‹ Rosa Bonheur, sa vie, son œuvreChapitre 10 sur 53 · TAUREAU · texte numérisé non relu

TAUREAU

Sculpture. Edité par Peyrol.

Ce n'est qu'au Salon de 1848 que Rosa Bonheur, avec bien d'autres, put librement exposer, et donner toute la mesure de son talent en pleine sève de jeunesse. La révolution avait éclaté : Louis- Philippe avait dû quitter la France; la République était installée. Ledru-Rollin, alors ministre de l'Intérieur, avait pris, le 29 février 1848, un arrêté ainsi conçu :

(( Le citoyen ministre de l'Intérieur charge le directeur du Musée national du Louvre d'ouvrir l'exposition de 1848 dans le délai de quinze jours.

» Tous les ouvrages envoyés cette année seront reçus sans exception.

» Tous les artistes sont convoqués à l'Kcole nationale des Beaux-Arts, le ? mars 1S4N, à midi, pour nommer une commission de 40 membres, savoir : 1? peintres, 11 sculpteurs, b graveurs et architectes, et 4 lithographes, chargés, avec le concours de l'administration du Musée National, du placement des ouvrages à exposer. »

C'était la suppression du jury. 11 y eut. pour la commission de placement, 801 votants, et voici les noms des élus, avec le nombre des sulïrages :

Léon Cogniet [b-'} . Ingres b?\ . Kug. Delacroix (346), Hor. Vernet -^44 . Decamps ?4i , Robert I^'leury 53c)\ Ary Schcller vSio), Meissonier (416), Corot 353 , P. Delaroche (324), Jules Dupré (32 2 , E. Isabey (3o() , Drolling -iXq, Flandrin (258), Roqueplan ^245'. Ainsi qu'il est aisé de le voii\ le vote des peintres avait appelé à faire partie de la commission une belle majorité d'artistes, habituésàètre tenus hors du Salon par le jury officiel : c'était là également la révolution. Aussi l'exposition compta-t-elle 5. 180 œuvres. Rosa Bonheur eut six envois à la peinture et deux à la sculpture. Le public lui tit un succès retentissant. Si l'on en croit les gazettes de l'époque, le public enthousiasmé stationnait devant ses Bœufs et liiiireaux du Cantal, son Pàluraf!;e de Ivvufs à Solers, son Chien courant de l^endée^ son Meunier cheminant^ etc. Le jugement du public fut d'ailleurs ratifié par celui de la commission, qui décerna à Rosa une médaille de i'^' classe.

Cette même année 1848, il se produisit un fait important dans la vie de Rosa. On sait que son père s'était remarié : au mois de juin, un fils, Germain Bonheur, naquit de cette seconde union. La maison devint alors trop étroite, et le calme, dont Rosa avait besoin pour l'énorme travail auquel elle était déjà obligée de fournir, n'était plus que très irrégulier. Rosa prit une décision grave : elle quitta l'atelier commun de la rue de Rumford et, vers le milieu de l'année 1840, s'en fut louer un atelier au numéro 56 de l'ancienne rue de l'Ouest, atelier qu'elle garda jusqu'en 1 854.

Vers 1848, les Bonheur avaient retrouvé la famille Micas, dont il a été parlé précédemment : « Mon père, écrit Rosa, avait été prié de faire les portraits de plusieurs membres de la famille Micas : ce fut à cette occasion que je retrouvai Nathalie, la petite tille de la place Royale, à la visière verte. C'est depuis lors que

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