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ÉTUDE DE BISON, PAR ROSA BONHEUR

ROSA BONHI-.UR

Au cas, ajoutait-elle, où ma mère consentirait à m’accompagner, elle serait heureuse de taire sa connaissance.

Le icr août, qui était un samedi, je refis donc, en compagnie de ma mère, le voyage de Bv. Rosa Bonheur avait envoyé sa voiture nous attendre à la gare de Moret, et nous réservait au château le plus charmant accueil. Ma mère fut privée cependant du plaisir de la voir en vêtements masculins : la bonne artiste portait ce jour-là une élégante robe de velours noir. Les deux mains tendues, elle s’avança vers nous, présenta ses compliments de bienvenue et tout droit nous conduisit à la salle à manger, où le déjeuner nous attendait.

— Mai s où donc est Gamine? dit-elle tout à coup en se retournant. Gamine! où es-tu ? Viens, viens, ma petite Gamine!

Une petite chienne, que je reconnus aussitôt pour l'avoir vue sur les bras de Rosa Bonheur lors de ma première entrevue, accourut joyeusement ; sa maîtresse l’installa sur une chaise proche de la table.

— Gamine ne me quitte jamais, ajouta-t-elle, et c’est toujours pour elle que sont les meilleurs morceaux.

Nous étions assises. Rosa Bonheur découpa une tranche dans la partie la plus saignante d'un filet et la partagea en menues bouchées, sur une petite assiette d'argent qu elle présenta à Gamine. Tandis que la mignonne bête les dégustait en connaisseuse, une porte qui s'ouvrit laissa passer quatre énormes chiens du mont Saint-Bernard. Processionnellement, comme avec la conviction d’accomplir un rite, ils firent le tour de la table et l’un après l'autre s’en vinrent recevoir les caresses de leur maîtresse.

— Ceux-là sont mes plus vieux amis, fit Rosa Bonheur en les flattant de la main. Ce sont mes gardiens fidèles. Avec eux je n'ai rien à craindre!

Ce singulier défilé terminé, j'entendis que dans la pièce voisine on apportait leur pâtée. Les chiens se précipitèrent avec moins de gravité qu’ils n’en avaient montrée en entrant dans la pièce.

— Les entendez-vous se bousculer pour dévorer leur pitance, nous lit observer Rosa Bonheur avec gaieté. Ils ne disputent pas à Gamine, cependant, l'honneur de s’asseoira notre table.

Le déjeuner achevé, l’aimable artiste proposa de nous montrer quelques-unes de ses œuvres et nous emmena du côté de son atelier. Tandis qu elle ouvrait la porte, j’aperçus, posé sur une chaise, le vêtement de travail que j'avais vu lors de ma première visite et des yeux je le désignai à ma mère. Ce signe n'échappa point à Rosa Bonheur.

— Ah ! fit-elle d un ton de bonne humeur, vous regardez mes vête-

ments masculins. Je parie que vous partagez là-dessus l'erreur de la plupart des gens, qui s’imaginent que je méprise les habits de mon sexe. Oh! certainement, pour le travail, je préfère le costume d'homme. Mais aujourd’hui, en l’honneur de madame votre mère, j'ai mis des jupes, comme vous voyez.

La porte de l'atelier était ouverte toute grande; Rosa Bonheur nous la montra du geste, en disant, avec la même gravité qu’autrefois :

— Veuillez entrer dans mon sanctuaire, mesdames.

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