BŒUF DE HONGRIE, PAR ROSA BONHEUR
ces conditions bizarres, en exigeant toutefois que le bail eût une durée de trente années. Une clause spéciale indiquait même qu'en cas de décès de ma locataire, la convention serait valable pour sa fille, mais ne s'appliquerait qu'à elle exclusivement.
Ce grimoire prévoyait, vous vous en rendez compte, une union que la mort seule pouvait rompre. Tous les arrangements légaux terminés, Mme Micas et Nathalie vinrent s'installer au château. Elles y prirent aussitôt la direction de la cuisine, de la basse-cour et des animaux, de telle sorte que je n’eus à me préoccuper d’aucun détail de la vie matérielle. Quand je recevais mes frères, ma sœur ou mes amis, la bonne mère Micas s’occupait de tout. C'était un modèle de soin et d'économie,
elle réglait les moindres détails de la maison avec un art surprenant; si intelligente qu'elle fût, Nathalie trouva dans son dévouement pour moi le moyen d’égaler sa mère et peut-être même de la surpasser.
L'amitié de ces deux femmes a contribué pour beaucoup au développement de mon talent. Ma plus grande ambition se trouvait accomplie, puisque dans cet admirable pays je pouvais me livrer tout entière au culte de l'art. Néanmoins, malgré la joie que j’éprouvais à m’éloigner de Paris, je n’entendais pas rompre toute attache avec la grande ville, et j’y ai toujours eu un pied-à-terre1.