‹ Rosa Bonheur, sa vie, son œuvreChapitre 43 sur 53 · LES FRÈRES ET SŒUR D K ROSA BONHEUR · texte numérisé non relu

LES FRÈRES ET SŒUR D K ROSA BONHEUR

Nous avons pensé que, dans ce livre consacré à Rosa Bonheur, il convenait de réserver une place à sa sœur et à ses frères, parce que, pendant de longues années, dans leur foyer uni, ils avaient ■eu la même éducation d'art. Nous avons dit la vie de labeur et de ■sacrifice de Raymond Bonheur, le père, qui fut le premier maître et aussi le meilleur maitre de ses enfants ; nous n'y reviendrons pas, et nous allons de suite donner sur les autres Bonheur des notules rapides, qui serviront à éclairer et à guider l'amateur.

On se souvient que Rosa Bonheur eut avec elle sa sœur, -comme co-directrice de l'école de dessin de la rue Dupuytren. Marie-Julie-Joséphine-Victoire dite Juliette Bonheur, était née à Paris, rue Saint-Antoine, vers la fin de i83o. Comme le ménage Bonheur avait beaucoup de charges et que les temps étaient particulièrement durs, l'enfant fut confiée à une vieille amie de la famille à Bordeaux, où elle demeura jusqu'en 1846. A cette date, -elle avait alors iG ans, son père la fit revenir auprès de lui et la fit travailler sous sa direction.

Elle aussi montra pour l'art de belles dispositions. Son père lui fit d'abord exécuter des natures mortes, et c'est avec une nature morte qu'elle parut pour la première fois au Salon, en i852. Il en fut de même en i833. Mais elle quitta bientôt l'étude ■des natures mortes et se spécialisa désormais dans la peinture des animaux; c'est ainsi qu'en i855 elle exposa un Troupeau d'oies, qui lui valut une mention honorable. Ce succès, que le public avait contresigné, encouragea l'artiste, et désormais, à tous les Salons, elle parut avec des œuvres dont le progrès était manifeste : ■d'autres récompenses lui vinrent à des intervalles presque réguliers, et à l'Exposition universelle de 1889, elle se vit décerner une médaille de troisième classe. On pourrait dresser la liste de toutes les toiles qu'elle signa; il n'y en a pas qui soient indifférentes; si elle

i6o l^OSA BONHKl'R

n'a pas la fougue et l'énergie toute virile de sa steur Rosa, elle a d'autres qualités qui font apprécier la haute conscience de son art, une science réelle de composition, une heureuse harmonie de couleurs. On sait qu'à la mort de Raymond Bonheur, en 1840. Juliette lk")n]ieur dirigea avec l^osa l'école de dessin pour les jeunes tilles: vers iN?(S, Rosa, trop absorbée, se reposa sur elle de tout ce qui incombait de cette direction, qu'elle quitta en iNiio. C'est à cette époque que Juliette Bonheur s'en fut habiter rue Hautefeuille. 24. où elle resta jusqu'en 1875. Elle s'installa alors rue de Crussol. 14. où elle mourut prématurément à la fin d'avril iX()i. Elle avait, en 18^2, épousé M. Peyrol, l'éditeur des lithographies de Rosa Bonheur, et elle en eut deux fils, tous deux artistes également : Hippolyte Peyrol, qui est sculpteur, et René Peyrol. qui fut peintre et muuiut à quarante ans, le 2() janvier 1000.

Les fils de Raymond Bonheur ne furent pas moins bien doués: Auguste et Isidore, l'un peintre et l'autre sculpteur, ont chacun une place très estimée dans l'école française.

François-Auguste Bonheur naquit à Bordeaux, le 4 novembre 1824 : il vécut les années de son enfance dans une étroite communion de tendresse, entre son père, son frère et sa sœur. Raymond Bonheur, à qui l'existence avait réservé une si longue lutte, rêvait pour son fils une carrière stable, avec la retraite au bout du chemin : il lui avait fait donner quelque instruction, dans la mesure de ses moyens, et Auguste, tout d'abord souple aux volontés de son père, sembla se diriger vers la carrière de l'enseignement. A dix-huit ans, en etfet, il remplit les fonctions de maître répétiteur dans une pension de Pithiviers; il n'y resta pas longtemps ; son désir de s'adonner à la peinture ne laissa pas de place à l'exercice d'une autre profession: il montrait d'ailleurs pour l'art de surprenantes dispositions, que les leçons de son père avaient heureusement développées. Dès l'âge de 21 ans, en 1845,11 fut admis au Salon, alors installé dans le Musée Royal, avec un taj^leau intitulé : Enfants aux champs, des enfants occupés à donner lâchasse à des hannetons, tableau qui fut bien accueilli. Cela le mit en goût, et

PORTRAIT DE JULIKTTE BONHEUR ( M'"= PEYROl)

peint par Rosa Bonheur, en iS|?.

(Appartient à la famille.)

ROS A BONHEUR i63

pendant près de trente ans, son nom fut aux Salons un des plus assidus et aussi des plus fêtés.

S'il fut par instant paysagiste et peintre animalier au talent robuste, il a laissé un certain nombre de portraits d'un beau caractère, d'une habile lecture d'âme, celui de son père, par exemple, Raymond Bonheur, daté de \^4[), c'est-à-dire de l'année même où celui-ci mourut.

En i852, un Inlérieur de la forci de Fonlaincblcau lui avait valu une médaille de 3^ classe; en i<S5(), il obtenait la seconde médaille, avec un IKissage de ffiié et Un Abreuvoir; en 18G1, la première, avec la Rencontre de deux Iroupcaux dans les Pyrénées et La Sortie du pâturage en Auvergne ; enfin, à la suite de l'Exposition universelle de 18G7, il reçut la croix de chevalier de la Légion -d'honneur.

Jusqu'en 1878, il fut fidèle aux Salons, où il ne comptait que des sympathies. En i863, il s'était fixé à la campagne, à Magnyles-Hameaux, en Seine-et-Oise, dans une propriété qui avait appartenu à Brascassat, et où il vivait dans la plus familiale intimité avec les parents de sa femme et ses enfants. En 1874, un ■deuil cruel le frappa ; il perdit sa fille aînée, âgée de dix-neuf ans; le coup qu'il en reçut atteignit profondément sa santé, qui d'ailleurs ne s'était pas encore remise complètement des événements •et des privations de l'année terrible. 11 vécut cependant, dans la tristesse inconsolée, et le 22 février 1884, sans qu'une aggravation de mal fit prévoir une issue fatale et rapide, on le trouva mort en chemin de fer, à Bellevue.

Il a laissé au cœur de tous ceux qui l'ont approché, le souvenir •ému d'un grand honnête homme et d'un artiste très digne, et si la postérité n'accorde pas à son œuvre le succès qu'elle mérite, <:'est peut-être que, de son vivant, Auguste Bonheur connut des succèsassezretentissantset plus faciles que ceux même de sa sœur Rosa.

L'autre fils, Jules-Isidore Bonheur, naquit à Bordeaux le i5 mai 1827 et reçut de son père, ainsi que Rosa et Auguste, sa première éducation artistique. Mais bientôt, il renonça à la pein-

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