‹ Rosa Bonheur, sa vie, son œuvreChapitre 36 sur 53 · BŒUF COUCHÉ · texte numérisé non relu

BŒUF COUCHÉ

Fusain par Rosa Bonheur, t'ait d'après sa sculpture, pour avoir les ombres portées en vue

du tableau : les Bœufs du Cantal.

(Appartient à la famille.)

■cette richesse qu'elle enfermait jalousement dans une pièce où nul ne pénétrait, et qu'elle gardait par-dcvers elle, non parce qu'elle -soupçonnait la valeur de ses études, mais parce qu'elle y trouvait, à son désir, une colossale variété de documents, et qu'aussi chacun de ces morceaux précieux était pour elle un souvenir, le souvenir d'une heure de joie, cette heure ayant été une heure de travail.

Dans ce monceau d'études peintes ou dessinées, dont l'exposition sera une révélation et un enseignement, c'est toute la vie, c'est toute l'teuvre de Rosa Bonheur, qui apparaît, magnifique de conscience, de volonté, de probité d'art, d'extraordinaire effort à conquérir le mieux dans le bien. A peine alors est-il besoin des documents qui ne touchent que sa personne, pour expliquer sa nature et une existence qui apparaissent clairement dans ce qu'elle a laissé? Combien vaines semblent les anecdotes, combien faibles sont les commentaires, quand le monument de ses études et de ses dessins est là qui nous dit : « Voici ce qu'elle a fait ! voilà la langue qu'elle a créée pour traduire son idéal ! Voilà ce qu'elle ■est ! Voilà ce par quoi elle est assurée de vivre dans la mémoire du peuple, au premiei" rang des fY'mmes dont le talent a grossi le patrimoine du génie national. »

A mesure que nous examinions tout cet atelier à l'attrait si multiple, aux éléments si variés, nous nous rappelions ces lignes de Balzac, qui semblent avoir été la loi, jamais violée, adoptée par Rosa Bonheur : « Le travail constant, écrit-il, est la loi de l'art, •c'est la création idéalisée. Les grands artistes et les poètes complets n'attendent ni les commandes ni les chalands : ils enfantent aujourd'hui, demain, toujours. Il en résulte cette habitude du labeur, -cette perpétuelle connaissance des difficultés qui les maintient en •concubinage avec la Muse. »

« Cette perpétuelle connaissance des difficultés », Rosa Bonheur n'a pas cessé un jour de converser avec elle, depuis le temps oij elle allait, presque fillette encore, copier les Antiques au Louvre, jusqu'au soir de sa vie, où, dans sa retraite en forêt, dans son ■ermitage de By, elle ouvrait son àme aux enquêtes les plus vastes

1U)S A BON 11 Kl M

de la philosophie, et se demandait, après avenir longuement inieiroi;é autour d'elle les bêtes et les choses, quelle langue ou quel silence devait receler l'éternelle vérité!

C'.ar ce n'était pas une àme vulgaire que celle de Rosa Bonheur. D'une réserve rigoureuse avec les étrangers ou ceux qu'elle supposait indifférents, elle se laissait aller rapidement à la causerie, à la conlidence. avec ceux qui avaient conquis sa sympathie.

Page 1