‹ Rosa Bonheur, sa vie, son œuvreChapitre 31 sur 53 · UN CAMP AU CLAIR DE LUNE · texte numérisé non relu

UN CAMP AU CLAIR DE LUNE

Fusain inspiré par la lecture d'Ossian. {'Appartient à la famille.)

lopes, des scies, en vrai compagnon du Devoir, et si gaie, si leste, si rieuse, si amusante ! Le bon camarade que cette grande artiste! sachant si bien trouver le mot juste qui console ou encourage, ayant toujours une bonne parole à dire, un bon conseil à donner — et, avec ces qualités d'honnête homme, un vrai cœur de femme, simple et tendre. — Il fallait la voir soigner sa chère et vieille amie, M">' Nathalie Micas, dont l'affection, depuis quarantecinq ans, ne lui avait pas fait défaut une minute. Toutes jeunes,

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elles s'étaient liées, s'aidaiu par leur imitiielie tendresse à franchir les mauvaises passes et les heui'es dilliciles. et. tmiiours s'aidant l'une pour l'autre, elles dt^nnaient le touchant spectacle d'une amitié qui ne s'était jamais démentie. »

Au moment de la iiuene de iNyo. Rosa donna amplement la mesui'e de son patriotisme. L'ennemi avait envahi Moret et les environs. Hv eut naturellement à soulVrir de l'invasion, et chez Rosa. les pa\ sans venaient chercher le secours matériel L]ui aidait à vi\re '. et les fortes paroles de sai^esse. de coui"a<;e et de loi. qui aidaient à tout supporter: et Dieu sait ce que la guerre enferme de invsteM'icuses angoisses dans ce mcn : supporter ! Vn joui", Rosa reçut la visite d'un officier supérieui-. qui lui était envoyé pai- le prince Frédéric-Chai-les. Clelui-ci, plein d'admii'ation pour l'aftiste, et se souvenant de l'avoir rencontrée, avait chargé son envoyé de lui remettre un sauf-conduit qui mettait le château de By et sa propriétaire à l'abri de tout désagrément. Rosa lui le papier et, sans dire un mot. le déchiia devant rofftcicr stupéfait. 11 lui répugnait de rien accepter du vainqueur, et elle préférait s'exposeï" à une vengeance possible après cette piqùiX' faite à l'amour-propre du prince, plutôt que d'avoir à se reprocher un acquiescement qui lui eut semblé une faiblesse, et une gi^atitude qu'elle eût jugée égale à une honte. Elle nous a dit elle-même quel était son état d'âme pendant ces mois, qui furent des mois de détiesse morale, plus encore que des mois de privation.

<' Durant Farmistice. écrit-elle, un prince allemand se pi'ésenta chez moi. pour me voir : je ne le reçus pas. Pendant des mois, je n'eus pas le cœur à l'ouvrage. Je lisais, je rétléchissais, j'attendais; quand la paix fut signée et nous rendit la vie. je me remis à la besogne avec ardeur. Je m'occupais alors de l'étude des grands félins: je faisais des esquisses au Jai'din des Plantes, dans les cirques, dans les ménageries, partout où je pouvais trouver des lions et des panthères. «

C'est, en elfet. des dix années qui suivirent la guerre, que datent

I. C'est ainsi qu'elle distribua aux paysans d'alentour vingt sacs de blé que lui avait expédiés d'Odessa son ami Gambard, alors consul d'Espagne.

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pour la plupai't les ctudcs de fauves de Rosa Bonheur, études vraiment admirables de sincérité et de virilité. C'est dans ses lions, SCS lionnes, ses tigres, ses panthères, que l'on constate spécialement la recherche de caractère, cette recherche que l'on pourrait qualifier de morale. Le lion est toujours pour elle le roi du désert, et elle veut qu'on le sente dans l'interprétation qu'elle en donne :

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