LA GLOIRE. SYNTHÈSE DE SON EXPRESSION ORIGINALE
On était au 25 mai iHqc) : le Salon était ouvert depuis près d'un mois; Rosa Bonheur y était représentée par une belle œuvre puissante, Vache et laureau d'Aiwergne^ race du Cantal, et son retour aux expositions publiques, oii elle apparaissait avec la soli. dite d'un talent demeuré plein de sève, parce qu'il avait été entretenu par une continuelle étude, son retour avait été salué avec infiniment de respect et de joie par tous les admirateurs de la grande artiste. On avait même parlé de porter son nom pour la médaille d'honneur, et l'on sait par quelle lettre, si digne en sa simplicité, et si expressive de modestie, elle avait invité ses confrères à ne pas voter pour elle.
Et voici que le soir du 25 mai, on apprenait que l'artiste qui se trouvait ainsi mêlée à la lutte, la lutte de l'art le plus élevé et le plus détaché de ce qui n'était pas l'étude pour le progrès, on apprenait que l'artiste était morte, d'une congestion pulmonaire, qui avait rapidement vaincu sa personne, robuste cependant. Ce fut, dans le public, qui répétait son nom comme celui d'une de nos gloires, une tristesse dont le retentissement fut considérable.
La presse fut unanime à saluer la vaillante artiste; il n'}^ eut pas une note discordante. En des articles émus, on rappela ses œuvres capitales, et beaucoup, devançant le Jugement de la postérité, lui assignèrent un rang de flatteuse élection dans le panthéon de notre art national. Selon le désir de l'artiste, l'inhumation se fit au cimetière du Père-Lachaise. Il me souvient de cet aprèsmidi ensoleillé : le cortège se forma à la gare de Lyon, et lorsque l'on arriva au boulevard de Ménilmontant, on vit le cimetière envahi par une foule silencieuse : le peuple avait voulu apporter à la célèbre artiste l'hommage recueilli de son regret et de sa tristesse.
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Ceux pomiani qui connaissaient l'aciiNitc de I^osa Honhcur, son assiduité à la besogne, son amour du travail, qui lui l'amour de ti^ute sa vie. ceux-là se consoltM'ent de cette douleui'. en pensant
que Rosa Honheui" axait une moii enviable. Puisqu'il faut qu'à l'échéance m\stérieuse chacun de nous s'elVace dans le néant, c'était poui' Rosa l^onheui' une faveur vraiment divine, que d'être frappée comme un soldat sur le champ de bataille, à l'heure où l'opinion se pi'éoccupait de son œuvre, sans se demander seulement l'âge de l'illustre ai'tiste: à l'heure où, après s'être pendant de longues années absteiiue de paraître aux Salons annuels, elle venait d'affirmer, comme si elle avait l'intuition cachée de sa tin prochaine, queTâge n'avait en rien affaibli chez elle cette vigueur toute virile, dont ses tableaux portent l'éclatante manifestation. On peut dire que, lorsque la Destinée, de son doigt glacé, toucha ses paupières, l'artiste, pour la première fois, laissa tomber son pinceau. C'est, en effet, la réflexion qui nous vint à l'esprit, lorsqu'il nous fut permis de voir ce qui composait l'atelier de Rosa Bonheur,
«OSA B O N 1 1 E r R .
Portrait fait en 1H89.
BŒUF COUCHÉ (1846), SCULPTURK.
]{tude par Rosa Bonheur pour lui servir à exécuter son premier grand tableau
les Bœufs du Cantal.
{MOiiùlc ai:fa/-tcnaiit à M. Pcyrol.)