‹ Rosa Bonheur; sa vie, son œuvreChapitre 122 sur 220 · A LA FOIRE DE FALK1RK · texte numérisé non relu

A LA FOIRE DE FALK1RK

Croquis de Rosa Bonheur.

le fera peut-être à son retour, car il faut vous dire que ce n’est qu’à notre retour d’Écosse que nous avons trouvé votre lettre. Rosa est restée quelques jours ici pour la distribution des prix de son école et est repartie immédiatement pour l’Angleterre.

Je voudrais pouvoir vous entretenir de tous ses succès, mais dans une lettre, cela est difficile. Vous avez connu, lorsque vous étiez parmi nous, ceux qu’elle avait obtenus : eh bien, cela n’est rien; les Anglais et les Écossais se sont montrés bien plus enthousiastes encore que les Erançais, aussi, pour voyager un peu librement, nous a-t-il fallu garder le plus strict incognito, ou cela n’aurait été que fêtes, diners et promenades, et, plus que jamais, Rosa déteste paraître. Elle est heureuse de ses succès, qui lui prouvent que son travail est récompensé, mais elle fuit les honneurs. Voilà ce qu’est encore notre amie au milieu de cette belle gloire qui ferait tourner la tête à plus d un de ces messieurs s’ils pouvaient seulement en recueillir une parcelle ; pour elle, elle est toujours

aussi modeste, aussi simple, aussi indulgente pour les autres talents que lorsque vous l’avez connue. Vous voyez bien, ma chère Love, que pour rester ce qu’elle est, au milieu de ces enivrements de l’amour-propre, il faut être une élue de Dieu.

Vous me demandez, ma chère Love, une personne qui sache le dessin pour votre couvent; si je connaissais quelqu’un qui soit seul au monde, je lui parlerais de votre couvent, où, d’après ce que vous me dites, je crois que l’on est heureux. Quant à ma petite Angélique, sa place n’est pas encore là ; elle nourrit de ses appointements son père et sa mère, qui tous deux sont âgés et hors d’état de travailler. Elle est seule pour cette lourde tâche et le jour où elle cessera de leur faire pension, ils mourront de faim ou ils iront sur la voie publique demander l’aumône.... Si le couvent voulait s’en charger, alors peutêtre quitterait-elle le monde.... En ce moment, elle est dans la famille Etchevery, et habite les montagnes des Pyrénées, où. je puis vous l’assurer pour elle, ce n’est pas gai....

Je vous quitte à regret, ma chère Love, mais il me faut dire bonsoir à ma pauvre Rosa, qui a dù retourner à Londres toute seule

Ainsi donc, bonsoir, ma chère Love, et croyez-nous toujours vos bien sincères amies.

Jeanne Micas.

BROCHE-CAMEE Offerte à Rosa Bonheur

par la Société d’Encouragement des Beaux-Arts de Gand (1834).

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