi elles que figure, au quartier de Tournaraières, la bastide construite au XV1« siècle par les d'Aymar et que les Cornarel avaient acquis au milieu du siècle suivant. Nous raconterons dans notre supplément les incidents de l'acquisition de celte ferre, qui sont une page de l'histoire de Perluis.
dernier rejeton des anciennes familles dont nous venons d'esquisser les monographies et déjà presque un vieillard ^').
Le château de Grambois, aujourd'hui, n'est phis qu'une vaste maison morcelée en plusieurs habitations et où rien ne saurait rappeler les nobles souvenirs du passé. Les anciens corps eux-mêmes des derniers Roquesante ont dû être, par nos propres soins, il y a quelques années, enlevés de l'ancien parc où ils reposaient pour être transportés dans le tombeau des Cornarel à Pertuis et n'être pas, peut-être un jour, jetés aux quatre vents ^^K
Mais si le château féodal et seigneurial que visitèrent Mad. de Sévigné et sa fille est aujourd'hui dégradé, un château moderne s'est élevé dans les environs qui, de nos jours, voit se continuer dans ses ravissants salons, le ton, les nobles et bonnes manières joints à l'esprit qui, aux XVII® et XYIII® siècles, avaient été l'apanage des Roquesante. La villa de Pradines, au bas du pays, dans une situation des plus agréables, est aujourd'hui le vrai château de Grambois, comme ses hôtes en sont les châtelains par leur amabilité, leurs manières, leur fortune et le bien qu'ils répandent dans les environs.
(1) C'est peu de jours avant sa mort que le dernier Cornarel de Roquesante nous donna le tableau de Grambois en même temps que plusieurs portraits de famille. D'autres, avec de nombreux papiers et quelques souvenirs, nous furent gracieusement cédés par le regretté M. Manelier, auquel notre cousin avait vendu le mobilier de sa maison paternelle.
(2) Le crâne du dernier seigneur de Grambois fut reconnu par nous, au milieu des autres, par la cassure des dents de la mâchoire supérieure à la suite du coup de queue de billard que nous avons signalé ; plusieurs personnes présentes, qui avaient ouï raconter cet accident et qui nous le rappelèrent en cette circonstance, tinrent aussi comme nous à en faire de leurs propres yeux un examen scrutateur.
THIS PR.tStNT . . .
THE SIA/VILITVDL OF OVR.LORI)iHV OVR.E SÀVIOK 1/sA.FRlNTED IN AMI RALD BY THE. P RED ES ESSORS O"*^